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Charlize Theron : Celle par qui le scandale arrive

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Charlize Theron dans "Scandale", de Jay Roach. | © Belga Films.

Cinéma et Docu

Dans son nouveau film, elle dénonce un grand patron de presse phallocrate. Dans la vie aussi elle n’a peur de rien.

« Mes faiblesses, me confiait-elle, sont plus intéressantes que ma force. Il n’y a rien de plus puissant qu’une femme vulnérable. » Elle a des épaules de nageuse mais se froisse comme du papier de soie. Sa mère, Gerda, qu’elle vénère plus que tout, lui a appris que l’estime de soi est plus importante que la beauté. Charlize Theron ne s’excuse pas d’être une femme et ne cherche pas à plaire à tout prix. La star assure et assume tout ce qu’elle fait. Les erreurs comme le reste. Depuis toujours, elle sait qu’elle ne peut compter que sur elle-même. Bien droite dans ses bottes, elle tient serré le volant de sa vie et refuse d’être à la merci des hommes.

Charlize Theron est une survivante

Fille unique élevée à Benoni, dans une ferme près de Johannesburg, elle grandit en Afrique du Sud pendant l’apartheid. Entre conflits politiques et émotionnels, mère aimante et père alcoolique, elle a pour seule amie… une chèvre. Charlize Theron est une survivante, au sens propre comme au figuré. Elle a 15 ans, en juin 1991, quand son père, Charles, débarque, à son habitude, ivre mort. Il se saisit d’une arme, menace en hurlant de les tuer, elle et sa mère. Cette dernière prend un fusil et le descend, sans sommation. Légitime défense : il n’y aura pas de poursuites. Si l’actrice refuse que son existence soit réduite à cet événement, cette nuit tragique lui colle à la peau comme un tatouage.

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Les débuts sont difficiles. Elle rêve de devenir danseuse classique mais, quelques mois à peine après avoir intégré le Joffrey Ballet School de New York, une blessure au genou la fait renoncer. D’autres rêves en tête, 300 dollars en poche, elle part pour Los Angeles avec un aller simple. Un agent de mannequins la remarque en train de faire un scandale dans une banque et lui donne sa carte. Le reste fait partie de la légende. Elle est belle et elle le sait. Poser ou tourner nue n’a jamais été un problème. Pétrie de contradictions, imprévisible, Charlize Theron fait des choix de carrière singuliers, avec souvent des personnages borderline. En 2004, elle décroche l’Oscar avec Monster. Elle y joue le rôle d’Aileen Wuornos, une prostituée de Daytona Beach devenue tueuse en série qui est détruite par son passé. Elle n’a pas hésité à s’enlaidir et à prendre 15 kilos. Elle en prendra 20 autres, quatorze ans plus tard, pour Tully de Jason Reitman. Dans Mad Max : Fury Road, le western punk de George Miller, elle interprète l’impératrice Furiosa, le crâne rasé, amputée d’un bras. Mais ce qu’elle aime par-dessus tout, plus que jouer, c’est raconter des histoires. De vraies histoires. Celles de son pays, par exemple. Nelson Mandela, qu’elle considère comme son grand-père, ne cessera de la remercier d’avoir aidé à remettre l’Afrique du Sud sur la carte.

Sean Penn, le grand amour de Charlize Theron

Plutôt discrète, elle m’a avoué un jour avoir trouvé le grand amour avec Sean Penn. « Sean m’inspire et me pousse chaque jour à être une meilleure personne. Je suis une femme comblée. » L’homme est engagé lui aussi, tout ce qu’elle aime. Mais leurs dix-huit mois de folle passion ne survivront pas à ses infidélités. Il la dirige dans The Last Face. « Un rêve », dira-t-elle. Mais qui se transformera rapidement en « cauchemar ». Le film ou leur relation ? Pas de réponse. Elle a juré de ne jamais se marier avant que les homosexuels n’aient les mêmes droits que les hétéros. Au moins aux États-Unis. Militante, elle a fondé, en 2007, Charlize Theron Africa Outreach Project (CTAOP), pour combattre le sida et les violences sexuelles en Afrique. Pour elle, l’adoption d’un enfant n’a jamais été un pis-aller mais un premier choix. Quand elle remplit son dossier, sa mère lui ressort une lettre qu’elle lui avait écrite à l’âge de 8 ans : elle lui demandait de l’emmener dans un orphelinat pour y trouver une petite sœur. En 2012, elle adopte un enfant, Jackson, aujourd’hui 8 ans, qui, l’actrice l’a révélé publiquement l’année dernière, est devenu transgenre. Trois ans plus tard, elle adoptera August, 4 ans. Toutes deux nées en Afrique du Sud. « Mes enfants, dit-elle, sont ce qu’ils sont. Ce n’est pas à moi de décider ce qu’ils veulent devenir. » Fin de l’histoire. Charlize Theron n’est pas parfaite, elle le sait, mais elle fait de son mieux, et son cœur aujourd’hui ne bat que pour ses filles. Elle n’aurait jamais imaginé, dit-elle, être capable de donner tant d’amour.

