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« Détruire rajeunit » : Le film qui vous plonge dans une Belgique en ébullition

Détruire rajeunit nous plonge dans la Belgique des années 60, au milieu de la plus longue grève générale qu'ait connu le pays. | © yc aligator

Cinéma et Docu

L’histoire de la Belgique nous est enseignée dans les écoles. Mais il est rare de pouvoir se rendre réellement compte de l’état du pays durant les siècles qui nous précèdent. Avec son film « Détruire rajeunit » , Benjamin Hennot nous plonge dans le quotidien d’une Belgique sous tension.

 

Hiver 1960-1961. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la Belgique est sous tension. Une loi d’austérité soulève le pays. La jeunesse part en grève durant deux long mois. Cette histoire vraie est racontée dans le dernier film de Benjamin Hennot, « Détruire rajeunit » . Avec un nombre incroyable d’images d’archives inédites, des jeunes racontent ce mouvement de grève comme s’ils y étaient. Ce film nous plonge complètement dans la Belgique en ébullition des années 60. C’est une leçon d’histoire immersive qui trouve toute sa pertinence dans le besoin que nous avons tous de connaitre notre passé, le passé de notre pays. Rencontre avec le réalisateur Benjamin Hennot, qui innove dans les codes du cinéma documentaire.

Paris Match Belgique. Comment vous est venu l’idée d’aborder cette longue grève belge des années soixante ? 

Benjamin Hennot. Ce film s’inscrit dans la continuité de mes films précédents. J’ai toujours aimé partager des bouts d’histoire de la Belgique qui sont moins connus. J’ai commencé avec « Stan et Ulysse, l’esprit inventif » qui portait sur la seconde guerre mondiale, puis avec « La bataille de l’eau noire » , qui portait sur la fin des années 70. J’ai voulu combler le chainon manquant entre ces deux projets. Avec « Détruire rajeunit » , je veux faire une contribution modeste à une histoire populaire de la Belgique.

Le documentaire met en scène des jeunes qui racontent les événements comme s’ils les vivaient en direct. Pourquoi ce choix de réalisation ?

Mon ambition c’est d’aller voir les témoins directs, ceux qui mènent des actions. Je veux replonger les spectateurs dans les événements de l’époque. Finalement, c’est une approche plus populaire que documentaire. Je ne voulais pas juste mettre en scène un historien officiel qui fait une analyse. C’est un événement de masse, et je voulais transmettre cette énergie qui pouvait exister à l’époque. Donc j’ai choisi de faire parler des jeunes devant la caméra.

C’est comme si ces jeunes, aujourd’hui, avaient vécu l’événement, ça permet de conjuguer les faits au présent.

C’est comme si ces jeunes, aujourd’hui, avaient vécu l’événement, ça permet de conjuguer les faits au présent. Tous les témoignages sont authentiques. Je considère ce film comme à la fois documentaire et fictionnel. Car j’ai mis en scène des fausses reconstitutions, mais tout ce qui est dit est vrai et fidèle à des témoignages de témoins directs.

Pourquoi avoir voulu parler de cette loi d’austérité ?

Les lois d’austérités, il y en a beaucoup. Et il y en a encore qui vont arriver avec la crise du coronavirus. On sait très bien que l’Etat est endetté et il faudra faire des économies. Si les gens ne luttent pas pour leurs acquis sociaux, il vont les perdre. Cette grève décrite dans mon film était l’archétype de la grève. Les principes et les moyens qu’elle énonce peuvent être réutilisables. C’est aussi un des objectifs de ce film, donner les clefs de la révolution de demain.

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La grève rapportée dans le film a duré deux mois en Belgique, en réaction à une loi d’austérité. © yc aligator

Quels enjeux avez-vous voulu soulever ?

Mes films essayent de répondre aux questions que les gens qui luttent se posent. Ce sont des boites à outils pour les gens qui luttent et amènent un champ des possibles pour les gens qui se battent aujourd’hui. Je pense que ça peut être utile aux nouvelles générations. Je n’ai pas envie que mes films soient uniquement du divertissement. J’aimerais qu’ils rentrent dans l’imaginaire politique. Je fais des référents historiques, des films qui restent stimulants et actuels. Ils donnent des armes, des outils.

Et surtout, un de mes objectifs à travers ce film est de montrer qu’on peut gagner. C’est important de célébrer les victoires. Je prend le contrepied de tout ce qui est pénible dans le monde actuel. On aime se plaindre, on est dans un monde pro-victimiste, on célèbre les victimes. Mais moi je veux célébrer les gestes, pas les victimes.

 

Le film « Détruire rajeunit » est diffusé à Bruxelles, à partir du 1er mai. Plus d’informations.

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