Paris Match Belgique

Lambert Wilson : « De Gaulle et moi »

Lambert Wilson

Lambert Wilson n'arrête plus pour le moment. | © Belga/AFP

Cinéma et Docu

Lambert Wilson incarne le Général De Gaulle dans un film centré sur sa famille et la genèse de l’appel du 18 juin. Premiers extrait de notre interview de l’acteur caméléon.

 

D’après un entretien de Paris Match France de Fabrice Leclerc

Un homme pressé. De passage à Paris, alors qu’il est en tournée avec Le misanthrope et qu’il poursuit ses récitals Kurt Weill à travers la France, Lambert Wilson avoue volontiers qu’un seul jour de relâche dans son agenda est pour l’heure un rêve inaccessible. Confortablement installé dans le salon d’un hôtel proche des Champs-Elysées, le comédien se montre éloquent et affable. Heureux d’avoir endossé le costume de De Gaulle pour le film de Gabriel Le Bomin, moins un biopic qu’une chronique intime et politique. Un défi d’acteur dont il se sort avec une rare finesse. Et les honneurs dus au rang de son modèle.

Lire aussi : Lambert Wilson : « Les Belges ne se prennent pas pour le centre du monde »

Paris Match. Après l’Abbé Pierre et le commandant Cousteau, vous voilà dans la peau du général de Gaulle. Et l’on se dit à chaque fois que vous relevez des défis quasi impossibles…
Lambert Wilson. Mais je suis déjà étonné qu’on me les propose. De par mes origines, petit-fils d’immigrés irlandais, avec le nom que je porte, j’ai toujours eu l’impression de venir d’ailleurs, de ne pas être légitime à incarner des personnages à ce point emblématiques de l’histoire française. En même temps, ma formation théâtrale en Angleterre m’a inculqué très tôt le goût de la transformation à tout prix. J’ai toujours été fasciné par Anthony Hopkins, Meryl Streep ou, aujourd’hui, Joaquin Phoenix, qui repoussent les limites de la transformation. C’est cela être acteur.
On vous a pourtant découvert dans les années 1980 comme un jeune premier… C’était souvent des voies sans issue. J’ai besoin de porter un masque pour exprimer le plus de moi-même. Et rester insaisissable.

Mais de Gaulle est quand même un rôle autrement casse-gueule…
Je ne m’en rends compte que maintenant. Je n’aurais jamais accepté un biopic sur lui, je ne me voyais pas singer de Gaulle vieilli. Mais le scénario de Gabriel Le Bomin était tellement précis et concis dans le temps, ce bref moment de vie à la fois intime et historique était tellement riche, que ça m’a paru évident.

Dans sa jeunesse, de Gaulle passait son temps à dissimuler son corps, dont il n’était pas fier.

Comment construit-on un tel personnage ? Dans le film, vous avez son allure physique, son visage, mais vous n’êtes pas allé jusqu’à imiter sa voix, par exemple…
Il y a déjà un point commun, celui de la taille. Souvent, les grands sont gauches, ils se cognent partout. Je connais cela et je pouvais utiliser cet embarras physique. Dans sa jeunesse, de Gaulle passait son temps à dissimuler son corps, dont il n’était pas fier. Il se cachait sous des manteaux amples. Mais je sais que tout le monde m’attendait sur le registre de la voix. Pour l’une des premières scènes que j’ai jouées, celle du discours dans le pré, j’ai travaillé ses intonations pendant des heures. Puis, en tournant, Gabriel a trouvé cela totalement décalé. J’ai donc gardé ma voix, mâtinée de quelques intonations gaulliennes. Cela a été notre choix, notre licence poétique. (…)

La classe politique française, d’Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon, continue de se référer à de Gaulle. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Cet homme providentiel est né de circonstances très particulières. Et il a réussi à faire aller dans le même sens tout un pays. Sans que nous nous détestions les uns les autres, ce qu’on connaît aujourd’hui. Alors je me pose la question : faut-il une situation extrême pour provoquer le destin d’un homme providentiel ?

(…)

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans le numéro 965 de Paris Match Belgique disponible en librairie ce jeudi 27 février.

CIM Internet