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Gérard Lanvin, les Belges l’adorent ! (VIDÉO)

Gérard Lanvin était à Bruxelles pour le film J'adore ce que vous faites

Gérard Lanvin sur la Grand-Place de Bruxelles, reconnu par des étudiantes. | © DR

Cinéma et Docu

Gérard Lanvin, en visite en Belgique avec son fils pour Paris Match, l’acteur déclenche l’hystérie. Un peu comme dans son nouveau film !


Par Christian Marchand

Ce jour-là, sur la Grand-Place de Bruxelles, la réalité a dépassé la fiction. Venu avec son fils Manu prendre un peu de bon temps en Belgique, Gérard Lanvin a littéralement été happé par des étudiantes qui l’ont reconnu. Une douce folie qui rappelle le magnétisme du séducteur des « Spécialistes », de « Marche à l’ombre », de « Camping » et de tant d’autres films qui ont comblé des générations.

Sa carrière, c’est aussi la force dramatique du « Prix du danger » et, surtout, du « Fils préféré », qui lui valut le César du meilleur acteur en 1995. Sans compter celui du meilleur second rôle, en 2001, pour « Le Goût des autres » d’Agnès Jaoui. C’est également le théâtre et la télé.

Aujourd’hui, si le jeune loup du prix Jean-Gabin s’est quelque peu éloigné du cinéma pour briller sur les scènes avec son fils chanteur (ils ont enregistré l’album « Ici-bas », où il met en musique des notes griffonnées sur sa vision de la société), Gérard Lanvin offre un beau clin d’œil à sa renommée dans une nouvelle comédie, « J’adore ce que vous faites », où il joue son propre rôle face à un fan… un peu trop fan.

Paris Match. Vous rendiez-vous compte que vous tenez une grande place dans le cœur des Belges ?
Très honnêtement, non. Je n’ai jamais embrassé ce métier pour devenir célèbre. Je l’ai fait pour de bonnes raisons, entre autres celle de nourrir ma famille. Voir ces jeunes et moins jeunes qui viennent vers vous avec une telle gentillesse, c’est merveilleux. En se promenant avec mon fils, on s’est régalés.

Ce qui nous amène au titre de votre nouveau film : « J’adore ce que vous faites ».
Philippe Guillard l’a écrit et tourné. C’est un pote qui vient du rugby. Il a l’esprit d’équipe. Moi aussi : je sais réunir les acteurs avec lesquels je veux tourner. Avec Artus, nous avons imaginé un film qui traite de la notoriété. L’histoire est celle d’un acteur – moi ! – qui va tourner un film dans le Vercors. Le metteur en scène, joué par l’acteur canadien Antoine Bertrand, est assez barge. Je vais rencontrer un individu qui va me prendre la tête tellement « il m’aime » (rires) !

Dans la vraie vie, la notoriété est vraiment un inconvénient ?
Bien sûr que non. Les gens adorent échanger quelques mots avec moi, puis ils s’en vont. Et puis, sans eux, je n’existerais pas ! Il faut avoir envie du contact avec les autres. Moi, je l’ai toujours eu. J’étais forain, je continue, c’est ma nature.

 

Toujours aussi populaire, même auprès de la jeunesse bruxelloise !©DR

Certains ont bien dû vous surprendre par leur comportement…
Oui. Je me souviens de la sortie d’un stade de rugby voilà quelques années. Il y avait un monde fou. Je pensais trouver un taxi, mais c’était impossible. Prendre le métro avec tous ces supporters surexcités n’était pas envisageable. Un policier qui m’a reconnu a très gentiment voulu m’aider. Il a arrêté une voiture demandant au chauffeur s’il pouvait me déposer à Paris. Super sympa, lui et son ami ont accepté. Mais au bout de quelques minutes, ils m’ont reconnu… et au lieu d’arriver à Paris en moins de trente minutes, nous avons mis trois heures. Ils ont fait un détour pour passer par leur banlieue afin de me présenter à leurs potes. C’était sympa et ça m’a bien fait rire ! Voilà comment est né ce film sur la notoriété.

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Vous aussi, vous avez été fan d’acteurs ?
Bien sûr. J’ai eu de l’admiration pour les grands de l’époque de Jean Gabin. Je connaissais bien Lino Ventura. Belmondo était un monstre sacré et un gentleman. Dans le métier, les choses ont évolué d’une curieuse façon. Aujourd’hui, les jeunes générations vont raconter leur coliques et autres maux intestinaux chez Michel Cymes. Ils sont prêts à tout pour se faire remarquer. Quelle différence de comportement !

Votre vie est un vrai tourbillon. Plus de quarante ans de métier, une soixantaine de films et séries à votre actif. Auriez-vous imaginé votre destinée ?
Je ne la vis pas comme un tourbillon, parce que je ne me suis pas laissé déborder ou dépasser. J’ai gardé une vie absolument naturelle avec ma famille, mes amis. Je n’ai pas trop tourné, un film maximum par an, alors qu’on m’en proposait souvent quatre. Le reste du temps, j’ai vécu comme je l’imaginais, c’est-à-dire sans angoisse du lendemain. J’aime la vie ordinaire.

N’avez-vous jamais été emprisonné par un système où les artistes sont souvent considérés comme des assistés ?
Je n’ai jamais été favorable à cette obligation du paraître. La célébrité, c’est quoi ? Ce n’est pas mon truc. Par contre, j’aime les gens.

