Paris Match Belgique

Mark Ruffalo vengeur écolo

Mark Ruffalo dans dark waters

Mark Ruffalo dans Dark Waters. | © DR

Cinéma et Docu

Le Hulk des Avengers retrouve le cinéma indépendant avec Dark Waters, thriller sur un scandale de pollution industrielle. Rencontre.

D’après un article Paris Match France par Fabrice Leclerc

Il y a les vrais gentils. Et il y a les autres. Mark Ruffalo fait partie de la première catégorie. Visage illuminé malgré une drue pilosité et des petits yeux qui trahissent nombre d’allers-retours transatlantiques, l’acteur de 52 ans conserve un sourire à faire fondre alors qu’il doit bientôt s’envoler pour Londres puis pour la cérémonie des Oscars à Los Angeles. Il a beau incarner Hulk, son étreinte amicale est tout sauf feinte. « Je me pince encore tous les jours quand je vois ma vie aujourd’hui », lâche-t-il en préambule. Ruffalo n’était sûrement pas taillé pour la gloire planétaire que lui ont procurée les Avengers. Mais il semble en goûter toutes les minutes, sans faire la fine bouche. Du pop-corn movie industriel au pamphlet contre les prêtres pédophiles (Spotlight lui a valu en 2016 une troisième nomination aux Oscars), il ne cesse de faire le grand écart dans une carrière déjà bien fournie.

Lire aussi > Boris Johnson compare le Royaume-Uni à Hulk, Mark Ruffalo réagit

Un « hommage au journalisme d’investigation »

Dans Dark Waters, de Todd Haynes, il campe un avocat qui va se mesurer à une entreprise de produits chimiques, DuPont, soupçonnée d’avoir pollué les eaux de Virginie et causé de nombreuses victimes dans les années 2000. L’histoire, véridique, a été racontée par le New York Times Magazine en 2016. Loin, très loin donc, des pectoraux gonflés à l’hélium de Bruce Banner. « Être une star comme le permettent les Avengers, c’est aussi une responsabilité. Quelque part, j’ai honte de ma célébrité. Non pas que je ne l’assume pas, mais je ne la comprends pas. Alors je la mets au service de fins utiles, j’essaie d’être responsable. » Il a ainsi produit lui-même Dark Waters, qu’il compare à « un acte politique, hommage au journalisme d’investigation ». Il a convaincu Todd Haynes de le réaliser, car il avait adoré l’ambiance de paranoïa qui imprégnait son film Safe (1996). Ruffalo est bien conscient que son nom fera venir un public qui n’aurait peut-être pas pris son ticket si Hulk n’était pas passé par là. Mais, dans le film, le David qu’il incarne n’arrivera pas à terrasser complètement Goliath. Même si, comme disait Zola, que l’acteur cite dans le texte : « Vous n’empêcherez jamais une herbe de pousser même si vous l’enfermez dans une boîte. »

Mais attention, ce démocrate circonspect, qui se présente sur Twitter comme « mari, papa, acteur, réalisateur et avocat du changement climatique », n’est pas du genre à sortir les violons ou à crier au grand méchant capital. « Accuser les politiques et les gouvernements, c’est bien, mais c’est à nous de prendre nos responsabilités et de stopper ce syndrome d’autodestruction presque assumé désormais. » Si Dark Waters n’a pas été produit par un grand studio, Ruffalo confirme qu’il n’a pas connu de problèmes pour le financer. Mais c’est l’échec du film aux États-Unis qui le laisse perplexe. « Je me demande parfois si le public a réellement envie de voir ce genre de film, de prendre conscience d’un nouveau scandale, d’une nouvelle menace. Je comprends que certains préfèrent rentrer chez eux le soir et se laisser porter par la télé… »

J’ai fait le pitre comme j’ai été tragédien. C’est le même boulot.

De Zodiac de Fincher à Shutter Island de Scorsese ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Gondry, en passant par quelques comédies, Mark Ruffalo aurait pu se contenter d’être le second rôle génial et parfait du cinéma américain. Ce timide introverti ne cherchait pas davantage que cette notoriété tranquille. Alors pourquoi avoir plongé dans l’univers Marvel, si loin de ce que l’on croyait être le sien ? « Pour prendre du pur plaisir ! Après tout, de quoi devrais-je avoir peur ? Un bon acteur doit savoir quasiment tout jouer. Et je pense qu’il doit surtout y trouver beaucoup de satisfaction. Si Avengers n’est pas du cinéma, alors qu’est-ce que c’est ? » Il sourit quand on évoque un premier rendez-vous raté avec Hulk, Marvel ayant rejeté le pas assez bankable Ruffalo, lui préférant Edward Norton dans le film du Français Louis Leterrier. « Pour les Avengers, c’est eux qui sont venus me chercher. Je n’étais pas sûr d’être à la hauteur. Mais ils ont fait campagne, Robert Downey Jr. m’a même appelé. À un moment, je me suis dit : ‘Mais que risques-tu ? Qu’on te mette une étiquette sur le front comme Hollywood aime tant le faire ?’ J’ai une formation de théâtre et, sur scène, j’ai fait le pitre comme j’ai été tragédien. C’est le même boulot. Hulk est un personnage qui demande du travail si vous voulez en faire un être intéressant. »

Si le géant vert est désormais derrière lui depuis la fin de la saga, en 2019, Ruffalo n’en éprouve aucune nostalgie. Il n’en a pas le temps, lui l’idéaliste qui continue à se demander ce que le monde lui trouve…

CIM Internet