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Notre sélection des dix films qui marqueront cette décennie

Notre sélection des dix films qui auront marqué la décennie

De La La Land à Get Out, voici les dix films qui auront marqué cette décennie. | © Pixabay / Igor Ovsyannykov

Cinéma et Docu

L’année 2019 arrive à sa fin, emmenant avec elle toute une décennie. Pour l’occasion, la rédaction de Paris Match Belgique fait le tour des dix films incontournables des années 2010. Étant difficile d’établir un classement, nous vous présentons notre sélection par ordre chronologique.

 

1 – Tree of Life (2011)

Un poème cinématographique d’une beauté saisissante sur l’amour, la vie et l’être. Avec ce film, Terrence Malick, grâce à la direction photographique d’Emmanuel Lubezki, est arrivé à définir un langage esthétique en apesanteur qui définira bientôt (un peu trop) son cinéma. Un style qui teinte le film de la douce douleur de la nostalgie et du sentiment cosmique face à notre monde.

Le film Tree of Life avec Brad Pitt
Jessica Chastain et Brad Pitt dans le film Tree of Life. © Fox Searchlight

Dans le Texas des années 1950, on suit un couple de banlieue (Brad Pitt et Jessica Chastain) dont le deuxième enfant décède dans des circonstances mystérieuses. Leur fils aîné témoigne du chagrin mystifié de ses parents et devient de plus en plus attentif à la discorde qui s’installe entre sa maison idyllique et le monde qui l’entoure. Malick, dont la vision n’a jamais été aussi vaste, mais également si peu précise, arrive à juxtaposer ce conflit interne avec des événements aussi cosmiques que le Big Bang. Regarder Tree of Life, c’est voir quelqu’un se situer dans l’univers, et la dernière partie cathartique du film nous incite tous à nous regarder nous-mêmes sous cet angle humiliant.

Tree of Life est la définition même d’un film d’art, c’est aussi l’un des traités les plus magnifiques et les plus émouvants sur l’homme moderne que vous êtes susceptible de trouver. Un film monumental, une épopée expérimentale inoubliable.

2 – Holy Motors (2012)

Dans le cinéma, et d’autant plus en France, il est devenu rare quand la forme et le fond se conjuguent pour donner vie à une œuvre qui s’approche de l’art et la poésie. Et pourtant en 2012, l’enfant terrible du cinéma français Léo Carax a déboulé avec un film qui a rappelé ce que le cinéma peut et doit aussi être, une expérience sensorielle.

Tantôt business man, tantôt clocharde ukrainienne, tour à tour vieillard à l’agonie ou satyre borgne, nous suivons les différents avatars de l’acteur Denis Lavant, Oscar, qui sillonne un Paris énigmatique dans une limousine blanche. Une limo en guise de submersible de l’histoire de cinéma, car Holy Motors est un film sur le septième art, sur les vertus et l’ivresse du jeu d’acteur.

Le film aligne les scènes comme les vers d’un poème et invite le spectateur à s’émouvoir avec une atmosphère déstabilisante et un sens du rythme ingénieux. Si une immense nostalgie filtre, Léo Carax broie du noir avec un sens de l’humour étincelant, un film quasi testamentaire qui éclabousse cette décennie d’un savoir-faire et d’une mise en scène inventive époustouflante qui rappelle que le cinéma n’est jamais aussi beau que quand il parle de cinéma.

3 – Boyhood (2014)

Il y a très longtemps, Richard Linklater a commencé la production d’un film qui suit l’évolution d’un enfant de sept ans jusqu’à la fin de son adolescence. Au-delà du personnage, c’est l’acteur que l’on voit grandir également sous nos yeux, car ce film a pris dix ans à être tourné. D’une portée épique mais sans prétention, l’incroyable chronique d’une vie du réalisateur Linklater marque une réalisation sans précédent dans la narration fictionnelle.

Évolution de l'acteur durant le tournage du film Boyhood
Évolution de l’acteur durant le tournage du film Boyhood. © IFC Films

Tourné sur une période de 39 jours répartis sur plus d’une décennie, Boyhood est une œuvre entièrement fluide qui met le processus de maturité sous le microscope et analyse ses nuances avec des détails remarquables. Plus que cela, il amplifie les qualités insaisissables qui alimentent notre quotidien : passer des moments qui peuvent sembler significatifs, dramatiques, amusants ou effrayants dans l’instant avant de disparaître dans nos banques de mémoire encombrées. L ‘« histoire » de Boyhood est moins pertinente que sa capacité à nous captiver avec de petits apartés alors même que les années avancent. Linklater consolide sa fascination pour le temps qui passe et l’illustre avec brio. Le triomphe ultime de Boyhood est que son éclat vous envahit.

4 – Mommy (2014)

Porté par un trio tragique mais gagnant, le fougueux Mommy est venu faire trembler le festival de Cannes de 2014. Il y a bien une magie Xavier Dolan. À tout ce qu’il touche, le Québécois, pur metteur en scène, donne de l’éclat. Mommy, son cinquième film, a d’emblée été porté par une fougue et une inspiration sidérante qui ne cesse de monter durant les deux heures du film.

