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Jonathan Zaccaï (Downton Abbey 2) : »J’avais peur de gaver Elisabeth McGovern avec mon admiration »

Jonathan Zaccaï sera début mai à l'affiche du second volet du désormais film Downton Abbey. | © © Sylvia Galmot

Cinéma et Docu

30 ans de carrière et un chemin jalonné d’étapes toujours plus prometteuses. Jonathan Zaccaï, personnage phare de la célèbre série Le Bureau des légendes, aussi à l’aise dans les drames troubles que les comédies romantiques, fera pétiller les écrans de mai dans le très attendu Downton Abbey 2. Rencontre piquante avec l’acteur belge en pleine forme.

L’homme est drôle, doté d’un sens de la dérision qui le fait rire de nombre de choses, à commencer de lui-même. La Ville Lumière lui a ouvert les bras depuis ses premiers rôles d’envergure au cinéma. Depuis, il affiche une filmographie, y compris en TV, qui ne fait que s’étoffer, sans entracte. Conversation intime depuis son balcon parisien.

Paris Match. C’est peu de dire que l’on vous verra beaucoup ces prochains mois. Une heureuse conjoncture ?
Jonathan Zaccaï. J’ai connu en effet une période très intense durant laquelle j’ai tourné quatre longs-métrages et une série. Cela fait à peine un mois que je souffle un peu et j’ai l’impression de ne plus savoir qui je suis et où je vis. Je reconnais avoir beaucoup de chance. D’autant qu’il s’agit de très beaux projets. Il y a le film du Belge Frédéric Sojcher « Le Cours de ma vie » avec Agnès Jaoui et Géraldine Nakache, une belle histoire d’amour impossible comme on les aime au cinéma. Dans « Les Chemins de pierre », adaptation du livre de Sylvain Tesson « Sur les chemins noirs », je joue le meilleur ami de Jean Dujardin et nous parcourons ensemble une partie de la France. Avec la randonnée au cœur du propos, je peux vous dire qu’on a beaucoup marché.

La diversité de vos rôles est-elle un privilège de l’âge ? Ou disons de l’expérience ?
Je suis comblé par cette palette phénoménale de propositions. J’ai aussi tourné une charmante comédie Un petit miracle avec Alice Pol qui sortira en 2023. Il y a bien sûr Downton Abbey. Et la série L’homme de nos vies avec Odile Vuillemin. À chaque fois, je plonge dans un autre univers et je touche ce pourquoi j’ai choisi de devenir comédien, me balader entre des sensibilités, des imaginaires. J’avais envie de m’amuser en brouillant les pistes, sans me cantonner à un seul type de personnage.

Votre métier vous aide-t-il à nourrir une réflexion sur le monde plus aiguisée ?
Je vois ce métier comme un voyage dont on ne connaît pas la destination, allant de surprise en surprise. Chaque film vous oblige à vous intéresser à une multitude de choses. Rencontrer quelqu’un comme Sylvain Tesson, comprendre son parcours, celui d’un homme brisé physiquement allant au-delà de ses limites dans des endroits non-explorés, vous pousse en effet à la réflexion. Mais prenez tout aussi bien mon personnage dans « Le Bureau des légendes » qui me propose une analyse quant à certaines décisions politiques. J’ai, comme nous tous je pense, une lecture assez brouillée de ce qui se passe en Ukraine. C’est effrayant de voir à quel point l’Histoire se répète et quel est l’héritage des conséquences du passé. Du coup, vu mon personnage, je me demande ce que font les services secrets. J’ai l’impression de faire partie de la DGSE avec l’envie de leur dire « Oh les gars, faut qu’on bouge là ! »

© Sylvia Galmot

L’écriture de votre premier roman Ma femme écrit paru en 2021 a-t-elle fait de vous un acteur plus exigeant ?
L’exigence ne se pose pas en ces termes. Quand je joue, je ne suis qu’un acteur et m’en remets totalement au metteur en scène et au scénario. Je ressens la même chose pour l’écriture. Je suis en train d’écrire un deuxième roman que je compte adapter ensuite au cinéma. L’occasion d’exprimer ce que je porte en moi, de raconter des choses plus personnelles. L’écriture m’accompagne depuis toujours et représente une démarche très intime. En ce moment, j’écris plusieurs heures au quotidien car j’ai ce livre en ligne de mire, une gymnastique naturelle. Mais je ne ressens pas le besoin de noter mes pensées ou mes événements dans un carnet, je n’ai jamais tenu de journal intime. Je me prends déjà bien la tête sur plein de choses !

Seriez-vous quelqu’un d’assez angoissé ?
Je suis très généreux avec les angoisses, elles ne durent pas longtemps mais peuvent être variées et me surprennent souvent. Angoissé oui mais avec un peu de fun. Je suis totalement infidèle à mes peurs.

Jeu, écriture, réalisation… Auriez-vous encore un talent caché ?
Franchement, c’est déjà pas mal non ? Bon, je cuisine un peu car j’ai une belle-mère thaïlandaise, je me débrouille et je régale mes amis mais de là à vous dire que ce talent éclatera un jour à la face du monde, j’en doute. J’aime prendre des photos, dessiner aussi. Ma mère (Sarah Kaliski) était peintre et je m’occupe de son œuvre. J’ai un tel respect pour ce qu’elle faisait que je ne me sens pas légitime mais je reconnais que c’est un grand bonheur de dessiner. Je m’exhibe déjà tellement dans la vie que je préfère me restreindre.

