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Awkwafina, la route inattendue du succès

Awkwafina cumule les particularités - femme, rappeuse, comédienne, asiatique

Née Nora Lum, son nom de scène bariolé évoque immédiatement l’univers musical. | © Photo by VALERIE MACON / AFP

Cinéma et Docu

La new yorkaise Awkwafina, déjà reconnue dans le milieu du rap, s’est révélée au monde du cinéma cette année à travers le film L’Adieu, racontant le dilemme déchirant d’une chinoise-américaine face à ses origines, et pour lequel elle a décroché le Golden Globe de la meilleure actrice.

par Marie Kneip (stagiaire)

Awkwafina, dont les cinq premières lettres coïncident étrangement avec l’adjectif anglais, « awkward », ou « mal à l’aise ». Un hasard ? Certainement pas. Une manière pour la rappeuse à la voix de husky de se moquer de sa propre maladresse, révèle le magazine Variety.

Si Awkwafina cumule les particularités – femme, rappeuse, comédienne, asiatique – il serait dommage de la réduire à celles-ci. Comme bon nombre d’américains issus de la deuxième génération d’immigrés, Nora Lum a grandi en se sentant pleinement américaine. Elle entre à la prestigieuse Laguardia High School, établissement new yorkais spécialisé dans les arts du spectacle, où elle fait sa première rencontre avec le monde de la musique. Elle étudie ensuite, le journalisme, et partira même étudier le mandarin en Chine à 18 ans. Rien ne la prédestinait à entrer dans le monde du rap.

En 2012, elle publie sur YouTube son morceau rap « My Vag » , tout aussi ostensiblement provocateur que le rap auquel elle répond, « My Dick » de Mickey Avalon. À sa grande surprise, la vidéo devient virale. Malgré les gigantesques lunettes de protection qu’elle porte dans la vidéo pour protéger son identité, son employeur reconnaît sa voix rauque, et la vire. « La simple présence d’une femme d’origine chinoise et sud-coréenne, complètement décomplexée, à l’époque où le paysage sur YouTube était encore très peu varié, était provocateur en soi. », confie-t-elle au Guardian.

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En 2014, elle sort Yellow Ranger, son premier EP hip-hop solo, et enchaîne avec la chanson « Green tea » en 2016. Consciente de sa voix rocailleuse, elle raconte que certains l’ont déjà comparée à celle d’un « avocat quinquagénaire spécialisé dans les divorces ».

Du rap en ligne au grand écran

Elle débute avec quelques rôles sur le petit écran à partir de 2014, mais s’affirme réellement avec Crazy Rich Asian, une comédie loufoque au casting à prédominance asiatique. Mais c’est à travers le rôle principal de Billi, dans L’Adieu, qu’elle se révèle au 7ème art. Le personnage de cette new yorkaise d’origine chinoise se voit confronté au choc des cultures, en découvrant que la tradition chinoise protège ses malades de leur diagnostic. « C’est une forme de protection envers la personne malade. On lui enlève le fardeau mental qu’est sa maladie», explique-t-elle à l’animateur et humoriste Stephen Colbert.

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Baignée dans la culture américaine dans laquelle elle a grandi, Billi est confrontée à la vision de vie en groupe, chinoise dans laquelle la vie de l’individu appartient à la famille. On remarquera la proximité frappante entre le passé d’Awkwafina, et le personnage qu’elle incarne. L’actrice confie en effet au Time : « L’Adieu est le premier film auquel je me suis réellement identifiée. En tant qu’américaine d’origine asiatique, et comme d’autres américains d’origine étrangère, on a tendance à se perdre entre les deux mondes opposés que sont nos origines. On doit constamment négocier notre identité »

Lors de la récente cérémonie des Golden Globes, elle décroche le prix de la meilleure actrice dans un rôle principal pour le rôle de Billi, récompense qui fait d’elle la première femme américaine d’origine asiatique à recevoir cet honneur.

Si L’Adieu est principalement inspiré de l’expérience de sa réalisatrice, Lulu Wang, le tandem « héroïne et sa grand-mère » résonne étrangement avec la vie de l’actrice. Elevée par une grand-mère restauratrice à Flushing, le quartier chinois de l’arrondissement new yorkais du Queens, l’humour sombre de la matriarche a grandement influencé la comédienne.

Lors de la projection de L’Adieu, l’actrice parlait avec celle-ci de la tradition visant à protéger ses proches d’un lourd diagnostic. Sa grand-mère lui expliquait que c’était une tradition tout à fait normale et acceptable. Quand Awkwafina, curieuse, lui a demandé si elle souhaiterait qu’elle fasse de même, la vieille dame s’est énervée : « Oh, jamais. Tu n’as pas intérêt. » Elle révèle au site A24 leur complicité unique qui a tout d’une amitié fusionnelle : « Elle m’a élevée, et je la considère comme ma meilleure amie. On nous dénonce souvent nous, les millenials, comme accros aux réseaux sociaux, mais vous devriez voir ma grand-mère, elle vit sur YouTube.»

Si L’Adieu a été snobbé par les Oscars 2020, cela n’empêche pas l’actrice de continuer sa trajectoire dans le grand bain du cinéma. Elle sera bientôt en tête d’affiche de La machine à baccara, en incarnant le rôle de Kelly Sun, la joueuse de casino la plus titrée du monde. “ Awkwafina est particulièrement taillée pour ce rôle, elle interprètera le personnage de Kelly avec un humour authentique et beaucoup d’humanité”, s’est félicité John Penotti, cofondateur de la société de production SK Global.

 

©Photo by Jean-Baptiste LACROIX / AFP
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