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Ludivine Sagnier : « J’ai 41 ans et je ne me suis jamais sentie aussi bien »

L'actrice française à l'affiche d'un nouveau film belge qui sort ce mercredi en salle chez nous. | © DR

Cinéma et Docu

Avec déjà plus de 20 ans de carrière, la pétillante Ludivine Sagnier a su très vite inspirer des réalisateurs exigeants pour des rôles riches et variés. La voici dans un film belge,  La Forêt de mon père, qui a marqué les esprits au dernier FIFF, Festival du Film Francophone de Namur.


Un père « différent » aux délires forestiers, une ado prête à tout pour ne pas lâcher l’univers de son père tant aimé, une famille dévastée par des troubles chaque jour plus ingérables. La réalisatrice belge Vero Cratzborn se raconte dans un drame où l’amour reste le plus fort. Elle a choisi l’actrice française pour incarner la mère, pilier d’un cercle familial qui vacille. Un film qui sort en salle ce mercredi 15 juillet.

Paris Match. Quel regard portez-vous sur votre carrière tellement dense ?
Ludivine Sagnier. J’ai commencé très jeune, très vite. Par après, j’ai eu envie de prendre mon temps. J’ai eu trois enfants, avec l’envie de m’ancrer sur terre et d’être sûre des valeurs que je voulais défendre dans ma vie, à savoir la famille et la construction d’une sphère privée. Un enjeu qui m’a semblé plus important que le professionnel. Et je peux dire, aujourd’hui, que j’ai réussi ! J’ai 41 ans et je ne me suis jamais sentie aussi bien. Je n’ai plus rien à prouver et comme mes enfants grandissent, je peux à nouveau me tourner vers différents projets. Il m’arrive même de mélanger les mondes puisque j’ai tourné récemment un film de Christophe Hermans, « La Ruche », avec ma fille aînée Bonnie.

Comment avez-vous approché le rôle de Carole dans « La Forêt de mon père » ?
Mon personnage est une vraie amoureuse et pas juste une mère. Pourtant, elle a un rapport très charnel avec ses enfants, ce en quoi je me reconnaissais. Elle est amenée à faire des choix douloureux mais indispensables car aussi gentil et fantasque que soit son mari, il représente un danger. Il est très compliqué de décrypter les troubles psychiques chez quelqu’un, la pathologie peut sembler, au début, n’être qu’une exagération de la personnalité. C’est bizarre car dans « La Ruche » c’est moi qui joue une mère atteinte de troubles bipolaires. Un travail en jeu de miroirs, la même année, qui a été très intéressant.

« Ado, je n’étais pas la jolie nana mais plutôt la bonne copine…»

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Avez-vous abordé l’enfance de Vero Cratzborn durant le tournage ?
Le scénario était assez explicite que pour comprendre son aspect autobiographique. Du coup, je ne l’ai pas trop harcelée de questions. Quand Vero se sentait en confiance, elle lâchait une vérité, un souvenir… Comme elle est très marquée par son passé familial, j’ai préféré la laisser venir à moi. Il se fait que je connais, dans mon entourage, plusieurs personnes atteintes de schizophrénie, cette pathologie ne m’était donc pas inconnue. Et mon partenaire, Alban Lenoir, est formidable, il m’a aidé à construire un jeu juste et précis.

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Qu’est-ce qui est le plus excitant un premier jour de tournage ?
Trouver la voix que je donnerai à mon personnage. Mais j’aime aussi travailler sur la coiffure, les costumes… Carole est habillée très simplement mais recherchée. Je trouvais important de montrer que cette femme de ménage, qui n’a pas beaucoup de moyens, trouve une dignité à rester séduisante et sans artifices. Je trouve qu’elle a beaucoup de classe.

Votre carrière est jalonnée de grandes et belles rencontres et de fidélités importantes.
J’ai été portée par François Ozon avec qui j’ai fait trois films. J’ai eu la douleur de perdre des réalisateurs comme Claude Chabrol, Alain Corneau et Claude Miller qui m’ont fortement structurée. Il y aussi Christophe Honoré et aussi Paolo Sorrentino avec qui j’ai tourné les saisons de « The Young Pope ». J’ai toujours désiré m’inscrire dans l’oeuvre de quelqu’un. Après « Swimming Pool » d’Ozon, j’ai eu besoin de court-circuiter le regard qu’on pouvait poser sur moi car je n’ai jamais été la bimbo que d’aucuns pouvaient penser. Ado, je n’étais pas la jolie nana mais plutôt la bonne copine. Heureusement, des réalisateurs m’ont fait ce cadeau de jouer des rôles plus sombres et complexes.

La Forêt de mon père, un film de Vero Cratzborn avec Ludivine Sagnier, Alban Lenoir, Léonie Souchaud… Sortie le 15 juillet.

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