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Pierre Niney : « Je suis sorti plus lessivé de ce rôle… »

Pierre Niney : « Le besoin de croire, de s’émerveiller, de rire, de pleurer est ancré en nous. » | © Jerome Domine/ABACAPRESS.COM

Cinéma et Docu

Ses projets s’enchaînent à un rythme soutenu mais ce n’est pas le public qui s’en plaindra. Car, au-delà des superlatifs qui l’accompagnent depuis le début de sa carrière, Pierre Niney fait bien figure de comédien exceptionnel, dans le drame comme la comédie. Avec Boîte noire, qui rencontre actuellement un succès mérité, il livre une de ses compositions les plus intenses.

 

Il vient de terminer le nouveau film de Nicolas Bedos Mascarade avec Isabelle Adjani et François Cluzet, et ce après avoir tenu tête à Jean Dujardin dans OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire du même réalisateur. Il rempile dans la série drôlissime de Jonathan Cohen La Flamme. Sans compter d’autres films dont on attend la sortie.

Un tel planning ne laisse pas vraiment de place à un retour sur scène pour celui qui a été le plus jeune sociétaire de la Comédie Française. Pour l’heure, c’est dans la peau de Mathieu Vasseur, enquêteur acousticien, qu’il impressionne. Le film Boîte noire de Yann Gozlan nous fait pénétrer dans l’univers secret et fascinant du BEA, Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la sécurité de l’aviation civile chargé de percer les énigmes des boîtes noires. Et on y croit, comme à chaque fois. Le secret de la réussite de Pierre Niney résiderait-il en sa jubilation évidente à jouer ?

Paris Match. Les retrouvailles avec certains réalisateurs sont-elles des étapes bienvenues dans une carrière ?
Pierre Niney. Je pense qu’un de mes grands plaisirs professionnels est d’être rappelé. Cela signifie que mon interprétation d’un personnage imaginé par le réalisateur a plu. Je le vis comme une récompense. Reste que chaque réalisateur a sa propre sensibilité et se montre différent dans son rapport au travail. Cependant, une forme de confiance et de bienveillance s’installe, on met les ego de côté pour aller dans le même sens. Un gain de temps précieux, ça coûte cher une minute sur un plateau de tournage. On recherche toujours la rencontre exceptionnelle, que ce soit avec nos partenaires de jeu ou la réalisation mais cela n’arrive pas à chaque fois. Quelque part, heureusement, c’est ce qui préserve les vrais moments de magie. L’alchimie totale entre équipe, acteurs et personnage est une sainte trinité qui ne se trouve pas d’emblée. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle soit obligatoire pour produire un chef-d’œuvre. Nul ne sait jamais comment un film va se dérouler et c’est ce qui se révèle passionnant.

Comment abordez-vous la préparation d’un rôle ? Et en l’occurrence ici ce métier totalement méconnu et mystérieux d’acousticien ?
En effet, on fantasme tous beaucoup autour des boîtes noires. Or, il existe un vrai métier qui y est attaché et un bureau français, reconnu à l’international, le BEA, comprenant des acousticiens et des enquêteurs hors-pair qui reçoivent des boîtes noires d’accidents venant de partout. Il n’y pas besoin d’aimer l’aéronautique pour se plonger dans le film. Une des séquences qui montre le processus d’ouverture d’une boîte noire nous fait penser à une opération chirurgicale. Le spectateur a l’impression de rentrer dans les coulisses d’un monde interdit. Il m’est arrivé, en me trouvant au BEA, de devoir évacuer une salle à cause de l’arrivée d’une boîte noire car il est interdit de voir ou d’écouter quoi que ce soit, les répercussions internationales peuvent être très importantes. La préparation d’un rôle en me documentant fait partie de mes grands plaisirs. Cette recherche peut s’apparenter à un travail journalistique et c’était particulièrement le cas ici. Je recueillais des témoignages avec mon iPhone, je filmais ce que je pouvais, je cherchais le profil qui se rapprochait le plus de mon personnage. J’ai trouvé un jeune homme de mon âge avec lequel j’ai passé beaucoup de temps.

 

Pierre Niney, impressionnant dans le film haletant de Yann Gozal Boîte noire… ©DR

Vous avez rêvé d’être pilote ?
J’en ai rêvé enfant mais je crois surtout que c’était la fonction et l’uniforme qui m’attiraient, tout autant que la responsabilité de conduire une machine capable de défier les lois de la gravité. Mais cette envie m’a vite passé, d’autant que j’étais myope et daltonien. De toute façon, le désir d’être comédien est venu très tôt.

Pourquoi avez-vous eu plus de mal à sortir de ce rôle, vous qui vous détachez plutôt facilement de vos personnages ?
Je me suis particulièrement immergé dans ce projet et il y avait chez mon personnage une nervosité obsessionnelle assez lourde à porter. Mais surtout, il s’agit d’un tournage très solitaire. En-dehors de mes partenaires André Dussolier et Lou de Laâge, je me retrouvais très souvent seul face à moi-même ou à des personnages hostiles. C’est sans doute le plus solitaire de tous mes films. De me retrouver dans cette bulle non-stop durant trois mois en gardant cette même intensité m’a atteint, j’avais sous-estimé l’impact que cela aurait sur moi. J’en suis sorti plus lessivé que de bien d’autres films. Mais je le referais sans hésiter car ce stress et cette fatigue se sont avérés essentiels.

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