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Petites : le film sur l’impact psychologique de l’affaire Dutroux sur les enfants de l’époque

La réalisatrice Pauline Beugnies était une enfant lorsqu'éclate la sordide affaire Dutroux. Elle en a fait un film pour parler des conséquences de ce drame à une époque charnière de leur vie... | © elise ortiou campion | DR

Cinéma et Docu

Petites de la réalisatrice Pauline Beugnies est diffusé sur La Trois ce 19 octobre en soirée, veille des 25 ans de la marche blanche. Une plongée dans les souvenirs d’enfance de ceux et celles qui avaient l’âge de Julie et Melissa à l’époque de cette sordide affaire… Ils y parlent des conséquences directes sur leur vie hier et encore aujourd’hui.

Par Laurent Depré

La Belgique entière a été frappée de plein fouet par cette sombre affaire de pédophilies qu’était l’affaire Dutroux dans les années 90. Le chagrin des Belges s’est transformé en colère, peur et angoisse pour de nombreux parents à l’époque des faits. Amenant parfois à des comportements excessifs et à une prudence qui pouvait mener à un sentiment de liberté limitée pour les plus jeunes .Psychose, angoisse, cauchemar…C’est la fin de l’insouciance jumelée à une pression constante des parents via un contrôle stricte de la localisation physique des enfants.

Dans Petites, Pauline Beugnies propose ainsi le récit libre de l’Affaire Dutroux raconté par cette génération d’enfants, aujourd’hui adultes, exposée bien trop tôt au sordide dans l’intimité de leurs foyers. Leurs souvenirs sont altérés par le temps, déformés par le prisme médiatique et leur regard d’enfant. Leurs témoignages racontent une version personnelle de l’histoire. Le film est composé d’images actuelles de lieux « emblématiques » de cette affaire, d’images d’archives familiales des témoins et d’archives médiatiques de l’affaire Dutroux. Il n’y a que des interventions en voix off.

En toute fin de film, une voix dit « finalement, quelle est la part de cette affaire dans nos propres blocages ? » Il s’agit de la trame principale de Petites. « C’est le point de départ, la trace que cette affaire à laisser sur notre génération. J’évite de parler de traumatisme car cela reste du domaine de l’intime chez chacun… », nous explique Pauline Beugnies. « Après, il y a aussi la question du débat raté à l’époque sur la pédocriminalité qui le plus souvent se déroule dans le cercle familial ou amical. » 

L’idée du film a germé lorsque Pauline Beugnies a retrouvé dans sa cave des vieilles cassettes VHS de souvenirs de famille, comme un voyage en Italie, et des enregistrements d’émissions spéciales dédiées à l’affaire Dutroux. Exemple type du côté entremêlé des vies privées et de l’affaire de pédophilie…©DR

La multiplication des visages d’enfants disparus sonne aussi comme une alarme chez ces enfants qui comprennent que la disparition de Julie et Melissa puis des autres ne se limitent plus à quelques cas uniques. « Oui, et un personnage dans le film l’exprime bien. On spéculait beaucoup sur cette affaire en tant que jeune enfant mais en voyant tous ces visages placardés dans les rues on a compris que c’était assez répandu en fait… Nos questions restaient souvent sans réponse; que faisait-on avec ses enfants disparus ? « 

Autre moment fort du film, c’est cette phrase terrible lâchée par un des protagoniste « Dutroux était notre bombe atomique émotionelle »… « Nous projetions nos peurs et nos angoisses à différents endroits de l’affaire » résume Pauline Beugnies. « Cela touche à tellement d’aspects de la société et du vivre ensemble que le choc était vraiment sismique… Les médias ont en fait un monstre qui déclenche immédiatement une réaction en nous. »

Le rôle des « grands », des adultes est aussi passé à la loupe dans Petites. Les parents ont été comme hypnotisés par cette affaire, ne détenant pas toujours les outils pour assurer un suivi correct de toutes ces informations ignobles qui déferlaient sur les têtes blondes… « Il y a de la nuance dans le film car les parents étaient tout aussi paumés devant l’affaire Dutroux. En fait, nous nous sommes identifés aux enfants disparus mais nos parents eux se sont identifés aux parents des disparus ! Les Russo et les Lejeune appelaient à l’aide et personne ne parvenaient vraiment à les aider… Ils devaient donc ressentir de la colère et se sentir très démunis face aux errances de l’Etat… On parlait moins aussi en famille de ces sujets, de toute cette vulnérabilité, c’était encore tabou par rapport à 2021. »

Un film diffusé ce soir sur la Trois qui revient donc sur l’affaire Dutroux vécue par les enfants à l’époque. Une génération qui très vite a du faire face à de nombreux constats terrifiants, les digérer et apprendre à vivre avec….

 

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