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« Soul » : Pixar explore les tréfonds de l’âme

soul pixar

Extrait du nouveau film Pixar : "Soul". | © Walt Disney France.

Cinéma et Docu

Soul, sur Disney+ cette semaine, est une pépite d’intelligence qui interroge avec humour le sens de la vie. Pete Docter et Kemp Powers, les réalisateurs, nous en parlent.

 

D’après un article Paris Match France de Benjamin Locoge

Paris Match. Joe, votre héros, est un personnage qui le même jour décroche le job de sa vie avant d’avoir un accident quasi fatal. Est-ce une métaphore du rêve américain ?
Kemp Powers. Ce rêve américain classique ne me parle pas vraiment. Car combien d’artistes ont connu la désillusion ? Cela dit, oui, le message sous-tendu par cette promesse est qu’il ne faut jamais abandonner, qu’il faut toujours persévérer. Joe, notre personnage, s’inscrit totalement dans cette perspective. A titre personnel, ayant grandi à New York, je sais que ce pays n’apporte pas que des satisfactions, ce rêve américain n’est fait que de barbelés. Vous pensez que vous allez réussir, mais la réalité vous rattrape vite.
Pete Docter. C’est ce que l’on questionne dans le film : est-ce finalement si important de vouloir réussir à tout prix ?

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Joe intègre le groupe de Dorothea, une diva à l’ancienne comme Billie Holiday ou Ella Fitzgerald. Pour mieux rendre hommage aux femmes dans le jazz ?
K.P. Notre inspiration, vient plutôt de Miles Davis, un homme dur, un ovni musical, très énigmatique. Quand vous vous plongez dans sa vie, malgré l’image qu’il renvoyait, vous comprenez combien il était à l’écoute de ses partenaires, combien il les encourageait. Mais il n’avait aucune patience. Pour quoi ou qui que ce soit. Dorothea n’est pas une chanteuse, mais elle est le leader du groupe. Et c’est très rare dans le jazz d’avoir une femme à la tête d’un quartette. Nous voulions montrer que ce n’est pas simple de s’imposer dans un monde très masculin. Elle se doit d’être aussi dure que les hommes, de s’adresser à eux de manière très rugueuse pour mieux s’imposer.

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Encore aujourd’hui il y a peu de femmes dans le jazz et c’est assez choquant

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Aujourd’hui Pixar a besoin de ces figures féminines fortes ?
P.D. Oui. Il y a quinze ans ce personnage aurait peut-être été un homme. Mais nous essayons de coller à l’évolution de la société. Encore aujourd’hui il y a peu de femmes dans le jazz et c’est assez choquant. Donc le film nous permet de proposer un changement de point de vue.

Pensez-vous que le public des films de la maison vieillit avec vous ?
P.D. C’est ce que l’on essaie d’accompagner. Mais il faut trouver un équilibre entre ce que l’artiste, le cinéaste a envie de dire et ce que le public a envie de voir. Donc, oui, nous travaillons toujours avec ces deux objectifs. Mais le but reste toujours d’atteindre la plus large audience possible.

En quoi “Soul” est-il le plus adulte des films Pixar ?
P.D. Il l’est dans son fondement, parce que je parle de choses qui me touchent, moi avec mon âge et mon bagage. Je vieillis, chacun de mes films me prend cinq ans, donc je commence à me demander combien je pourrai encore en faire. Car, oui, ma vie d’adulte, c’est désormais de réaliser des dessins animés. Mais nous ne perdons jamais de vue le public plus jeune, il faut que cela reste fun et drôle.

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J’ai tellement été absorbé par l’animation, que j’aurais pu perdre de vue mes propres enfants

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Pourtant vous abordez de manière frontale la question de la mort, de la disparition des âmes.
P.D. Parce que nous sommes tous à un moment donné de notre vie une âme égarée. Il m’est souvent arrivé de me perdre dans mon travail, d’oublier l’heure du dîner ou le spectacle de fin d’année de mes enfants. Il existe des gens qui se laissent porter par le cours de l’existence et d’autres, comme moi, qui se jettent dans le travail. J’ai tellement été absorbé par l’animation, que j’aurais pu perdre de vue mes propres enfants. Heureusement ma femme a toujours fait en sorte de me ramener dans le monde réel. [Il rit.]
K.P. Souvent on se perd dans le travail pour fuir ses problèmes. Vous êtes tellement dans votre projet que le monde autour de vous disparaît. C’est un danger qui nous guette tous. Mais ce qu’on montre dans le film, c’est que, même si cela arrive, on peut s’en sortir. Les choses que nous aimons sont une échappatoire. Mais que cherche-t-on à fuir ? Tout le reste de la vie ? Il n’y a qu’avec l’âge qu’on le comprend et qu’on évite de le faire. 

Soul – Bande-annonce (VF)

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