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Jason Blum, la petite boutique des horreurs

Jason Blum

Le producteur à la présentation de Invisible man. | © AFP

Cinéma et Docu

Jason Blum a réintroduit le film de genre à Hollywood, de Paranormal Activity à aujourd’hui Invisible Man. Portrait d’une producteur de génie devenu l’un des nouveaux rois du cinéma américain.

 

D’après un article Paris Match France de Fabrice Leclerc

On peut être un grand nom d’Hollywood et ne pas respecter les codes. Sourire carnassier, verbe sans filtre, Jason Blum est un cas à part et un producteur pas comme les autres. Celui qui a eu l’idée avant tout le monde de remettre le fantastique et l’horreur au gout du jour à Hollywood est aujourd’hui à la tête d’un véritable empire. Et se permet d’aller se frotter à ses concurrents sur le terrain du cinéma d’auteur (Get Out de Jordan Peel, sur la minorité noire) comme celui du pamphlet politique (BlacKkKlansman de Spike Lee). Lui l’anti Trump affiché n’hésite pas à dézinguer la bonne conscience républicaine dans les films marqués de son label désormais célèbre, Blumhouse. « Invisible man est en quelque sorte symbolique de ce je veux faire à Hollywood, résume t-il. Nous travaillons avec de jeunes auteurs/réalisateurs comme cela se fait en France mais nous l’adaptons au système hollywoodien. Nous privilégions le genre, ici le thriller fantastique adapté d’un personnage célèbre. Le budget est très serré, 7 millions de dollars. Et nous y amenons un propos sociétal ou politique. « Invisible Man » parle clairement de la violence faites aux femmes ».

Le flair sur « Paranormal Activity »

Formé à l’école des frères Weinstein période Miramax, cet ancien commercial et cinéphile patenté, fan d’Hitchcock, tente sa chance seul il y a une dizaine d’années. Il tombe sur un film terminé que personne ne veut sortir, Paranormal Activity et décide de s’en charger. Le film est un carton mondial et cette saga lui rapportera plus de 800 millions de dollars. Blumhouse est né. Dès lors, il multiplie les projets, serre les budgets sous les 10 millions de dollars (une pacotille à Hollywood), mutualise les frais de post-production et indexe le salaire des acteurs et réalisateurs sur les recettes. En 10 ans et 80 films, il amasse plus de 8 milliards de recettes et dépasse même en 2018 un studio historique comme la Paramount. De Insidious à American Nightmare et Halloween, le succès de Blum secoue un Hollywood qui n’aime pas trop ce genre de rebelle.

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« Je suis un peu comme le vilain petit canard là-bas. Un pied dedans, un pied dehors. Il aura fallu attendre des années et le succès de Get out pour que les Oscars daignent nous récompenser ». Un film dont il n’hésite pas a dire qu’il a ouvert la voie des Oscars à des films hors normes comme Parasite cette année. Grandiloquent, peut-être mais Jason Blum est un vrai découvreur de talent. Il prend M. Night Shyamalan sous son aile avec The Visit quand plus personne ne veut du réalisateur à Hollywood. Il découvre Damian Chazelle (LaLaLand) en pariant sur son premier film Whiplash et aide Spike Lee à financer son brulot racial, primé au Festival de Cannes et aux Oscars.

Si, depuis quelques années, tout Hollywood tente d’imiter la recette Blumhouse, si Shyamalan revenu en état de grâce a décidé de ne plus travailler avec lui (« c’est la vie à Hollywood, je ne lui en en veux pas »), lui préfère varier les plaisirs. En plus de ces productions à la chaine (un nouvel Halloween cette année avec Jaimie Lee Curtis), Il investit dans la production de séries (Sharp objects) et produit des documentaires sur les réfugiés syriens ou l’élection de Donald Trump. Et garde son franc-parler. Il y a un peu plus d’un an, il s’est fait huer lors d’un discours prononcé dans un festival de cinéma à Los Angeles ou il dénonçait « la fin de la concorde civile avec un président démagogue qui agite le nationalisme et considère la presse comme un ennemi du peu peuple ». Jason Blum assume son coté grande gueule et son succès indécent. Un vrai chien dans un jeu de quilles.

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