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« Eiffel » : Le couple formé par Emma Mackey et Romain Duris, symbole de la culture sexiste au cinéma

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Emma Mackey et Romain Duris dans "Eiffel" de Martin Bourboulon. | © Pathé.

Cinéma et Docu

Dans le biopic de Martin Bourboulon, qui sort dans les salles belges ce mercredi, Emma Mackey et Romain Duris forment un couple qui est censé avoir neuf ans d’écart. Dans la vraie vie, 22 ans séparent pourtant l’actrice de Sex Education et le comédien français. Un choix qui questionne et une problématique qui ne date pas d’hier. Ou comment âgisme et sexisme font décidément bon ménage au cinéma.

 

Un budget qui avoisine les 20 millions d’euros, une couverture médiatique à laquelle personne n’échappe et le monument français le plus célèbre comme point central du récit: Eiffel, la superproduction qui sort demain dans nos salles, s’annonce comme l’un des événements cinématographiques de l’année. Il y a seulement comme un petit hic qui frappe à l’écran : les 22 ans d’écart qui séparent Emma Mackey (Sex Education) et Romain Duris, censés représenter l’ingénieur Gustave Eiffel et sa bien-aimée Adrienne Bourgès, et qui dans la vraie vie n’avaient que neuf années d’existence entre eux.

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En dehors du talent indéniable d’Emma Mackey, bluffante dans Sex Education et qui va sans aucun doute crever le grand écran dans les prochaines années, le choix d’une actrice de 25 ans pour jouer la muse d’un acteur de 47 ans nous rappelle que le cinéma n’apprend pas de ses erreurs et continue à cultiver âgisme et sexisme de main de maître. C’est que le procédé est loin d’être nouveau, comme nous le rappelait très justement Le Monde en 2018.

Homme d’âge mûr recherche jeune femme pour un grand rôle

Ainsi, l’invisibilisation des actrices vues comme âgées est une constante au cinéma. Et le quotidien français le prouvait par A+B à travers une étude fouillée : quand les acteurs, de leur côté, continuent à séduire en vieillissant, l’écart d’âge avec leurs conquêtes sur grand écran a tendance à augmenter. La recherche prenait l’exemple de Dany Boon, qui a systématiquement un écart d’âge significatif avec sa compagne à l’écran : dans Bienvenue chez les Ch’tis (2008), il a sept ans de plus qu’Anne Marivin ; dans Supercondriaque (2014), seize ans d’écart avec Alice Pol ; dans La Ch’tite Famille (2018), encore seize ans avec Laurence Arné.

Même son de cloche pour Daniel Auteuil, qui cumule les rôles d’homme mûr face à une partenaire bien plus que jeune que lui – en moyenne dix ou vingt ans de moins. Autre fait notable recueilli par Le Monde : lorsqu’un réalisateur masculin joue l’un des deux amoureux, l’écart d’âge entre les partenaires a tendance à être encore plus important.

Mais il ne faut surtout pas se cantonner au cinéma français pour en témoigner et on peut bien sûr remonter à plus loin, comme le remarque très bien Terrafemina. Dans le mythique Casablanca, Humphrey Bogart et Ingrid Bergman avaient 19 ans d’écart tandis que 22 années séparaient Richard Gere et Winona Ryder dans Un automne à New York. Pire, et peut-être record absolu, 39 printemps viennent s’intercaler entre les tourtereaux Sean Connery et Catherine Zeta-Jones dans Haute Voltige. Et on vous assure que les exemples se comptent à la pelle.

On comprend dés lors facilement le sentiment d’exaspération de certain.e.s face aux mauvaises habitudes du septième art, surtout vu les changements de mentalités attendus ces dernières années. « Fuck ce double standard du vieillissement, qui frappe les femmes beaucoup plus tôt et beaucoup plus fort que les hommes et alimente ainsi les inégalités de genre. Avoir plus de 40 ans n’est ni une identité ni une tare, et il serait temps de donner aux femmes concernées et qui seront concernées les représentations qu’elles méritent », écrit la journaliste Fiona Schmidt dans un post Facebook en réaction à la sortie d’Eiffel.

« En rendant cet écart systémique, les fictions nous disent qu’il est possible de sortir avec une femme plus jeune quand on est un homme plus vieux (c’est-à-dire plus ‘expérimenté’) mais surtout que c’est normal », décryptait encore Pauline Mallet, créatrice du podcast de cinéma féministe « Sorociné », toujours dans Terrafemina.

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Et c’est bien là que réside le principal problème, c’est-à-dire dans la représentation culturelle que fait le cinéma de notre société. Sur l’un ou l’autre long-métrage, il est évidemment possible qu’une histoire d’amour entre personnages d’âges très écartés soit traitée/représentée. Mais quand le septième art reproduit le procédé à foison, comme si de rien n’était et, surtout, dans une relative indifférence, il devient plus que légitime de questionner le tabou qui mêle âgisme et sexisme sur le grand écran.

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