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Pourquoi la direction des César démissionne en bloc

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Alain Terzian, président de l'Académie depuis 2003. | © Bertrand GUAY / AFP

Cinéma et Docu

À quinze jours de la cérémonie, la direction des César démissionne en bloc. Retour en trois actes sur cette crise qui agite le cinéma français.

La direction des César a annoncé jeudi soir sa « démission collective ». Un coup de théâtre, à quinze jours de la cérémonie annuelle de remise des prix. « Pour honorer celles et ceux qui ont fait le cinéma en 2019, pour retrouver la sérénité et faire que la fête du cinéma reste une fête, le conseil d’administration de l’Association pour la Promotion du Cinéma (Académie des Arts et Technique du Cinéma) a pris la décision à l’unanimité de démissionner », indique l’Académie présidée depuis 2003 par le producteur Alain Terzian. « Cette démission collective permettra de procéder au renouvellement complet de la direction », poursuit le communiqué des César. Retour en trois actes sur les raisons qui ont poussé la direction à démissionner en bloc.

Faux pas du président

Cette annonce choc fait suite à des semaines mouvementées. La fronde débute le 13 janvier, par un faux pas du président. Avant le dîner des Révélations, deux marraines, Virginie Despentes et Claire Denis, choisies par de jeunes acteurs pour les accompagner lors de cette soirée ont été refusées par l’Académie des César. Suite aux critiques, son président Alain Terzian présente ses « sincères excuses » et « regrets » sans pour autant expliquer la raison de cette décision.

La nomination de Polanski

Deux semaines plus tard, l’homme à la tête de l’Académie depuis 2003 dévoile les nommés pour la 45e cérémonie, qui se déroulera le 28 février prochain. J’accuse de Roman Polanski, accusé de viols par plusieurs femmes, est le grand favori, avec douze nominations. Si le ministre français de la Culture Franck Riester souligne que l’Académie « est libre de ses choix », sa collègue en charge de l’Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa s’interroge sur « le message qui est envoyé ». Alors que le témoignage d’Adèle Haenel contre le réalisateur Christophe Ruggia faisait enfin souffler un vent de #MeToo sur le cinéma français, la forte présence du réalisateur, membre de l’APC, association qui régit l’Académie, choque l’opinion publique et a encore envenimé le climat.Des associations féministes appellent d’ailleurs à un rassemblement le soir de la cérémonie devant la salle Pleyel à Paris.

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La tribune, le coup de grâce

Pour apaiser les tensions, Alain Terzian annonce dimanche dernier des mesures en vue d’instaurer la parité au sein de son Académie, dont seulement 35 % des membres sont des femmes, promettant de conduire une « révolution culturelle ». Des changements à venir jugés « insuffisants » par des professionnels du cinéma français, membres de l’Académie. Lundi soir dans le Monde, 400 stars dont Omar Sy, Bertrand Tavernier, Michel Hazanavicius, Jacques Audiard, Céline Sciamma, Marina Foïs ou Agnès Jaoui ont réclamé une « réforme en profondeur » de l’Académie des César.

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Parmi leurs griefs, des « dysfonctionnements« , une « opacité des comptes » ou des statuts qui « n’ont pas évolué depuis très longtemps » et reposent encore et toujours sur « la cooptation ». La liste des membres de l’Académie, constituée de 4 700 professionnels du cinéma, est confidentielle. Pour en faire partie, il faut avoir au moins deux parrainages et avoir participé à au moins trois longs métrages en cinq ans.

Avec cette tribune, la crise explose au grand jour. Le président du Centre national du cinéma annonce la nomination après la prochaine cérémonie d’un médiateur chargé de cette profonde réforme demandée. Mais le mal est fait. Les pressions étant de plus en plus fortes, la direction de l’Académie démissionne en bloc, une autre manière d’apaiser les tensions dans un premier temps.

Une assemblée générale se tiendra après la 45e cérémonie prévue le 28 février et sera l’occasion d’élire « une nouvelle direction pour préparer ainsi, sous l’égide du CNC (Centre national du cinéma), les modifications des statuts fondateurs de l’Association pour la Promotion du Cinéma, et mettre en oeuvre les mesures de modernisation annoncées ».

Avec Belga

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