Paris Match Belgique

« Woman » : Sur la planète femmes

le film woman

Woman, c'est 2 000 interviews dans une cinquantaine de pays. | © Woman-themovie.org

Cinéma et Docu

Deux mille interviews de femmes dans 50 pays. Ce fut l’aventure du film Woman, d’Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand. Extraits de notre grand récit.

 

D’après un article Paris Match France de Catherine SchwaabGhislain Loustalot et Anne-Laure Le Gall

Que veut dire être une femme aujourd’hui ? Pour tenter une réponse, Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand se sont lancés, bien avant le phénomène #MeToo, dans le projet Woman, qu’ils ont coréalisé : deux ans de tournage, deux mille interviews dans cinquante pays. Du jamais-vu ni entendu. La parole donnée partout à des anonymes pour un documentaire unique.

Elles parlent de leurs enfants comme de la prunelle de leurs yeux, mais aussi d’avortements voulus ou forcés. Quand certaines se confient sur l’amour fou qu’elles ont vécu, d’autres évoquent les mariages arrangés, les mutilations à l’acide, l’inceste. Elles s’expriment librement à propos de sexe et d’orgasme, mais également d’excision, de viol et d’esclavage. Surtout de leurs combats pour exister, devenir indépendantes dans un monde dominé par les hommes.

Le film, produit grâce à des mécènes, pourra être offert gracieusement à toutes les ONG qui y ont participé et qui en auront besoin

Tous les tabous sautent. Les témoignages s’enchaînent sur fond noir comme des séances chez le psy, huis clos étouffants, ponctués de gênes, de rires et de larmes. Parmi les « deux mille actrices », dont certaines ne connaissaient même pas l’existence des caméras, quelques-unes se libèrent pour la première fois et s’écroulent. On n’en sort pas indemne. Anastasia Mikova souhaitait au départ un équilibre entre le positif et le négatif, mais… « … pour être honnête, la majorité des histoires sont très dures. La vie d’une femme est souvent un combat ». Yann Arthus-Bertrand renchérit, intime : « Je n’ai pas forcément bien traité les femmes qui m’entouraient, j’ai été un peu macho. Le travail sur ce film m’a fait changer d’opinion sur mon épouse, sur ma mère et sur mes sœurs. J’ai compris ce que peut représenter la difficulté, voire la malchance de naître femme. Je le dis avec émotion, ça pourrait même me faire pleurer. C’est un peu con de découvrir ça à 70 ans, mais il n’est jamais trop tard ».

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Le film, produit grâce à des mécènes, pourra être offert gracieusement à toutes les ONG qui y ont participé et qui en auront besoin. Ses bénéfices seront reversés, à travers l’association Woman(s), à des écoles qui forment les jeunes filles au métier de journaliste ou de réalisatrice. Pour que celles qui n’ont pas forcément le droit ou la possibilité de le faire puissent continuer à s’exprimer.

Pour toutes, le changement c’est maintenant, elles n’attendront plus. Yann Arthus-Bertrand insiste : « Cette transformation de la société bénéficiera aussi aux hommes. Voyez le Rwanda, où, à cause du génocide, les députées sont majoritaires à l’Assemblée nationale. Eh bien, c’est le pays d’Afrique où il y a le moins de corruption et le plus d’avancées sur l’éducation et sur la santé publique ». On peut difficilement faire plus essentiel…

Retrouvez notre rencontre avec les héroïnes de Woman dans Paris Match Belgique n°966, dans toutes les librairies ce jeudi 5 mars.

Mots-clés:
femmes
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