Paris Match Belgique

Clint Eastwood, Kyle mon fils, mon complice

Clint Eastwood

Clint Eastwood partage une passion commune avec son fils. | © Abacapress

Cinéma et Docu

Depuis vingt ans, Clint et Kyle Eastwood font de la musique ensemble. Ils nous ont reçus en exclusivité dans le ranch familial de Carmel, afin de partager leurs passions communes. Extraits. 

 

D’après un article Paris Match France de Benjamin Locoge

Le soleil s’est levé sur le Mission Ranch de Clint Eastwood, chassant les brumes du matin. Pourtant, le fils du cinéaste, Kyle, et son épouse, Cynthia, font les cent pas. Le rendez-vous avec lui était prévu à 13h. Il est bientôt 14h et l’inspecteur Harry n’a toujours pas fait son apparition. « Il est sur la route », sourit Sue, la patronne du ranch depuis trente ans. « Vous savez, M. Eastwood ferait n’importe quoi pour son fils. Il va finir par arriver ». Effectivement. À 13 h 50, une Audi noire se gare devant la réception. Clint Eastwood est au volant. Sans garde du corps, sans attachée de presse, sans agent. L’homme de 89 ans n’a rien perdu de sa superbe. Malgré son dos voûté, son regard vous foudroie immédiatement. « Désolé, j’étais tranquille, chez moi, quand j’ai réalisé que nous avions rendez-vous à 13 heures et non à 14 heures. J’espère que vous ne m’en voudrez pas ».

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C’est Kyle qui a organisé cette rencontre. « Parce que Paris Match, c’est important ». L’aîné de Clint, 51 ans, contrebassiste, vient de sortir un nouvel album et s’est dit que, pour une fois, il pourrait demander à son père de donner un peu de son temps pour raconter leur passion commune pour la musique. Clint n’a pas hésité une seule seconde. Se fichant éperdument des engagements signés par Warner, le studio qui le produit depuis quarante-cinq ans, pour la promotion de son prochain film, Le cas Richard Jewell. Non, Clint est cool. Totalement disponible pour son fils, ne regardant pas sa montre. Et plus que jamais prêt à se raconter. Il est 14h30, l’acteur s’installe devant le pré où s’ébrouent ses nombreux moutons. Kyle est à ses côtés. Une vraie pudeur entre eux existe au premier abord. Qui va, au fil des quatre-vingt-dix minutes qui suivent, totalement disparaître.

Paris Match. Clint, vous avez fait tourner Kyle dans Honkytonk Man, en 1982. Pour mieux le détourner à l’époque du monde du cinéma ?
Kyle Eastwood. Mais j’ai toujours aimé le cinéma ! C’était très drôle de jouer avec mon père.
Clint Eastwood. Surtout que tu interprétais mon neveu ! C’était un bon rôle et je pensais qu’il serait parfait. Mais je n’ai jamais eu l’intention d’en faire un acteur. Je n’ai d’ailleurs poussé aucun de mes enfants dans le métier, je les ai encouragés à suivre leurs désirs. Scott est devenu acteur, Alison aussi. Si Kyle avait voulu continuer dans le métier, j’en aurais été le premier ravi.

Mais vous avez choisi la musique, Kyle.
Kyle. Oui, mais plus tard. Ce n’est qu’à 19 ou 20 ans que j’ai vu la musique comme une activité professionnelle.
Clint. À cette époque, je l’ai emmené dans un club de Los Angeles où jouaient le bassiste Bunny Brunel et Bill Watrous, l’un des meilleurs trombonistes. Kyle s’amusait jusqu’alors à la guitare. Mais quand il a vu ces mecs, il m’a dit : “C’est ce que j’aimerais faire”. Alors j’ai pris mon téléphone et j’ai appelé Bunny pour lui demander s’il connaissait un prof de basse. “Mais oui, bien sûr, moi !” m’a-t-il répondu. La machine était lancée !

Je n’ai poussé aucun de mes enfants dans le cinéma, je les ai encouragés à suivre leurs désirs.

C’est étonnant de se passionner pour le jazz quand on n’a pas encore 20 ans.
Kyle. Oh, j’aime tous les genres musicaux ! J’ai grandi dans les années 1970, l’oreille collée à toutes les stations de radio possibles. Mais c’est vrai que mes parents écoutaient principalement du jazz, donc j’avais quelques bases.

Clint, le jazz était la musique de votre enfance.
Clint. Oui, et je n’y connaissais pas grand-chose au départ. Je suis né à Oakland, où il y avait une radio consacrée au blues, qui passait surtout des “race records”, comme on disait à l’époque : des disques enregistrés par des musiciens noirs. J’ai très vite adoré un groupe de dixieland qui jouait souvent en ville, dans un endroit qui acceptait les mineurs. C’est là-bas que j’ai bu ma première bière. Pour un môme de 15 ans comme moi, c’était incroyable. [Il rit.] Et ces gens jouaient magnifiquement bien. Je me souviens encore de ces types : Lu Watters, Turk Murphy… Puis le be-bop est arrivé. Alors, comme tout le monde, j’ai voulu comprendre ce que c’était…

Retrouvez la suite de cet entretien et toutes les photos des Eastwood père et fils dans Paris Match Belgique dans toutes les librairies ce jeudi 6 février.

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