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Cinq films contemporains pour comprendre la situation raciale aux États-Unis

fruitvale station michael b jordan

Michael B. Jordan dans "Fruitvale Station". | © ARP Sélection.

Cinéma et Docu

Le cinéma n’a eu de cesse de témoigner des injustices subies par les Afro-Américains aux États-Unis. Voici cinq exemples de films qui ont tenté de réveiller les consciences. I am not your Negro de Raoul Peck est diffusé mardi soir sur Arte.

D’après un article Paris Match France de La Rédaction

Fruitvale Station de Ryan Coogler (2013)

Avant George Floyd, il y avait eu Oscar Grant, jeune Afro-Américain tué d’une balle à bout portant par un policier blanc lors d’un banal contrôle d’identité, à Oakland, le 1er janvier 2009. Premier film du futur réalisateur de Black Panther, Ryan Coogler, Fruitvale Station raconte avec sobriété les derniers jours d’un homme en quête de rédemption. « Quand on est un Afro-Américain qui vit dans un ghetto d’Oakland, on a l’impression d’être sur une voie unique qui conduit soit à la prison soit à la mort. Il faut savoir que pour les Afro-Américains de 16 à 35 ans qui vivent dans une zone urbaine, la mort par homicide est la première cause de décès. C’est pour ça qu’Oscar dit toujours ‘I Love You’ aux gens qu’il aime. Il sait que son destin est incertain. Il a déjà expérimenté la prison et l’on ne sait jamais ce qui va se passer », avait confié le cinéaste à Deauville. La force du film est dans son approche documentaire – il a été tourné sur les lieux même dans la tragédie – et dans l’interprétation de Michael B. Jordan, ici dans son meilleur rôle. Fruitvale Station avait obtenu le Grand prix du festival de Sundance. Yannick Vely

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I am not your Negro de Raoul Peck (2016)

Documentaire consacré à la lutte des Noirs américains pour les droits civiques que vous pouvez regarder notamment sur Netflix, I Am not your Negro a la force tellurique du texte de James Baldwin, lu en voix-off – par Joeystarr dans la version française et Samuel L. Jackson dans la version américaine. « L’histoire des Noirs en Amérique, c’est l’histoire de l’Amérique. Et ce n’est pas une belle histoire », déclare l’auteur de Si Beale Street pouvait parler. Et Raoul Peck d’appuyer le propos d’images d’archive mais aussi d’actualité qui démontrent le racisme endémique de la société américaine. Yannick Vely

Detroit de Kathryn Bigelow (2017)

Eté 1967, « summer of love ». La jeunesse blanche s’encanaille, s’enfume au son du Jefferson Airplane, et prend le temps de rêver à des lendemains d’amour et de paix. Luxe inconcevable pour les Noirs. Un pays, deux mondes. Pour les Afro-Américains, c’est le « long, hot summer » : 159 émeutes raciales à travers les États-Unis pour le seul été 1967, de Portland à Cincinnati et Newark. La plus meurtrière a lieu à Detroit, après une violente descente de police dans une fête de jeunes mobilisés au Vietnam.

Kathryn Bigelow a adapté sur grand écran l’un des passages les plus tragiques. En marge des affrontements, les forces de l’ordre investissent l’Algiers Motel, d’où seraient partis des tirs. Au long d’une nuit cauchemardesque, un poignée de jeunes noirs va subir un interrogatoire cruel, à la merci de policiers tout puissants. Si le film n’est pas toujours à l’aise avec le fond du sujet, Detroit est d’une effroyable efficacité. La réalisatrice de Démineurs et Zero Dark Thirty tient un huis-clos réaliste et pourtant digne d’un film d’horreur, exposant de façon viscérale les ressorts de la peur, de la soumission et de l’autorité. Clément Mathieu

What you gonna do when the world’s on fire de Roberto Minervini (2017)

Documentariste italien réputé pour ses films engagés sur les marges de la société américaine, Roberto Minervini s’est intéressé à une poignée d’afro-américains qui vivent en Louisiane, Etat du sud des Etats-Unis où les cicatrices de la ségrégation sont loin d’être refermées. Si la forme kaléidoscopique du récit déroute dans un premier temps, la beauté tragique du noir et blanc et la lucidité des adolescents afro-américains quant à leur condition raciale vous hanteront longtemps après le film. Et le combat militant de prendre aujourd’hui une nouvelle dimension, après la mort de George Floyd, étouffé sous le genou d’un policier blanc. Yannick Vely

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Get Out de Jordan Peele

Méga-carton au box-office américain, film d’horreur mais aussi réflexion radicale sur les relations raciales aux Etats-Unis, Get Out démontre l’hypocrisie d’une société bourgeoise blanche, prête à s’enticher du dernier homme noir à la mode pour mieux l’avilir. La farce macabre assène de puissants uppercuts à la bien-pensance jusqu’à cette fin magistrale où l’on tremble quand une voiture de police arrive dans le champ de la caméra. Car oui, nous sommes si conditionnés par les violences policières à l’encontre des Afro-américains que l’on imagine pas un seul instant que les forces de l’ordre peuvent sauver notre héros noir. Yannick Vely 

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