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Okja, le chef-d’œuvre militant et controversé de Netflix

Bong Joon-ho, le réalisateur d'Okja | © Vincent Capman/Paris Match

Cinéma et Docu

Critiqué par le jury, sifflé en projection à Cannes, Okja n’en reste pas moins une pépite moderne, écolo et anticapitaliste. À voir sur Netflix – forcément.

Tarantino l’a comparé au Spielberg des débuts. Les Cahiers du cinéma ont classé son troisième long-métrage de science-fiction The Host dans la liste des cinq films les plus importants des années 2000. Et si le jury cannois présidé par Pedro Almodovar a boudé Okja, son nouveau chef-d’œuvre distribué par Netflix, nul doute que la véritable rock star de la Croisette en 2017 c’était lui. Bong Joon-ho, 47 ans.

Ou plutôt elle – Okja donc – sa super-héroïne porcine, sorte de cochon transgénique, croisement réussi de Totoro et d’E.T. De la polémique liée à la non-sortie du long-métrage dans les salles françaises à la projection de presse surréaliste sifflée dès l’apparition du logo Netflix puis interrompue cinq minutes après devant quelque 2 000 journalistes internationaux, Okja est sorti du rang, a fait parler de lui et, à peine né, était montré du doigt.

©Okja/Bande annonce

Bong Joon-ho a pris les réactions scandalisées avec flegme. « Vous savez, voici quelques années, il y a eu toute cette controverse lorsque James Cameron a réalisé Avatar en 3D. On a dit que le cinéma traditionnel ne s’en relèverait pas. Mais les choses ont fini par se calmer. C’est pareil avec le streaming. C’est une nouvelle façon de consommer le cinéma. Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde. Avec mon chef opérateur, on a en tout cas tourné Okja en pensant qu’il serait vu sur grand écran parce qu’un film beau sur grand écran le sera tout autant sur un iPad ! »

Formidable cheval de Troie anticapitaliste et écolo

Bam. Big Brother a priori s’en remettra. Okja est l’un des objets cinématographiques les plus spectaculaires qu’il nous ait été donné de voir cette année, une fable cartoonesque pour grands enfants qui aurait de quoi faire rosir de jalousie Disney et ses mille et une tentatives de remake de son catalogue en prises de vues réelles. Ironie de l’affaire, c’est aussi et surtout un formidable cheval de Troie anticapitaliste et écolo imaginé au nez et à la barbe du géant (gênant ?) Netflix, qui l’a financé à hauteur de 50 millions de dollars après lecture du script. L’histoire d’un gros porcinet élevé par une petite fille dans les montagnes de Corée avant d’être pris en chasse par de méchants industriels de la multinationale Mirando (hello, Monsanto) dans le but de l’exhiber dans une foire à bestiaux, puis de le distribuer en barquettes sous vide.

Netflix m’a offert une liberté créative totale.

« Contrairement à la BD ou au roman, un réalisateur a nécessairement besoin d’argent pour tourner. On critique le capitalisme mais on en a besoin pour le critiquer », philosophe l’affable réalisateur qui, avec Snowpiercer, le Transperceneige en 2013, faillit laisser dans sa première expérience américaine son âme au diable – et aux frères Weinstein. « Des studios traditionnels indépendants étaient prêts à produire Okja mais le budget était trop énorme. Et les majors, pour qui l’argent n’était pas un problème, n’aimaient pas le contenu et me demandaient de couper les scènes d’abattoir. Netflix, lui, avait le budget tout en m’offrant une liberté créative totale. Pour moi, c’est plus important que le support de diffusion, même si la salle de cinéma me semble le meilleur moyen de découvrir un film ».

Végétarien, Okja ? Que nenni. Obsédé par la question de la monstruosité et de la culpabilité, le maestro, qui se dit plus influencé par Miyazaki et son Totoro que par Dumbo et la firme aux oreilles de Mickey, aimerait toutefois que son conte satirique sensibilise la planète à la souffrance animale. « Ce qui est diabolique n’est pas de manger de la viande mais que cette viande soit produite en masse et vendue non pas pour la survie de l’homme mais pour le profit. C’est pour moi une sorte d’holocauste et de génocide qui ne dit pas son nom. Je ne suis pas végétarien, mais il faut s’interroger sur ce système de massacre à grande échelle. Je pense que la clé est d’écouter la voix des animaux ».

Okja sur Netflix Belgique dès le 28 juin.

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