Paris Match Belgique

Sooner : « Nous voulons être un vrai challenger sur le marché du VOD »

Sooner nouvel arrivé sur le marché déjà chargé du VOD... | © Sooner

Cinéma et Docu

Sooner, nouvelle plate-forme de vidéos à la demande, a débarqué cet été en Belgique. Il s’agit du mariage entre les plates-formes UnCut et UniversCiné. Juste avant l’arrivée de Disney+ sur le marché belge, est-ce David contre Goliath ? Réponse avec le CEO de Sooner, Maxime Lacour.

 

Par Laurent Depré

Dans son communiqué envoyé aux médias, Sooner se définit en quelques mots clés : européen, artistique, multiculturel, ouvert, indépendant … Visiblement, le nouveau venu veut construire une image éloignée des géants du VOD plus axés blockbusters. Les concepteurs du projet entendent faire la part belle au cinéma international, européen en tête. Ils veulent aussi draguer les amoureux du 7e art avec de nombreux autres avantages que la simple possibilité de regarder des films en tant qu’abonnés.

Avec cette explosion de l’offre, et on nous promet que ce n’est pas fini, une plate-forme dédiée avant tout aux longs métrages et à ses productions plus indépendantes a-t-elle une carte à jouer ? Le succès est-il possible ? Rien que chez nous, ce mois de septembre voit l’arrivée sur le marché d’un géant de la production de contenus, Disney+. Et aussi, côté néerlandophone, de la plateforme Streamz, issue d’un partenariat entre Telenet et DPG Media, avec un catalogue résolument « belgo-belge ». Et les contenus internationaux seront accessibles chez Streamz grâce à des accords avec HBO, Universal, CBS … Déjà, un gros concurrent pour Sooner qui offre une plate-forme bilingue.

Entretien avec son directeur qui croit en l’identité complémentaire d’une offre qui s’articule autour de trois axes : abonnement, location, achat.

Paris Match. Maxime Lacour, parlez-nous de Sooner.be. Quelle est cette nouvelle plate-forme apparue cet été ?

Maxime Lacour (CEO Sooner).« Il s’agit d’une hybridation complète entre les deux plates-formes UniversCiné, apparue en 2009 et axée surtout sur la location ou l’achat dématérialisé de films, et Uncut qui travaillait plutôt sur différentes formules d’abonnement. L‘ergonomie de Sooner va nous permettre de développer notre offre sur tous les différents appareils et écrans des utilisateurs : tablette, smartphone, tv connectée, console de jeu. Nous serons aussi disponibles sur les box des opérateurs et IPTV en Belgique et au Luxembourg. Nous irons beaucoup plus loin que précédemment dans l’accessibilité. La technologie évolue sans cesse et nous devons pouvoir arriver au même niveau de qualité que les plates-formes américaines qui dominent le marché… »

On a compris que Sooner était le mariage entre différentes plates-formes de VOD et TVOD. La genèse de ce rapprochement part-il d’un précédent constat d’échec ?

« Pas exactement… Malgré le fait que nous sommes aujourd’hui, c’est vrai, sur une meilleure offre technique avec des fonctions nouvelles et une identité réaffirmée avec davantage de mutualisations et de synergies des contenus entre partenaires européens. Tout en renforçant et améliorant chaque plate-forme avec un positionnement commun sur le marché. »

Vous proposez donc depuis cet été une formule hybride mariant l’abonnement, la location et l’achat… Il faut être absolument flexible dans son offre commerciale ?

« Nous estimons qu’il s’agit de la meilleure stratégie. C’est ce qu’Apple propose aujourd’hui d’ailleurs en TVOD et SVOD. Nous restons tributaires d’une chronologie de sortie des films. Les oeuvres plus récentes sont donc uniquement disponibles à la location dans un premier temps. Ce qui ne nous empêche pas de proposer actuellement déjà 2 000 films sur catalogue à l’abonnement. Cette hybridité peut ne pas être comprise mais notre volonté est de renforcer encore notre offre VOD à l’avenir. »

C’est indispensable, quasi vital, de se rapprocher entre gestionnaires de contenus ?