Une veuve en pleine dégringolade sociale dans une banlieue de Montréal, son fils adolescent déscolarisé et leur voisine d’en face, prof dépressive en congé sabbatique, vont se retrouver pour traverser, combattre et sublimer le quotidien. Le gamin de 15 ans est aussi exubérant qu’autodestructeur. Il met tous ceux qui le côtoient, a fortiori sa mère, en situation de déséquilibre. Et c’est ce déséquilibre qui fait la force du film qui consiste à maintenir la tension et l’émotion en faisant intensément exister trois personnages magnifiques dans une alternance de violences et d’accalmies. L’irruption des chansons est plus décisive encore que dans les films précédents : elles peuvent devenir le moteur d’une scène et de l’action (mention spéciale à Céline Dion).

Ici, Dolan nous parle de survie. Ce film, à ce jour le plus désespéré du cinéaste, raconte ceci : comment trois cabossés par la vie et mal barrés, s’inventent ensemble un répit. La générosité et l’ingéniosité du film font de Mommy l’un des plus grands films de l’année 2014.

5 – Mad Max: Fury Road (2015)

C’est un film qui a été imaginé pour la première fois dans un avion : le cinéaste George Miller était sur un long vol de retour vers son Australie natale quand il a fermé les yeux et a eu une vision de cinq femmes fuyant un seigneur de guerre impitoyable. Quinze années et 3 500 story-boards plus tard – c’est-à-dire très, mais alors très, longtemps après le dernier Mad Max – Miller a finalement pu faire de son rêve une réalité, et celui de nombreux fans aussi, offrir une suite à Mad Max, encore plus grandiose que quiconque l’aurait espéré.

Tom Hardy et Charlize Theron dans le film Mad Max: Fury Road
Tom Hardy et Charlize Theron dans le film Mad Max: Fury Road. © Warner Bros

Un film d’action de la première à la dernière seconde et presque sans paroles qui déroule une intrigue épurée, linéaire et pourtant Ô combien jouissive tant elle sert la mise en scène explosive de Miller. Cette fois-ci, le Road Warrior est joué par l’incroyable Tom Hardy qui laisse pourtant la lumière à Imperator Furiosa (Charlize Theron dans le rôle le plus musclé et le plus physique de sa carrière) et son gang « d’épouses de guerre ».

Il appartenait à la gigantesque équipe de Miller – 1 700 membres – de réaliser et être à la hauteur de l’imagination du réalisateur. Des costumes aux 150 véhicules construits à la main, toute l’équipe a transformé un désert africain en réel champ de guerre, refusant de tourner en studio. Enfin, Miller a tourné quelque 400 heures de séquences vidéo qui ont été converties en un magistral orchestre explosif de deux heures par sa brillante monteuse et épouse, Margaret Sixel. Elle a d’ailleurs décroché l’un des six Oscars remportés par le film. Pas sûr que l’on revoit un film de l’ampleur de Fury Road de nouveau au cinéma avant longtemps.

6 – La La Land (2016)

Comme Quentin Tarantino, Damien Chazelle est ce genre de réalisateur rare et obsessionnel qui sait fusionner le passé et le présent d’une manière qui les enrichit tous les deux. Après le duel haletant entre un batteur de jazz et son professeur dans le drame oscarisé Wisplash, Chazelle est revenu avec La La Land, une rêverie mélancolique qui n’aura cessé de faire des adeptes. Le réalisateur a réussi le tour de force de moderniser le tourbillon coloré des comédies musicales comme Les parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort ou les spectacles dansant de New York, New York et Singin ‘in the Rain pour l’injecter dans ce qui se révèle être la comédie musicale la plus culte depuis Grease.

Emma Stone et Ryan Gosling dans La La Land
Emma Stone et Ryan Gosling dans La La Land. © Lionsgate

Ultra-contemporaine tout en assumant une patte rétro, le film suit un pianiste de jazz (Ryan Gosling) et une comédienne en difficulté (Emma Stone) dont les passions s’emmêlent dans leurs ambitions professionnelles jusqu’à un final qui en a laissé plus d’un pantois. La succulente partition de Justin Hurwitz et ses chansons accrocheuses comme « City of Stars » aident le conte de fées à trouver son rythme, tandis que l’épilogue s’offre à nous comme un évanouissement avec une touche délicieusement douce-amère.

Lire aussi > La bromance musicale de Damien Chazelle et du compositeur de La La Land

Troisième comédie musicale à décrocher une nomination aux Oscars du meilleur film, La La Land a égalé le record d’Oscar établi par All About Eve (14 nominations, six victoires). Un succès retentissant pour un film qui continuera à résonner et se chanter les décennies à venir.

7 – Get Out (2017)

Un premier film et une entrée fracassante dans le paysage cinématographique pour Jordan Peele. Au gré de cette farce horrifique et résolument politique, le réalisateur plonge un couple mixte dans les relents racistes de l’Amérique post-Obama. Une « série B » brillante.

