Paris Match Belgique

Matthias Schoenaerts et Jérémie Guez nous racontent « Sons of Philadelphia »

sons of philadelphia

Extrait de "Sons of Philadelphia". | © Nelson Gedalof.

Cinéma et Docu

Nous avons rencontré l’auteur et réalisateur français Jérémie Guez, ainsi que l’acteur belge Matthias Schoenaerts pour la sortie du beau polar classique Sons of Philadelphia, qui sort enfin dans les salles françaises.

D’après un article Paris Match France de Yannick Vely

Paris Match. Comment vous êtes-vous rencontrés sur ce projet?
Matthias Schoenaerts. Tinder ! (rires).
Jérémie Guez.  J’avais les cheveux longs à l’époque… (rires)

M.S. Il avait mis une belle photo, je l’ai rencontré et là il me dit: je suis metteur en scène (rires).
J.G. Je lui ai juste envoyé mon scénario. Je connaissais son travail, c’était avant Blue Bird, mon premier film et nous nous sommes rencontrés au Festival de Cannes en 2015, à la soirée du film «Maryland». Il avait mis une chemise de bûcheron; On avait le lendemain un rendez-vous pour parler du script et là il arrive avec les mêmes fringues. (Rires)
M.S. Là tu te dis, le gars, il n’a pas beaucoup dormi…

C’était difficile de réaliser un film «américain»?
J.G. J’avais adoré le livre (Un amour fraternel, traduit en France aux éditions du Seuil) de Pete Dexter. C’est un maître. Adapter ce livre permettait de jouer avec l’imaginaire des films de voyous des années 70. Au cinéma, nous sommes souvent dans la glorification de la figure des gangsters mais on ne connait rien de leur vie. Souvent, ce qui se précipite leur chute c’est une fait anodin du quotidien. C’était une manière très intéressante de filmer leur vulnérabilité, de montrer aussi la fin d’une époque. Ils ont souvent un boulot assez minable.
M.S. On a souvent le cliché du gangster qui a une vie héroïque alors que ce n’est pas la réalité. La plupart des voyous mène une vie pourrie, qui se battent pour 15000 euros et pas des millions. Sons of Philadelphia est un drame à la Dardenne ancré dans l’univers du cinéma de genre.

D’ailleurs le film est plus proche de l’univers de Takeshi Kitano que des films de Quentin Tarantino. 
J.G. Cela me fait très plaisir comme rapprochement. J’ai grandi avec ses films. J’ai revu récemment Kids Return et j’avais l’impression que c’était un film sur mes potes et moi, les conneries que l’on fait tous quand on est ado. Dans Sons of Philadelphia, on retrouve cette forme d’errance qui est normalement liée à l’adolescence. Le fait d’aller voir des connaissances, de s’embrouiller avec, comme des gosses… Ce que j’adore chez Takeshi Kitano ou Kinji Fukasaku, c’est qu’au-delà de la violence liée au monde des yakuzas, ils vivent en groupe, font des blagues… Il parvient à faire du poétique à partir de l’anecdotique.

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La vie tient à des micro-secondes.

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Le personnage qu’incarne Matthias Schoenaerts ne parle pas beaucoup, comment l’avez-vous construit?
M.S. Pour moi, Peter n’a jamais pu vivre la vie qu’il espérait et surtout il n’a jamais réussi à exprimer cette frustration. Il n’a pas de rapport d’intimité émotionnelle avec qui que ce soit et il s’est créé un autre lui. Il vit avec cet étranger au quotidien et c’était très stimulant de jouer un tel personnage. Intuitivement, je choisis des rôles où je parle peu car je trouve cela touchant. Je rencontre souvent des gens qui ont ce conflit intérieur en eux, cela se voit dans leurs yeux. J’aime interpréter le non-dit.  Quand je regarde un film, ce sont les personnages qui m’intéressent le plus. Souvent, j’enlève des répliques au scénario que je lis. Si je peux l’exprimer sans le dire, je préfère.
J.G. Je voulais aussi éviter l’effet type qui balance toujours des vérités. Ce n’est pas un poète guerrier qui parle une fois par semaine. Le personnage qu’il a composé n’est pas monolithique mais il est sensible et pas sûr de lui.

Peter est aussi un personnage hanté par sa propre histoire personnelle.
M.S. La vie tient à des micro-secondes. Il y a des micro-secondes dont nous sommes responsables et d’autres dont on se sent responsable. Cela peut déterminer une vie toute entière.
J.G. La vie ce n’est que ça. Quelques secondes de chaos qui détermine plus que tous nos choix au quotidien. C’est à la fois beau et injuste.

La ville de Philadelphie est aussi un des personnages du film. Pourquoi ce choix?
J.S. C’était lié au quartier aussi, je ne voulais pas que cela ressemble à l’image que l’on se fait d’une ville lambda de la cote Est américaine. Les personnages ont un côté col bleu, assez fier, qui sont fidèles aux gens de cette ville. Aujourd’hui, au cinéma, je trouve les gens souvent trop beaux, trop intelligents, parlent trop bien. On sent qu’ils font attention à ce qu’ils mangent. Alors qu’à l’époque du Nouvel Hollywood, des stars comme Dustin Hoffman ou Robert de Niro n’ont pas des physiques lisses. Ce n’étaient pas des gravures de mode. Maintenant, on a l’impression que les jeunes acteurs sortent d’une pub. Je pense que le cinéma américain manque beaucoup de spontanéité aujourd’hui. Tout est trop formaté. Souvent les meilleures prises et scènes tiennent à quelque chose qui ne marche pas sur le tournage mais une étincelle se produit.

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