« Au niveau européen, cela me semble assez clair… Les droits acquis, en général, le sont en fonction d’un territoire et pour une certaine durée. C’est bien de bosser main dans la main avec nos partenaires allemands ou français pour l’acquisition de contenus en commun. Cela permet plus d’oeuvres internationales à proposer, de mutualiser les coûts aussi. Enfin, les majors sont peut-être davantage intéressées à négocier avec un acteur présent sur plusieurs pays qu’un seul. Sooner nous permettra d’être plus rapidement déployé chez nos partenaires au Luxembourg et au Pays-Bas. Et pour Sooner.de, en Allemagne donc, de s’étendre en Suisse et en Autriche également plus rapidement. »

Des ambitions en terme de production ou d’offre de séries au catalogue ? Ce qui n’est pas le cas pour le lancement de Sooner.

« C’est quelque chose que nous voudrions développer à moyen terme, surtout au niveau des séries européennes. Notre partenaire allemand à déjà procédé à l’acquisition de 80 séries qui devraient arriver dans le Benelux par la suite. »

Pourquoi cela fonctionnerait-il mieux maintenant avec une approche globalement similaire : faire la part belle aux films et réalisateurs d’un univers plus pour cinéphiles ?

« Pour trois raisons principales : avancée technique de notre outil, meilleure mutualisation des contenus, boom des plates-formes de streaming dans le public. Durant le confinement, nous avons généré jusqu’à treize fois plus de visiteurs certains jours sur UniversCiné. En vidéo à la demande, notre catalogue est le plus important dans le Benelux. » 

Lire aussi > Netflix : Voici les films et séries qui débarquent en Belgique en septembre

Sooner propose entre 25 et 30 palmes d’or du festival de Cannes… C’est important pour nous de défendre ce cinéma.

Vous croyez dans ce segment spécifique ? Le marché ne va-t-il pas être saturé à un moment : Netlfix, Disney+, Prime, Youtube, Streamz, vous…

« Sooner a un rôle complémentaire à jouer, en se concentrant sur le cinéma européen, à côté des produits que peuvent offrir les plates-formes généralistes comme celles que vous citez. C’est une idendité propre, c’est une alternative également aux blockbusters. Sooner veut se différencier en n’offrant pas uniquement du divertissement. Le cinéma est aussi culturel et permet une grande diversité de points de vue… Si vous analysez bien l’offre de Netflix, c’est assez ciblé. Une audience de 18-35 ans sensibles à des thématiques clés : l’Allemagne nazie, les narco-trafiquants, les tueurs en série. Sooner est plus dans l’exigence cinématographique. »

Comment vendre Sooner au public belge par rapport à l’arrivée d’un mastodonte comme Disney+ qui propose une formule de lancement 12 mois d’abonnement pour moins de 60 euros ?

« Quelques 10 000 longs métrages ont été tournés en Europe sur la dernière décennie. Où ces films sont-ils disponibles ? Nous allons en proposer un maximum. Ce sont des contenus que le public ne trouvera nul part ailleurs. En faisant la part belle au cinéma made in Belgium aussi ! De plus, grâce à la formule d’abonnement Sooner Extended, nous proposons une expérience cinéma bien plus large avec des avantages pour des avant-premières, des accès aux festivals, des masterclass avec des réalisateurs… Idéal pour les cinéphiles »

Votre objectif d’abonnés ?

« Je peux vous dire ceci : avec UnCut nous sommes presque arrivés aux 20 000 abonnés. Pour la Belgique, c’est le but à atteindre. Ensuite, il y aura les Pays-bas et le Luxembourg. C’est difficile à évaluer à ce stade. Le marché est en ébullition, de nombreuses nouvelles offres vont débarquer dans les mois à venir. Nous croyons en notre positionnement et de toute manière nous ne comptons pas concurrencer un Netflix. »

Infos :
SOONER propose différents formules d’abonnements entre 7 et 15 euros par mois.

Mots-clés:
Belgique VOD streaming SVOD
CIM Internet