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« Tyler Rake », dernière bombe d’un Netflix triomphant

Tyler Rake Netflix

Chris Hemsworth dans le dernier succès Netflix "Tyler Rake". | © Netflix / Tyler Rake.

Cinéma et Docu

Avec 90 millions de foyers conquis, le thriller d’action Tyler Rake est en passe de devenir le plus grand succès des films produits par Netflix. Le dernier d’une série de résultats records pour la plateforme de streaming en cette période de confinement.

 

D’après un article Paris Match France de Clément Mathieu.

C’est la grenade sur le gâteau. L’explosif thriller d’action Tyler Rake est en passe de devenir le plus grand succès des films produits par Netflix. Mené tambour battant par Chris Hemsworth (Thor), le long-métrage aurait réuni quelque 90 millions de foyers lors de ses quatre premières semaines de diffusion, selon les chiffres annoncés par la plateforme de streaming. À titre de comparaison, The Irishman de Martin Scorsese, également financé par Netflix, avait été vu par un peu plus de 26 millions de foyers.

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Jusqu’ici, le géant américain de la SVOD s’était surtout distingué par ses séries ; ses productions cinéma maison (à distinguer des films provenant d’autres studios et diffusés par son service) n’ayant jamais vraiment généré le même emballement du public. Mais la donne a changé depuis deux mois, avec plus de trois milliards d’êtres humains appelés à rester chez eux pour endiguer la crise sanitaire provoquée par le Covid-19.

Le succès de Tyler Rake est le dernier d’une série de résultats records pour Netflix en cette période si particulière. Selon un communiqué de la société diffusé fin avril, les mesures de confinement ont valu au service 15,8 millions de nouveaux abonnés payants de janvier à mars, portant son total à 183 millions dans le monde. À titre de comparaison, la plateforme avait enregistré 9,6 millions nouvelles souscriptions sur le même trimestre en 2019.

Tiger King, 7. Koğuştaki Mucize et autres choses « à voir sur Netflix »

Conscient que cette flambée des abonnements est liée aux mesures de lutte contre la tragique pandémie de coronavirus, Netflix affiche un triomphe modeste et reste prudent pour la suite. « C’est très compliqué de penser sur le long terme, car pour l’instant nous sommes concentrés sur notre petite contribution dans ces temps difficiles, qui est de rendre le confinement un peu plus supportable », a indiqué Reed Hastings, cofondateur et patron du groupe.

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Cette « petite contribution » a toutefois largement dominé les discussions autour des divertissements et de la vie culturelle de nos sociétés confinées, à commencer par les innombrables compilations de « meilleurs films (ou séries) à voir sur Netflix », et ses variations par thème ou par genre. L’image de la plateforme a aussi profité de l’engouement pour Tiger King (Au Royaume des fauves), folle série documentaire flirtant avec la télé-réalité sur des éleveurs de fauves aux Etats-Unis, ou encore le succès du mélodrame turc 7. Koğuştaki Mucize.

Une fortune pour faire face à la concurrence

Force est de constater, en outre, que la compagnie américaine se porte très bien. Netflix a doublé son bénéfice net au premier trimestre avec 709 millions de dollars, pour un chiffre d’affaires de 5,8 milliards de dollars, en hausse de 28% sur un an. De quoi mettre sur pied un fonds de soutien doté de 100 millions de dollars pour aider la filière du divertissement à traverser la crise sanitaire, et notamment les nombreux employés au chômage avec l’arrêt des productions autour de la planète.

Le beau bas de laine de Netflix devrait surtout lui permettre de s’armer pour faire face à la concurrence. Tout juste lancée, la plateforme de streaming de Disney (Disney+) a déjà conquis 50 millions d’abonnés payants à travers le monde, dont probablement beaucoup de parents à la recherche de distraction pour leurs bambins confinés. Apple TV+, HBO Max (HBO et Warner) et Peacock (NBC Universal) arrivent également sur le marché.

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Toutes ces plateformes auront besoin de muscler leur offre pour se faire une place. Il faudra donc s’attendre à une guerre acharnée pour l’acquisition de droits de diffusion ou de projets originaux dans les mois qui viennent. D’autant plus que l’on parle déjà de pénurie, avec la suspension des tournages et des conditions qui s’annoncent compliquées pour leur reprise. « Nos films et séries prévus pour 2020 sont pour la plupart déjà prêts à diffuser ou en post-production. Pour The Crown par exemple, on en est aux touches finales, et la série sortira bien cette année », a expliqué Ted Sarandos, le responsable du contenu de Netflix. Qu’en sera-t-il pour 2021 ? Impossible à dire, mais ce n’est pas tout d’avoir enregistré de nouveaux abonnés. Faudra-t-il encore pouvoir les garder.

La crise sanitaire précipite la mutation déjà compliquée du cinéma

Quoi qu’il en soit, l’avenir se conçoit plus que jamais en streaming. Dans de nombreux pays, la réouverture des salles n’a toujours pas de date certaine. Et une fois rouvertes, seront-elles seulement fréquentées par le public, forcément inquiet de s’agglutiner dans de petits espaces clos ? La crise sanitaire précipite la mutation déjà compliquée du cinéma. Aux États-Unis, une guerre ouverte vient d’éclater entre Universal et AMC, la plus importante chaîne de salles d’Amérique du Nord. Le studio a récemment diffusé en VOD son dessin animé Trolls 2, qui était prévu sur grand écran début avril. Résultat : 95 millions de dollars générés. Devant ce succès colossal et inattendu, Universal a décidé de réitérer l’opération en parallèle de ses sorties en salle après la crise. Pour protester contre cette concurrence jugée déloyale, AMC a annoncé vouloir boycotter les films Universal.

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Et puis il y a cette victoire hautement symbolique pour Netflix. Les films sortis sur Internet sans passer en salle pourront concourir cette année aux Oscars, en raison de la crise sanitaire. En temps normal, l’Académie des arts et sciences du cinéma, qui remet les statuettes, exige que les films aient été projetés au moins sept jours dans des cinémas du comté de Los Angeles pour être éligibles. Le géant du streaming lutte depuis des années pour faire abroger cette règle, mais a toujours dû se résoudre à montrer brièvement ses candidats en salle afin d’être sélectionnés. Pas cette année. Une « exception temporaire » pour la 93e cérémonie, a prévenu l’Académie, et seulement due aux circonstances sanitaires. Mais les Oscars pourront-ils vraiment revenir en arrière, et à l’avenir priver de récompenses les œuvres diffusées en streaming ? Le plus grand succès de Netflix en cette période, c’est probablement celui de son modèle.

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