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120 battements par minute : Le pari de la Palme a désormais une bande-annonce officielle

Vidéo Cinéma et Docu

On l’annonce déjà, aux côtés de Vers la lumière de Naomi Kawase, comme la future Palme d’Or. En une bande annonce, 120 battements par minute fait déjà cogner notre cœur plus fort.

 

« J’ai vécu des choses qui sont dans le film. J’ai rhabillé un copain sur son lit de mort », expliquait Robin Campillo, à la conférence de presse de son film, présent à Cannes. Ceci explique cela : la gorge qui se serre, forcément, à la vision de la bande-annonce de 120 battements par minute. Le film, petite perle de la sélection officielle, à en croire la presse, retrace le combat de l’association militante Act Up, dans le Paris des années 90 : leurs actions sonores dans le silence général face au fléau du Sida. Au sein du groupe, la rencontre entre Nathan, nouveau venu et Sean, qui consume ses dernières forces dans l’action.

« On vit ces moments de façon simple, on ne pleure pas », ajoute le réalisateur. « J’ai essayé d’aller dans le côté froid, et l’émotion ressort de ce côté divers. J’avais envie qu’il y ait des choses très naïves dans le film, très au premier degré, mais c’est contrebalancé par la difficulté de vivre une histoire d’amour entre un malade et un non-malade », a-t-il ajouté. Touché.

La critique de Yannick Vely

De son propre aveu, Robin Campillo a mis de nombreuses années à s’attaquer à ce sujet très personnel – il a lui-même milité pour Act Up -, par peur d’affronter ses propres souvenirs et de ne pas être à la hauteur de ses compagnons de route disparus trop tôt. Comment raconter l’indicible, le sacrifice d’une génération de jeunes homosexuels dans les années 80 sans paraître démonstratif ? Le dernier discours de Sean lors d’une réunion hebdomadaire de l’association tient de la note d’intention : « nous ne voulons pas mettre un tel ou un tel en prison, nous voulons la justice ». Et c’est précisément ce que fait le cinéaste, il rend justice à ces femmes et à ses hommes qui se sont battus pour que les services publics se saisissent de la gravité de la situation sanitaire, qui ont affronté les lenteurs à visée commerciale des grands laboratoires pharmaceutiques.

©AFP PHOTO / LOIC VENANCE – Le casting et le réalisateur de 120 battements par minute sur le tapis rouge, à Cannes.

Tout cela est formidablement raconté, avec un savant équilibre entre l’intime et le politique, le « réalisme » et le didactique. Robin Campillo est le grand scénariste de la prise de parole en public, comme il l’avait démontré sur Entre les murs de Laurent Cantet et les scènes d’agora parviennent à ne jamais être répétitives mais passionnantes, avec le sentiment qu’il s’y joue quelque chose qui dépasse même la cause d’Act Up, la frontière entre l’action et la représentation, l’engagement et la médiatisation. Plutôt que d’être un film à thèse façon Erin Bronkovich -, 120 battements par minute est une chronique précise et parfois désespérée de la lutte contre le temps et la mort qui rôde de jeunes gens dont le seul tort est d’avoir aimé trop fort et trop vite.

C’est parfois trivial comme peut l’être la vie, chargé de détails sur le quotidien d’un séropositif comme rarement le cinéma a osé le montrer, sans jamais sombrer dans le sordide et le pathos. La beauté universelle du film tient dans cette pudeur, jusque dans la mise en scène qui s’efface totalement derrière son sujet sauf pour quelques scènes en boîte de nuit qui permettent quelques respirations au récit. « Mince », réagit la mère de Sean à la mort de son enfant. Un simple mot qui résume tout quand on s’attend au pire depuis des semaines et des mois. Beaucoup de cinéastes aurait entonné là le Lacrimosa du Dies Irae pour emporter définitivement la partie mais ce n’est pas l’ambition de Robin Campillo, qui préfère respecter les morts et réconforter les vivants. Il révèle aussi une troupe d’acteurs – Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz -, une « constellation » d’étoiles qui ne seront pas filantes.

120 battements par minute sera dans les salles belges dès le 30 août 2017.

 

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