Paris Match Belgique

Rose McGowan : « Ma vérité sur Weinstein »

Rose McGowan le 6 janvier 2020. | © Johannes EISELE / AFP

Cinéma et Docu

Victime du producteur Harvey Weinstein, l’actrice américaine Rose McGowan a décidé de se confier sur l’évolution des mœurs, de #MeToo jusqu’au cas Polanski. Interview sans filtre.

D’après un article Paris Match France de Fabrice Leclerc.

Elle est arrivée en métro pour notre rendez-vous au 63e étage de la tour One World Trade Center. Rose McGowan est de retour à New York, où se termine le procès de Harvey Weinstein. Vêtue d’une combinaison de velours vert, elle chantonne « Express Yourself » de Madonna. Un temps star de la série Charmed, cette femme frêle au regard perçant a accepté de livrer sa vérité à Paris Match. Elle a été l’une de celles qui ont fait tomber le producteur qui l’avait violée. Si elle apparaît combattante, le verbe haut, elle semble aussi esseulée. Hollywood et le mouvement féministe Time’s Up lui tournent le dos. Mais difficile de faire taire une femme en colère.

Paris Match. Comment allez-vous ?
Rose McGowan. Merci de poser la question, c’est rarement le cas quand je rencontre des journalistes. Après tout ce qui s’est passé, je pensais avoir développé une carapace, mais les cicatrices sont encore douloureuses. Hier matin, j’ai fondu en larmes sans raison. Je sais que le verdict du procès Weinstein approche.

Les nominations de Polanski me donnent envie de prendre un César et de frapper chaque personne qui a voté pour lui.

Le fait que le producteur soit devant la justice et doive répondre de ses actes ne vous apaise pas ?
Non. Parce qu’on ne se libère jamais de son agresseur. Aujourd’hui encore, je le sens en train de souffler derrière ma nuque. Je sens encore son sexe sur mon visage. C’est une première chose. Ensuite, je suis presque convaincue qu’il ne sera pas condamné. En tout cas pas à la hauteur de ce qu’il a fait. Pour moi, cette affaire est symptomatique d’un monde qui tourne à l’envers. Weinstein est un pervers et un homme malade. Je ne cherche pas à le dédouaner, mais c’est un fait. En revanche, comment comprendre que tout son entourage l’ait protégé à ce point ? C’est une vraie question. D’ailleurs, la machine Weinstein continue à intimider les victimes, d’une manière ou d’une autre. Il est entouré de gens qui peuvent être encore très nocifs envers les victimes qui ont pris la parole.

Asia Argento et Rose McGowan le 8 mars 2018 Alberto PIZZOLI / AFP

(…)

Quelle est votre réaction à ce qui se passe actuellement dans le cinéma français, aux douze nominations de Roman Polanski aux César ?
Les nominations de Polanski me donnent envie de prendre un César et de frapper chaque personne qui a voté pour lui. Les victimes d’agressions sexuelles comprendront ce que je dis. On ne parle pas de cinéma mais de douleur. Ces gens-là n’ont aucune idée de ce qui se passe dans le vrai monde, ils sont les partisans du statu quo, de la célébration d’une masculinité triomphante. On pourrait penser que les Français sont davantage éduqués que les Américains, mais cela prouve le contraire. Polanski n’est qu’un agresseur sexuel parmi d’autres. Mais il est célèbre et influent.

Retrouvez la suite de cette interview dans Paris Match Belgique dans tous les kiosques ce jeudi 19 février.

CIM Internet