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« Wonder Woman » interdit au Liban pour cause de star israélienne

Le Liban interdit le film "Wonder Woman" à cause de Gal Gadot | © Warner Bros

Cinéma et Docu

Le très attendu Wonder Woman ne sera pas projeté au Liban. L’héroïne du film est incarnée par l’actrice israélienne Gal Gadot, un fait jugé trop grave par la censure libanaise. Polémique au Pays du Cèdre.

Alors que les cinéphiles du monde entier se réjouissent de la sortie de Wonder Woman, les Libanais eux ne pourront pas voir le film ovationné par les critiques… Quelques chanceux seulement ont découvert le blockbuster en avant-première, pile vingt-quatre heures avant que le film ne soit retiré des salles libanaises pour cause de censure.

Ce qui pose problème ? La nationalité israélienne de l’actrice principale du film, Gal Gadot. Cette interdiction est la décision du ministre de l’Intérieur, Nohad Machnouk sur base d’une recommandation du bureau de boycottage d’Israël au sein de la Ligue arabe, dont fait évidemment partie le Liban. Cette instance est chargée de lutter contre la normalisation des relations entre Israël et les pays arabes.

L’an dernier, des pressions similaires avait été menées pour les mêmes raisons contre Batman v Superman de Zack Snyder où l’actrice figurait déjà au casting. Cela n’avait en revanche pas empêché la sortie en salles du film mais cette fois-ci, la sentence est radicale.

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« Wonder Woman » qui soutient la guerre, ça passe mal

I am sending my love and prayers to my fellow Israeli citizens. Especially to all the boys and girls who are risking…

Publié par Gal Gadot sur vendredi 25 juillet 2014

Née à Tel Aviv, Gal Gadot a été élue Miss Israël en 2004 et a effectué son service militaire obligatoire dans l’armée de défense israélienne. Mais ce n’est pas tout… À l’été 2014, alors qu’à Gaza l’opération « Bordure protectrice » menée par Tsahal faisait des milliers de victimes palestiniennes, publiait ce message: « J’envoie mon amour à l’ensemble des citoyens israéliens, en particulier à ces garçons et filles qui risquent leur vie pour protéger ma patrie contre les actes horribles menés par le Hamas, qui se cache lâchement derrière les femmes et les enfants ».

Il n’en fallait pas plus pour qu’elle soit cataloguée comme soutient officielle de l’armée israélienne. Aujourd’hui, nombre de défenseurs de la cause palestinienne boycottent l’actrice.

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Pays ennemi

Les deux pays sont techniquement en guerre depuis 1948. Les menaces sont très fréquentes. Rappelons qu’à l’été 2006, l’État hébreux envahissait le Pays du Cèdre. Ces 33 jours de guerre avec le Hezbollah, ont fait plus de 1 200 morts libanais, civils pour la plupart. 160 morts ont été dénombrés du côté israélien, en majorité des militaires.

Le Liban et Israël n’entretiennent aucune relation diplomatique, économique ou culturelle. Les lois libanaises interdisent d’ailleurs tout contact, sous n’importe quel prétexte, avec Israël, qualifié d’« ennemi » par la législation libanaise.

C’est loin d’être la première fois qu’un film en lien avec Israël est interdit au Liban. Lors du dernier Festival international du film de Beyrouth, en octobre 2016, « Affaires personnelles » de la cinéaste palestinienne Maha el-Hajj a été interdit par le bureau de la censure à la Sûreté générale pour avoir été en partie tourné en Israël et produit par une société israélienne. Et ce n’est qu’un exemple parmi une belle série… Le Musée Virtuel de la censure répertorie toutes les œuvres censurées, une initiative de l’ONG March qui milite pour la liberté d’expression.

Un sujet qui fait polémique

Tandis que certains se réjouissent de ce boycott, d’autres se désespèrent de cette nouvelle victoire de la censure. L’interdiction a été saluée par le groupe de pression anti-israélien « Campaign to boycott supporters of Israel in Lebanon ». »Vive le boycott, vive la résistance », a écrit le responsable de cette campagne, Samah Idriss, sur sa page Facebook

Elie Fares, l’auteur du blog « A Separate State of Mind » lui se désole : « Et c’est quoi la suite ? Interdire tout film qui ose être associé de quelque façon qu’avec Israël? (…) Gal Gadot est une personne abjecte et une actrice, mais ce ne sont pas des arguments suffisants pour interdire le film. Quand vous en aurez fini avec ce buzz, tenez moi au courant si vous avez libéré la Palestine en interdisant un film non pertinent mettant en vedette une actrice non pertinence sur un fondement non pertinent d’une histoire non pertinente, tandis que le Liban continue d’opprimer les Palestiniens vivant ici… »

Beaucoup de Libanais se sentent par ailleurs lésés puisque le film est programmé dans d’autres pays arabes comme la Tunisie, les Émirats arabes unis, l’Algérie ou l’Égypte.

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