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Marcher sur l’eau : la dignité magnifique des Peuls face à l’inexorable au Niger

Un film qui ne se veut pas militant mais qui place le spectateur au coeur du quotidien chamboulé d'une village entier... | © DR

Cinéma et Docu

Le film de la française Aïssa Maïga Marcher sur l’eau sort sur nos écrans ce 26 janvier. Quand le changement climatique et la sécheresse chamboule un petit village peul du nord du Niger… A l’opposé total des terribles crues en Wallonie cet été mais avec une cause commune.

Par L.Dp

Si l’on se réfère à la ‘loi de proximité’, les inondations meurtrières en Belgique cet été occupent la première place de nos interrogations. C’est bien normal. Pour rappel : trente-neuf personnes y ont perdu la vie et des milliers de gens n’ont plus d’habitation depuis. Avec un responsable pointé du doigt vu le déluge tombé en quelques heures seulement sur le sud du pays : le réchauffement climatique.

Aïssa Maïga, à travers son film, nous parle elle de la situation d’un village au nord du Niger où l’or bleu manque cruellement et limite les activités. Il ne pleut plus assez. Pères et mères doivent soit partir travailler dans un pays frontalier, comme le Nigéria ou au Burkina Faso; soit s’absenter de longs mois pour aller à la recherche de pâturages pour le maigre bétail. Les enfants restent alors livrés à eux-mêmes. D’une sécheresse et de l’aridité ambiante découlent des conséquences en cascade…

« C’est ce qui m’intéressait vraiment dans ce projet » expliquait début décembre la réalisatrice Aïssa Maïga sur les ondes de La Première. « Les effets concrets du réchauffement climatique sur le quotidien des habitants de ce village du Niger. Les structures sociales et familiales y ont été complètement démantelées. Quand il faut aller chercher de l’eau et que toute la famille est mobilisée, les enfants ne peuvent pas aller à l’école alors que c’est le souhait de leurs parents. Le bétail diminue également obligeant les femmes à aller travailler loin des leurs (…). J’ai vraiment voulu éviter de montrer la pauvreté avec misérabilisme. Le peuple que l’on voit à l’écran est un peuple saélien, ce sont des gens très fiers. Et je me suis engagée à ce que cette fierté ne soit pas entâchée par le film. »

 

La réalisatrice Aïssa Maïga ©Sylvia Galmot

Le titre Marcher sur l’eau vient de cette scène où le maître d’école explique devant les yeux éberlués de ses jeunes élèves qu’en fait « nous marchons sur l’eau »… Il fait référence au lac aquifère situé en profondeur. A plus de cent cinquante mètres… Le village se mobilise donc pour pousser le gouvernement du Niger à agir. Et à venir placer un forage afin de brancher l’entité à un réseau multi-villages pour sauver ses habitants de l’exode.

« Les parents de Houlaye, qui a 14 ans et que je film principalement dans Marcher sur l’eau, n’ont jamais connu cette situation. Les saisons des pluies duraient quatre mois avec certes parfois des pluies un peu éparses. Mais il y avait de l’eau… Ces familles peuls sont des éleveurs qui étaient souvent à la tête de cheptels bovins de plus de 1000 têtes ! Aujourd’hui, il leur reste une petite dizaine de bêtes tout au plus. Donc, il y a eu une dégradation du niveau de vie assez spectaculaire » détaillait encore la réalisatrice lors de l’émission.

Marcher sur l’eau est un film documentaire d’une extrême dignité mettant également en images la beauté des lieux et de ses habitants. C’est une mise en situation, une incursion dans un monde qui est en train de basculer. Tout en nous soumettant une situation qui découle directement de notre monde occidental massivement responsable des émissions de gaz à effet de serre. Avec la question banal et pourtant de première nécessité : comment feriez-vous pour vivre presque sans eau à certaines périodes de l’année ?

A voir !

Marcher sur l’eau
Un film de Aïssa Maïga

 

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