Une jeune femme décide d’emmener son petit ami afro-amé­ricain dans la somptueuse maison de ses parents afin d’y passer quelques jours. Les parents, progressistes, « ayant voté Obama », accueille le jeune homme avec une bienveillance apparemment indifférente à sa couleur de peau. Insidieusement, pourtant, s’installe une angoisse sourde, un malaise sans ­véritable cause ni objet visible jusqu’à son explosion finale. Un vernis affable qui craquelle vite pour dévoiler une vérité amère. Rien de plus raciste que l’antiracisme lorsqu’il s’évertue à gommer l’altérité de l’autre. Telle est l’étrange et évidente proposition énoncée par le film de Jordan Peele.

Écrit et réalisé sous Obama, le film trouve une résonance tonitruante dans l’Amérique ayant porté Trump au pouvoir. Le film qui a battu des records de rentabilité au box-office outre-Atlantique, montre l’envers du cauchemar raciste à visage bienveillant de l’Amérique blanche. La grande qualité du film de Jordan Peele est d’utiliser les conventions du cinéma de terreur pour en livrer une métaphore politique brillante.

8 – Under the Silver Lake (2018)

Under The Silver Lake, c’est un peu le Big Lebowski nouveau, saupoudré d’éléments surnaturels. Si le film polarise au niveau des critiques, il est entendu que dans le paysage cinématographique, il crée un courant d’air qui fait du bien, au même titre qu’un Get Out.

Andrew Garfield et Sam Riley Keough dans Under the Silver Lake
Andrew Garfield et Sam
Riley Keough dans Under the Silver Lake. © A24 Films

« Il est stupide de perdre du temps sur quelque chose qui n’a pas d’importance », c’est sur ses mots qu’une jeune femme approche le (non) héros du film dans un Los Angeles fantasque. Plus on avance dans le récit, plus cette phrase va définir le film et plus elle va prendre de la saveur. Car à l’image de Sam, le personnage principal, nous allons adorer perdre du temps dans des choses qui n’ont pas d’importance. Sam, un flegmatique jeune homme fauché et en quête de célébrité à Los Angeles, se lance à la recherche de Sarah, une voisine qui lui plaît et qui a disparu. Sa recherche prendra la forme d’un sarcastique et ingénieux jeu de l’oie géant qui va le mener dans une suite de filatures hallucinées qui définiront un voyage initiatique et ésotérique. Le vrai sujet du film ceci-dit est son décor, s’entend Los Angeles. Les pérégrinations tragi-comiques de Sam tissent la toile d’un rêve qui serait devenu partiellement réel. Avec ses parties déjantées, ses sectes new age, ses prostituées carnavalesques, Los Angeles ne s’y réduit plus qu’à Hollywood.

Parce que le film ose et décrasse les axes et ressorts scénaristiques habituels tout étant une longue référence à plusieurs maîtres du cinéma, le film est devenu une lueur d’espoir dans le renouveau du cinéma hollywoodien.

9 – Spider-Man: New Generation (2018)

Aussi engageant pour ceux qui découvrent l’univers de l’homme araignée que jubilatoire pour les fans purs et durs, Spider-Man: New Generation a déboulé en 2018 sans crier gare et a renversé tout le monde par son ingéniosité. Le film est aussi hilarant que touchant, et si bien pensé en ce qui concerne son animation époustouflante et son scénario « en couches » qu’il devient presque impossible de pas se prendre d’affection pour Miles Morales, le lycéen afro-latino de Brooklyn au centre du film.

Le voyage passionnant et inter-dimensionnel dans lequel Miles s’embarque est rendu encore plus amusant par les autres avatars de l’homme-araignée qu’il rencontre en cours de route (dont Peter Parker, Spider-Cochon (oui oui) et Spider-Man Noir), dont chacun sert le script avec soin et de façon justifiée. Into the Spider-Verse met l’accent sur l’idée qu’il n’y a pas qu’un seul regard qu’un héros doive observer et savoir autant regarder vers le futur tout en sachant vivre avec le passé.

Au cours d’une décennie où il semblait qu’il y avait un nouveau film Spider-Man toutes les deux semaines, Spider-Man: New Generation est le seul film à faire de « Spidey » quelque chose de spécial.

10 – Parasite (2019)

Une parabole de classe comiquement violente qui a rafraîchi la croisette de Cannes. Le gagnant de la Palme d’Or Bong Joon-ho livre ici une satire sociale féroce qui s’annonce comme un thriller et finit par être une comédie brillante au twist final ultraviolent.

Film Parasite de Bong Joon-ho
Parasite. © CJ Entertainment

On suit les membres d’une pauvre famille de Séoul (dirigée par le grand Song Kang-ho) qui, un par un, commencent chacun à travailler pour une nouvelle famille riche dans leur élégant manoir en haut de la colline. Parasite commence comme une comédie décalée avant de sombrer dans quelque chose de sauvage, inclassable et brûlant de rage.

Aussi intense que Okja, aussi réaliste que Mother, et aussi obsédant que Memories of Murder, le dernier film de Bong est une écorchure de la vie sous le voile du capitalisme tardif qui laisse tout le monde un peu plus riche à la fin du visionnage. Parasite semble déjà être devenu LE film qui exprime le mieux l’inégalité en ce début du 21e siècle, à la fois en Corée et au-delà.

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