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Sous-titrage ou version doublée ? Ce que cache le débat qui anime l’univers des cinéphiles

Le débat 'sous-titres contre doublage' qui anime l’univers des cinéphiles

L’argument phare des défenseurs du sous-titrage, c’est qu’il permet de préserver le jeu des acteurs. | © Netflix

Cinéma et Docu

En se réjouissant aux Oscars, statuette à la main, que la langue n’était « désormais plus une barrière pour le cinéma » le réalisateur multi primé Bong Joon-ho relançait l’éternel débat opposant les sous-titres au doublage, un sujet presque aussi épineux que le procès de la pizza hawaï.

Par Marie Kneip (stagiaire)

Si les arguments des deux camps se fondent principalement sur la qualité du jeu d’acteur pour le premier, et le confort pour l’autre, les enjeux culturels et politiques du débat vous surprendront.

1. Des sous-titres pour une expérience plus authentique

L’argument phare des défenseurs du sous-titrage, c’est qu’il permet de préserver le jeu des acteurs. Sans sa voix, la performance du comédien perd une grande partie de sa substance et des émotions qu’elle transmet. Le journaliste Kevin Drum se rangeait lui du côté des pro-doublage suite à un article d’opinion à ce propos : “ Le sous-titrage est réservé aux marchés qui ne peuvent pas se permettre de payer des versions doublées ”, signait-il, catégorique. En plus de son avis tranché sur le sous-titrage, il révélait de ne pas avoir vu Parasite, qui a le mérite d’avoir initié de nombreux spectateurs au cinéma international. De quoi s’attirer les foudres de la toile.

2. Tous les pays ne sont pas unilingues

Les spectateurs internationaux se sont insurgés suite à sa déclaration, rappelant au passage le nombre langues officielles de certains pays – la Belgique ne faisant pas exception à la règle – qui rend le processus de doublage complexe et surtout, très coûteux.

3. Un question avant tout culturelle

Les pays d’Europe du Sud et de l’Ouest, à tradition latine, sont peu amateurs de la langue de Shakespeare. Les pays scandinaves, eux, ont une culture anglo-saxonne plus développée, ce qui explique que la presque totalité de leurs oeuvres sont sous-titrées. Le doublage est également très confortable pour les spectateurs qui ont grandi entouré de productions audiovisuelles dans leur langue natale : en passant aux versions sous-titrées, les chaînes de télévision se tireraient ainsi une balle dans le pied pour ne satisfaire qu’une infime partie de leurs spectateurs. “ En sous-titrant nos programme, nous perdrions un tiers de notre audience”, soulignait le responsable du doublage chez TF1 à Slate.fr.

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4. Le fossé linguistique belge déséquilibre l’offre

Ce débat cinématographique est peut-être la preuve la plus frappante du fossé culturel provoqué par la fracture linguistique belge. Deux langues, deux systèmes.

Si, selon Le Soir, la moitié des cinémas wallons imposent la version française des films en langue étrangère, en Flandre, ces derniers sont toujours sous-titrés. Pour les puristes francophones, deux solutions se profilent : se diriger vers les quelques salles obscures wallonnes qui font exception à la règle – Le Cinéscope à Louvain-la-Neuve, La Sauvenière à Liège, ou encore Le Quai 10 de Charleroi, qui a lui choisi de diffuser uniquement les productions dans leur version originale. Deuxième option, opter pour les cinémas de la capitale qui proposent généralement les deux alternatives.

Au vu de l’importante communauté internationale qu’abrite Bruxelles – un Bruxellois sur trois n’ayant pas la nationalité belge – on pourrait penser que l’offre cinématographique s’est naturellement adaptée. Et c’est le cas : la majorité des salles bruxelloises vous laissent le choix entre version doublée ou version originale sous-titrée en français et néerlandais. Néanmoins, du côté des œuvres jeunesses : “ aucuns films d’animation pour enfants ne sont disponibles en anglais, même lorsqu’il s’agit de la langue dans laquelle ils ont été produits ”, déplore une rédactrice de The Bulletin.

5. L’humour et les accents passent à la trappe

Alors que l’humour joue souvent sur les mots, transposer une blague d’une langue à l’autre relève du véritable défi. Même chose pour les accents, qui perdent leur sens lorsqu’ils correspondent à la langue de la version doublée. Dans les oeuvres anglophones qui utilisent l’accent français par exemple, l’astuce utilisée sera de faire basculer l’accent vers une langue à la symbolique similaire. Dans la version française pour traduire le côté apparemment “ romantique ” exprimé par l’accent français, les doubleurs prendront souvent un accent italien.

Les accents au sein d’une même langue sont aussi concernés; on pensera notamment aux innombrables variations de l’anglais – irlandais, écossais, australien, sans compter la variété au sein des Etats-Unis.

6. Le doublage est un métier

Être doubleur, ou comédien vocal, requiert de l’expertise. Au départ, les doubleurs sont quasiment tous comédiens, qui se spécialisent ensuite dans la voix. Il doivent interpréter au mieux les intonations, les nuances de l’acteur pour être au plus proche de son jeu. “Les musiciens et les chanteurs fonctionnent bien dans ce métier parce qu’ils ont une très bonne écoute« , confiait Daniel Nicodème au Vif l’Express.

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7. Un doublage de plus en plus qualitatif

Le géant du streaming a découvert que ses offres doublées avaient plus de succès que leur version sous-titrée – même si, dans les sondages, les spectateurs expriment le contraire. Netflix double désormais dans 31 langues différentes, comparé à 24 langues il y a deux ans de cela, révèle le Hollywood Reporter.

Au final, la manière dont vous consommez vos films et séries, tout comme la présence (ou non) d’ananas sur votre pizza, reste purement personnelle. Il n’existe pas de bonne ou de mauvaise façon de vivre votre expérience.

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