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Dans les coulisses du Festival : confessions d’une journaliste à Cannes

Sur place, l'ambiance est plutôt stress et pizzas que strass et paillettes, quoique... | © AJ

Cinéma et Docu

Rendez-vous incontournable pour les cinéphiles, Cannes est aussi le Saint-Grââl pour les journalistes cinéma, qui sont de plus en plus nombreux à se presser en bas des marches chaque année. Sortie de la mêlée, Astrid Jansen, reporter pour les Fiches du Cinéma, nous emmène dans les coulisses du Festival. 

C’est le scénario rêvé pour tout amateur de cinéma, et pour Astrid Jansen, il est devenu réalité : la journaliste namuroise couvrait cette année son quatrième Festival de Cannes. Une aventure démarrée en 2013 par un joli hasard : « J’avais réalisé mon stage de fin d’études aux Fiches du Cinéma. Un an plus tard, je reçois un coup de fil de Chloé, la directrice, qui me demande si je suis libre durant le Festival. Je me suis dit « ils veulent que je surveille la baraque à Paris». Mais non. Cette année là, Chloé faisait partie du jury Caméra d’Or (la classe) et il fallait quelqu’un à Cannes pour aider le rédacteur en chef à gérer le site et l’équipe. Ils m’ont donc proposé de venir, j’ai accepté, j’ai raccroché, j’ai sauté, j’ai crié ». Avant le départ, préparation marathon: « Je me suis préparée à fond, j’ai regardé la filmographie de chaque réalisateur sélectionné… ce que je n’ai d’ailleurs plus jamais fait les années suivantes ! ».

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Emportée par la foule

Sur la Croisette, il faut avoir le coeur bien accroché pour braver l’envers du décor. « Sur place, j’ai découvert à quel point la foule était compacte. Les queues interminables avant de voir un film qui sera plus court que l’attente qui le précède, le défilé de femmes qui ne viennent que pour se montrer en tenue de soirée, les mesures de sécurité… C’est hallucinant la première fois, et un peu rageant aussi : impossible de vivre son Festival en paix ». D’autant que pour les journalistes qui couvrent l’événement, c’est plutôt stress et pizzas que strass et paillettes.

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« De manière générale les meilleurs endroits de soif cannoise ne sont jamais là où on les attend. De toute façon, si on n’a pas de badge « soirée » ni le bras long, on se fait recaler des soirées sur la plage et les bateaux parce qu’on n’est pas invités. Même s’il faut bien avouer qu’essayer de trouver un carton d’invitation est une activité amusante en soi. Et puis, à Cannes, on est fatigué, on a une sale gueule, on ne voit pas tant que ça le soleil, on ne parle pas tant que ça de cinéma, on se nourrit exclusivement de pizzas et on voit plus de films chiants que de bons films…. ».

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Bouleversements sur grand écran

Heureusement, les moments de grâce ne manquent pas pour échapper au scénario catastrophe. « La Compétition officielle, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt et rarement là qu’on voit les plus beaux films. Les claques on se les prend à la Quinzaine des réalisateurs et à la Semaine de la critique. C’est là qu’ont été découverts – entre autres – Jacques Audiard, Ken Loach, Jeff Nichols, François Ozon, les frères Dardenne, Spike Lee ou encore, l’année dernière, Julia Ducourneau qui a carrément cloué le Festival au sol avec son film Grave. Ce sont tous ces films qu’on découvre par hasard, sans savoir qu’ils allaient nous bouleverser ». Et il y a certains bouleversements dont on se souvient longtemps : « Une année, chose rare, j’avais du temps devant moi. Je me suis fait un « Cannes Classics », la sélection projetait ce soir là Hiroshima mon amour (1959). Dans la salle Buñuel, une salle toute petite et distordue, il y avait l’actrice principale Emmanuelle Riva. Quand les lumières se sont rallumées, elle était en larmes. Moi aussi. Mais Cannes, ça a changé. Quand j’en parle « aux anciens », ils ont de bien meilleures histoires que les miennes ».

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Rencontre impromptue avec Josh Hartnett – Astrid Jansen

Idole de jeunesse

Ce qui ne veut pas dire qu’Astrid n’a pas elle aussi quelques anecdotes à raconter. « Un ami s’est déjà retrouvé à l’aube, sur la plage désertée, en tête à tête avec Francis Ford Coppola. Croisé là par hasard. Ils ont papoté. Des anecdotes il y en a mille. Une année, Jack Nicholson fumait sa clope à la sortie d’un restaurant, il ouvrait et fermait la porte pour les gens. Bon, moi, j’ai quand-même fait la montée des marches en même temps que Brian de Palma. Pas très rapide le vieux bonhomme ». Du moins, pas aussi rapide qu’Astrid quand elle a aperçu son idole d’adolescence. « À Cannes,  le journaliste qui se respecte ne fait pas la groupie. Il croise Will Smith à la sortie d’une projection, il le salue et le traite en égal. Il garde son calme. C’est comme ça, on est « pros ». J’ai transgressé cette règle tacite avec mon fantasme d’adolescente. Il était là, Josh Hartnett, devant moi, sur la plage, on était en petit comité. J’ai craqué, j’ai chuchoté à mon collègue « je peux lui demander un selfie ? Tu me jugeras pas ? ». Je tremblais comme une feuille, il m’a fallu de longues minutes pour manipuler mon appareil photo. Lui m’a dit « tu ne sais plus utiliser ton téléphone ? Je peux m’en occuper si tu veux ». Je crois bien que je pleurais un peu. C’était ridicule ».

Hystérie collective

Un ridicule qui n’a rien à envier à la réception reçue par Rodin au festival cette année. « Les journalistes huaient, certains criaient « cinéma de vieux ». À la sortie de la projection, c’était vraiment une foire aux grimaces. Je suis d’accord que c’est un peu austère et qu’on a besoin d’être bousculés. Mais là, pour Rodin, ça m’a fait de la peine pour Jacques Doillon, qu’un si grand cinéaste soit si peu respecté. Son film est magnifique, Doillon ne se soucie pas de faire un film « sympa » et c’est tant mieux. Heureusement, ce n’était pas non plus comme en 2002 avec Irréversible, là les gens balançaient carrément des tomates ! La réception de ce film fut parait-il l’une des plus violentes de l’histoire du Festival.  À l’inverse, Shortbus, en 2005, a provoqué l’hystérie, les gens hurlaient de joie pendant le film. Cannes c’est ça, c’est une expérience collective de cinéma ».

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