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Voyages coûteux et rencontres privées : Netflix accusé d’acheter la critique

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Netflix a réagi aux révélations du Washington Post. | © Unsplash/Thibault Penin

Cinéma et Docu

Les détracteurs du géant du streaming Netflix pointent du doigt les voyages de presse luxueux organisés avant la saison des récompenses. Une pratique pourtant de longue date dans l’industrie cinématographique.

Netflix est sur tous les tableaux. Bien qu’il divise le monde du cinéma, le géant du streaming règne en maître aux prochaines cérémonies hollywoodiennes. Aux Golden Globes, la plateforme domine avec 34 nominations. Aux Critics’ Choice Awards, qui reflète le goût de centaines de critiques, il fait encore plus fort avec 61 nominations, que ce soit pour le cinéma ou la télévision. Soit près du double de celles de son concurrent le plus proche.

Face à cette pluie de nominations et de critiques positives, à l’égard notamment de Marriage Story et The Irishman, The Washington Post s’est demandé s’il n’existait pas un lien avec les voyages de presse organisés par Netflix. Dans son enquête publiée le 12 décembre dernier, le quotidien américain révèle que l’entreprise a très généreusement pris en charge plusieurs journalistes prenant part aux votes afin d’asseoir son influence et profiter d’avis favorables durant cette « saison des récompenses ». Durant cette période de l’année, qui s’étend entre le Festival du film de Toronto en septembre et les Oscars en février, les membres de l’industrie invitent les critiques à New York et à Los Angeles et usent d’autres stratégies pour tenter de se démarquer de la concurrence. Des stratégies qui, parfois, franchissent la ligne rouge.

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Le Washington Post révèle ainsi qu’au moins quatre voyages ont été organisés à grand frais dans le cadre de la promotion de The Irishman, Dolemite Is My Name, The Two Popes et Marriage Story. Les journalistes étaient hébergés dans des hôtels de luxe comme le Four Seasons et le Beverly Hilton à Los Angeles, ou bien le JW Marriott Essex House à New York, dans des chambres dont les prix variaient entre 500 et 2000 dollars la nuit. Plusieurs participants ont déclaré, sous couvert d’anonymat, que Netflix avait réservé un traitement spécial aux journalistes, payant leurs billets d’avion, leurs trajets en Uber, organisant des rencontres privées avec les acteurs et réalisateurs et les invitant à une avant-première au Chinese Theater à Hollywood. Reste à savoir si ces pratiques, courantes dans le journalisme, ont réellement eu un impact sur les votes.

Rien de neuf

Pour les détracteurs du géant du streaming, ces voyages soulèvent potentiellement un problème de déontologie et sont une rupture dans les pratiques de ces festivals de remise de prix. Sur son site, le Critics’ Choice Awards stipule en effet que « toute tentative d’influencer une critique au-delà de la fourniture d’informations constitue une violation de notre politique ».

Pourtant le concept n’est pas nouveau. Netflix s’est d’ailleurs défendu en assurant ces pratiques – hébergement, conférences de presse et événements – existent depuis bien longtemps, et sont utilisées par tous les studios, bien au-delà de l’industrie cinématographique. Ces révélations prouvent une seule chose : Netflix fait officiellement partie de la cour des grands.

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