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Il y a 30 ans déboulait le film instantanément culte « C’est arrivé près de chez vous »

L'affiche originale fut censurée aux États-Unis et en France | © D.R.

Cinéma et Docu

Ça fait aujourd’hui trente ans que cette pépite culte du cinéma belge est sortie. Un faux documentaire violent et poétique qui détonnera à travers les salles obscures, et ce jusqu’aux États-Unis.


Dès sa sortie en mai 1992, C’est arrivé près de chez vous obtient le statut de film culte. Une œuvre réalisée par Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde. Rémy et André se sont rencontré sur les bancs à l’Insas, une école réputée de cinéma bruxelloise, tandis que Benoit Poelvoorde, qui se destine vaguement à une carrière de dessinateur après des études à la Cambre, est un ami de Rémy et désire lui aussi faire parler sa créativité. À l’origine, ce film était le projet de fin d’études de Rémy Belvaux. Ensemble, ils transformeront ce cinquante-minutes en un long-métrage produit de façon artisanale, foutraque et sans aucun budget. On parle de 500 000 francs belges à l’époque, soit 12 500 euros… Les proches faisant office d’acteurs.

Sort alors dans les salles obscures ce faux documentaire à l’humour noir décapant qui va faire un véritable choc aux spectateurs… poussant parfois la moitié de la salle à quitter son siège. On y suit une petite équipe d’apprentis réalisateurs qui tournent un documentaire sur Ben, un inquiétant et fantasque personnage qui tue pour gagner sa vie. Ses cibles de prédilection ? Les personnes âgées et les gens de la classe moyenne : « Il faut tuer petit pour gagner gros ».

Violence et poésie absurde

À la fois raciste et misogyne, Ben qui vit toujours chez sa maman, tue froidement ses victimes tout en faisant preuve d’un lyrisme et d’un détachement déroutant en toutes circonstances. Le premier point qui marque la réussite du film, c’est son approche faux documentaire. Les faces caméras, et la manière abruptes de nous plonger dans l’intimité de Ben et son quotidien étrange, ne laissent aucune échappatoire aux spectateurs. On est coincé avec lui, on est l’équipe de tournage qui suit Ben.

Le film est lui-même est inspiré d’une émission déjà culte à l’époque, « Strip-Tease », dont le principe était de suivre dans leur quotidien des personnages hors normes et dérisoires. Des reportages bruts, sans commentaire, sans musique et qui mette à nu les comportements humains. Ici, dans C’est arrivé près de chez vous, le film questionne le rapport ambigu entre voyeurisme et violence, et la réponse est simple : on en redemande.

Mais un des véritables tours de force de ce long métrage réside dans le ton du film. Tourné en noir et blanc, il nous expose à une violence frontale, choquante et toujours commentée de manière posée et décalée par le personnage de Benoît Poelvoorde qui dénote et donne toute la singularité du film. Une sombre et poétique légèreté parcoure le film qui est ponctué par les réflexions romanesques et exaltées de Ben. Une bonhomie philosophique qui contraste avec tous les actes abjects auxquels il s’adonne tout au long du récit.

La naissance d’un acteur mythique

Dans l’histoire du cinéma, nombreux sont les films cultes où ce sont les vilains qui tiennent le haut de l’affiche. Le joker du tant regretté Health Ledger, le tyrannique et fascinant Terence Fletcher dans Wisplash, l’implacable tueur de No Country For Old Men ou encore Frank Underwood de House of cards ; tous ont la particularité d’avoir su attirer la sympathie du public et d’être devenus des (anti)héros à part entière.

Ici avec son personnage ignoble et minable, Benoît Poelvoorde fait entrer son Ben dans le panthéon de ces grands méchants du cinéma. Car ce qui fait aussi de C’est arrivé près de chez vous un film culte, c’est la prestation de Benoît Poelvoorde, qui avec ce premier film va dévoiler un génie d’acteur comique (et pas que) hors norme, comme son personnage. Un film culte qui va dévoiler un acteur mythique. Poelvoorde mettra d’ailleurs du temps à assumer sa carrière d’acteur après le succès international de l’oeuvre. Mais dès ce premier film, Benoït Poelvoorde s’inscrit directement dans une lignée d’acteurs au potentiel comique fou.

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