Pour soutenir des projets ambitieux, elle a créé sa propre maison de production, Denver and Delilah, et se bat pour que les femmes ne soient plus à la merci d’un système dirigé uniquement par les hommes. « Oui, je suis féministe, mais être féministe ne veut pas dire qu’on hait les hommes, ça veut dire simplement : à travail égal salaire égal. » En 2015, elle faisait déjà renégocier son contrat pour Le chasseur et la reine des glaces afin d’obtenir le même salaire que sa co-star du moment, Chris Hemsworth.

Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie dans Scandale
Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie dans « Scandale » : trois femmes qui se battent pour faire tomber Roger Ailes. © Belga Films.

Un an avant le mouvement #MeToo, en pleine campagne présidentielle, commence l’histoire de Megyn Kelly, l’ancienne avocate devenue journaliste star de la chaîne conservatrice Fox News, principal soutien du candidat Donald Trump. Sans complaisance, Megyn Kelly accuse le candidat Trump d’être un horrible misogyne. Sous la pression de la chaîne, la journaliste se voit forcée de lui présenter des excuses. Fou de rage, Trump l’humilie publiquement sur CNN. « Il y avait, dit-il, du sang qui sortait de ses yeux. Et d’elle… » Il sera élu en 2016, l’année où le président de Fox News, Roger Ailes, est écarté pour harcèlement sexuel.

Pour Charlize, interpréter Megyn Kelly est presque un devoir

Tiraillée entre son ambition et ses principes, Kelly a mis un certain temps avant de réagir. Elle finit par prendre le risque de parler, déclarant publiquement qu’elle aussi, comme les autres, a subi les assauts de son patron. Le coup de grâce viendra d’une ex-Miss America, Gretchen Carlson, une autre star de la chaîne (interprétée par Nicole Kidman), qui accuse Ailes de l’avoir licenciée parce qu’elle avait refusé ses avances. Le tout-puissant Ailes avait le pouvoir d’écraser quiconque s’opposait à lui. Et, comme Harvey Weinstein, il n’hésitait pas à monter les femmes les unes contre les autres. Cette fois, il est contraint de démissionner. C’est la révolte des blondes. Les femmes qui ont dénoncé ces abus savaient très bien qu’elles risquaient gros. La plupart d’entre elles ont eu le plus grand mal à retrouver du travail, mais rien ne les a arrêtées. Quant à Ailes, il est mort à 77 ans, quelques mois après son éviction, dans sa maison de Floride. Pour Charlize, interpréter Megyn Kelly est presque un devoir. Pour accentuer sa ressemblance avec la journaliste, déterminée et ambitieuse comme elle, elle passe trois heures chaque jour au maquillage. Elle se fait mettre une prothèse sur le nez, deux rangées de faux cils pour alourdir le regard, et va jusqu’à changer le timbre de sa voix.

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Aujourd’hui, l’Amérique a changé. Premières « victimes » du mouvement #MeToo, mais sûrement pas les dernières, les présentateurs stars des principales chaînes de télé jusque-là indéboulonnables : Bill O’Reilly (Fox News), Matt Lauer (NBC) et Charlie Rose, tous accusés de harcèlement sexuel, tombent comme des mouches. Une « sous-économie » souterraine voit le jour, brassant des millions de dollars pour museler celles qui voudraient trop parler… À Hollywood, les « coordinatrices d’intimité », comme on les appelle, font leur apparition. Leur job : chorégraphier les scènes dénudées sur les plateaux. Quant à Charlize Theron, déjà couverte de récompenses, elle a enfin trouvé sa place dans le monde en brisant à sa façon la loi du silence. Sa force : ignorer totalement ce que les gens pensent d’elle. Entre le yoga et la boxe thaïe, elle avance avec l’Histoire.

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