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Laurent Lafitte : « Ne tuons pas les salles de cinémas »

. « Le personnage de Jean-Louis est mis face à un tabou qu’on partage tous », explique Laurent Lafitte, héros et réalisateur du long métrage L'origine du monde. | © DR

Cinéma et Docu

Il y a quelques semaines, le Festival du film francophone de Namur a projeté en avant-première L’Origine du monde, l’adaptation de la pièce de théâtre de Sébastien Thiéry, une comédie drôle… mais aussi déroutante. En bref, selon un marabout, un avocat dépressif doit prendre en photo le vagin de sa mère pour se sauver ! « Le personnage de Jean-Louis est mis face à un tabou qu’on partage tous », explique Laurent Lafitte, héros et réalisateur du long métrage.


Par Christian Marchand

Paris Match. Comment voyez-vous l’avenir du cinéma ?
Laurent Lafitte. Les gens ont envie de continuer à aller voir des films. Une salle de cinéma est un endroit où, a priori, on ne se contamine pas vu la distanciation physique. On ne parle pas, on est masqué, on n’est pas face à face. Donc, c’est un endroit « safe » et qui nous vide la tête. Il ne faudrait surtout pas que les gens aient peur d’y aller à l’avenir par rapport à la menace actuelle ! Ne tuons donc pas les salles. Qui aurait envie de ne voir une bonne comédie que chez soi ?

Quel regard portez-vous sur la période que nous vivons actuellement ?
Le même que tout le monde : on se sent empêché de tout. On se sent également menacé, même si ce n’est pas non plus Ebola. Il faut savoir relativiser cette maladie. Il y a quelque chose de réconfortant dans le sens où on traverse tous la même galère au même moment et au niveau mondial. C’est un peu comme dans les familles lorsqu’elles se retrouvent face à une épreuve : cela soude les êtres. Ensuite, on est tous aussi un peu paumés, on essaie de prendre des mesures mais, en même temps, on ne sait pas trop ce qui se passe.

Vous êtes plus optimiste que pessimiste ?
Je suis optimiste parce que je suis pragmatique. Ce n’est même pas de l’optimisme. Le danger, c’est que le virus est très contagieux. Donc, il peut potentiellement concerner beaucoup de gens, mais la maladie en elle-même n’est pas très dangereuse. C’est toutefois dur à entendre quand on est confronté à l’aspect brutal de celle-ci. Scientifiquement, c’est un fait. Mais on a les moyens de l’éviter si on est prudents.

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Venir en Belgique, ce sont toujours de bons souvenirs ?
Oui, toujours. Tout est franc et sain avec le public belge. J’ai fait du théâtre en Belgique et j’ai vécu plusieurs mois à Bruxelles. Je suis donc attaché aux Belges.

Qu’est-ce que les Français devraient emprunter à la Belgique ?
Peut-être sa forme d’humilité. La France est souvent arrogante. Mais il est toujours délicat de parler de nation. Il y a tellement de gens différents selon les régions qu’on ne trouve pas partout le même état d’esprit. C’est cliché d’attribuer un trait de caractère global à toute une population.

Selon vous, la force des Belges, c’est ?
Leur côté chaleureux et une forme d’humour dans le second degré, un peu à l’anglaise. En France, on est assez moqueurs et en Angleterre, ils aiment beaucoup se moquer d’eux-mêmes. Mais en Belgique, c’est une qualité majeure.

Un péché mignon belge ?
La gaufre de Liège, bien fraîche et bien moelleuse. Il est très difficile de manger de vraies bonnes gaufres à Paris. En revanche, je n’aime pas trop les croquettes de crevettes.

Une expression belge préférée ?
Ce n’est pas une expression, mais les Belges disent « savoir » au lieu de « pouvoir » et ça,je ne m’y habitue pas. Vous avez aussi le fameux « Non peut-être ? » qui veut dire « oui ». Nous, les Français, on a autre chose avec le « non » : il paraît que le français est la seule langue où vous pouvez commencer les phrases avec « Non, mais franchement » ou « Non, j’aime beaucoup ton pantalon ». Commencer quelque chose de positif par la négative, c’est dingue, non ?

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