 

©Ben Blackall / © 2022 Focus Features LLC

Cette mission de porter et défendre l’œuvre de votre mère est-elle lourde à porter ?
Ma mère n’a pas vraiment connu le succès de son vivant. Il est donc de mon devoir de porter son travail à la lumière. Après sa mort, je me suis retrouvé avec son atelier à Bruxelles renfermant toute son œuvre, une sorte de mausolée embarrassant avec le désir d’enfin la faire exister. J’ai fait une rencontre merveilleuse avec des galeristes français et beaucoup de choses sont en train de se mettre en place, plusieurs de ses tableaux ont été vendus à des lieux importants. Mais cela reste un combat dans un monde de l’art compliqué. Tout est encore à faire mais elle le mérite.

Downton Abbey a-t-il été un tournage particulier ?
À bien des égards. Il y a déjà ma rencontre rocambolesque avec Nathalie Baye, dont je joue le fils, en plein Covid, à Londres, lors des essayages des costumes. Je la trouve originale, drôle, nous avons beaucoup ri. Pour le reste, nous avons été accueillis merveilleusement par toute l’équipe et les acteurs de la série et du premier film. Certains connaissaient Le Bureau des légendes qui remporte un certain succès à l’étranger. Et puis j’avais en face de moi Elisabeth McGovern, l’actrice de Il était une fois en Amérique de Sergio Leone et dont j’étais amoureux à l’époque. J’avais peur de la gaver avec mon admiration mais elle était ravie de pouvoir discuter avec moi de ce film mythique. Enfin, il y a l’intérêt de participer à un tel projet, succédant à succès planétaire. Pour ma part, je me retrouve dans une histoire ambiguë d’héritage compliqué par rapport au personnage de Hugh Bonneville. Je garde un souvenir charmant de ce tournage.

 

Elizabeth McGovern l’un des personnages capitals de Downton Abbey 2 : Une Nouvelle Ere. ©Photo by Jerome Domine/ABACAPRESS.COM

Le costume fait-il l’homme et l’acteur ?
Rien que ça, c’est du délire. Il y avait quelqu’un qui passait en revue tous les boutons de mon costume avant chaque scène. Les plastrons, les manchettes, j’étais vraiment harnaché ! Le style est très posé dans « Downton Abbey », très british. Il ne faut surtout pas trop bouger. Et comme je suis un mec assez nerveux, on m’indiquait de me contenir, d’adopter une certaine raideur, fortement aidée par la rigidité du costume.

Un sourire sur les tourments

Quel est votre rapport à l’élégance et au style ?
J’avais pas mal de kilos en trop ces derniers temps, il suffit de me voir justement dans « Downton Abbey » coincé dans mon habit en ayant l’impression d’avoir un cou de bison. Je me suis donc mis au sport comme un dingue. J’ai repris les choses en main et me voici, taille mannequin ! J’aime bien faire attention à mon look mais sans avoir l’air trop apprêté. Ma combinaison idéale se compose d’un jean, de bottines et d’une chemise. Et quand j’y apporte des variations, je change la ceinture, ce qui fait beaucoup rire ma femme.

« L’humour et le rire sont les derniers endroits où on peut encore se réfugier et se sentir vivant. »

D’où tenez-vous votre humour ? De vos parents et de vos racines juives ?
Mieux vaut rire de tout que d’en pleurer. Une philosophie assez juive ashkénaze. Transformer le pire en rire reste un système de protection et d’amélioration de la vision qu’on a du monde. Je pense à une image poignante vue récemment, celle d’une petite fille cachée dans le métro de Kiev, jouant avec ses poupées et rejoignant d’autres enfants pour s’amuser au ballon et rire sous le regard ému de sa mère. L’humour et le rire sont les derniers endroits où on peut encore se réfugier et se sentir vivant. Mon père est très drôle. Ma mère l’était mais sans le savoir, pratiquant un humour assez décalé. Je pense que l’humour se transmet. Mais le non-humour peut aussi provoquer l’inverse, une sorte de révolution par le rire.

 

©PHOTOPQR/VOIX DU NORD/Baziz Chibane –

Quel genre de père êtes-vous pour votre fils de 15 ans dans le monde actuel ?
Je suis très attentif mais désireux de ne pas lui imposer le moindre diktat par rapport aux infos alors qu’il arrive à vivre l’existence normale, festive et ludique, d’un jeune de son âge. Il est au courant de tout mais n’exprime pas le besoin d’en parler. Les enfants et les jeunes se protègent. Un jour, durant le Covid, je suis rentré à la maison et il était assis sur le canapé, jouant sur son portable tout en ayant complètement oublié d’enlever son masque. Aujourd’hui, avec la guerre, je me dis que c’est peut-être lui qui arriverait à me calmer dans mes angoisses et mes interrogations. Nous sommes au fait de l’actualité, de cette réalité voire de cette ignorance qui pose question depuis des années. Nous vivons dans un contraste effrayant, avec le sentiment d’assister à des événements qui appartenaient au passé de nos parents et grands-parents. Mais nos enfants doivent vivre leur vie.

Vous sentez-vous français en France et belge en Belgique ?
Avec le temps je me sens de plus en plus belge en France. J’aime cette façon qu’on a de prendre encore le temps en Belgique, d’engager une conversation. Le Parisien court tout le temps, en ne sachant pas pourquoi mais persuadé d’avoir un truc super important à faire. Le livre que j’écris actuellement se passe exclusivement à Bruxelles, en partie dans les années 80 dont je suis assez nostalgique. Je me rappelle les odeurs, les lieux, les ambiances.

Downton Abbey 2 : Une nouvelle ère, un film de Simon Curtis avec Hugh Bonneville, Michelle Dockery, Maggie Smith, Nathalie Baye, Jonathan Zaccaï… En salle le 4 mai.

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