Vous avez remporté deux César. Comme Belmondo, vous n’avez pas été les chercher. Pourquoi ?
Parce que je dînais avec Jean-Paul Belmondo à ce moment-là (rires) ! Plus sérieusement, je n’ai pas été les récupérer parce que je ne suis pas fan du mot « meilleur ». Le métier qu’on pratique est une profession de partage. Alors, il faut avoir un gros ego pour oser aller chercher le César du meilleur acteur sans avoir la gêne… Je me fiche des honneurs, je ne sais pas ce qu’est « la profession ». J’y vois des tocards et des mecs bien. Ils ne m’impressionnent pas du tout.

 

L’acteur est venu avec son fils Manu, musicien professionnel qui a réalisé l’album de Gérard. ©DR

Comment avez-vous percé ?
Par chance. Uniquement. Une rencontre avec Coluche qui vient m’acheter une salopette dans mon stand aux puces et je me retrouve à construire un café-théâtre, à une époque où ils n’existaient pas. Il y avait le Café de la Gare de Romain Bouteille, puis le Splendid, et enfin le nôtre, le Point-Virgule. J’ai eu la chance d’être présent au bon moment et de faire une belle rencontre. Après, c’est du travail, mais qui se fait avec les autres.

De forain au cinéma, de l’ombre à la lumière, vous avez quand même goûté aux joies de la célébrité, non ?
Non. Pas du tout. J’avais déjà mes formules. Ceux qui étaient présents avant que ça m’arrive sont toujours là. Le passage de l’ombre à la lumière ne m’a pas perturbé. Par contre, ce qui a été particulier, ce sont les gens qui vous reconnaissent dans la rue, la première fois qu’ils viennent vers vous gentiment. Il ne faut jamais oublier d’être disponible, et de savoir remercier.

La société vit des moments de tourmente, de bouleversements, de concurrence, de conflits et d’inquiétudes. Vous faites confiance aux politiques ?
Je n’aime pas ceux qui parlent pour ne rien dire. Il faut éviter de satisfaire leur ego, ne pas les écouter. On s’en fout. Mais le danger, de nos jours, est de voir tous ces beaux parleurs médiatisés par la télé et, surtout, les réseaux sociaux. À force de les entendre, ils nous endoctrinent. Ceux qui sont fragiles ou faibles ont besoin de quelqu’un à écouter ou à suivre. De nos jours, on peut se faire avoir par n’importe quel individu qui sait bien causer. Moi, tout ça, ça commence à m’emmerder.

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Au Brésil, certains conflits politiques se règlent sur un ring…
Eh bien, que les nôtres s’entraînent ! Sur un ring, la vérité éclate. On ne peut plus tricher. Je ne pense pas qu’on ait de grands boxeurs dans notre schéma politique. À force de dire n’importe quoi, les beaux parleurs finissent par se piéger tout seuls.

À vos yeux, le monde est devenu dangereux ?
Il faudrait être aveugle pour prétendre le contraire. Je suis sensible aux difficultés du monde, aux atrocités, aux injustices, à la bêtise, à l’ordurerie. La technologie aide à la tristesse. Être informé de tout, sans répit, ne pas réfléchir suffisamment, une nouvelle chassant l’autre en une seconde, nous rend épuisés, inquiets et déprimés.

 

©DR

Vous êtes le nouveau parrain du Raid et avez même participé à une manifestation de soutien aux forces de l’ordre. La violence contre la police vous choque-t-elle ?
Bien sûr. J’ai beaucoup d’estime pour les policiers. J’en connais énormément. Je travaille souvent avec eux. Et certains de mes films ont fait appel à eux. Ça me semble évident de leur dire merci. C’est la politique qui est responsable de tout ce qui se passe, et non les forces de l’ordre.

Cette montée de la violence vous inquiète-t-elle ?
La violence est en hausse partout dans le monde. Elle est la conséquence d’un manque de valeurs. On n’a plus le respect de la fonction. Comme quand les policiers se font insulter sans raison. C’est en face d’eux que les injures commencent. Eux ne peuvent pas répondre parce qu’ils n’ont pas la possibilité de le faire. Alors que certains mériteraient qu’on les remette en place, avec leurs injures incessantes.

« Le trésor des femmes, c’est leur force. Les hommes seraient-ils capables d’accoucher ? Je ne pourrais pas »

Vous regrettez le temps d’avant ?
Le problème du temps d’avant, c’est que c’était un temps joyeux. Un temps où les gens acceptaient la réussite des autres. Il n’y avait pas beaucoup de difficultés. Par exemple, je n’ai jamais vécu de problème d’identité de race. Je suis ami avec des Algériens, des Marocains, des Tunisiens, des Camerounais, des Sénégalais. Honnêtement, je ne comprends pas toutes ces histoires de racisme. Pourquoi créer des conflits au nom des religions ou des différentes nationalités ? Quand on a envie d’amitié et qu’on respecte les autres, tout se passe bien. À l’époque, on vivait tous bien ensemble, blacks, beurs, blancs, jaunes. C’était l’arc-en-ciel entre nous. Et on se marrait.

Vous êtes-vous un peu assagi en vieillissant ?
Oui, parce que c’est fatigant de parler en étant critiqué. Je ne prétends pas avoir forcément raison sur tout, mais le fait d’annoncer la couleur est déjà une preuve de courage. Et moi, je continuerai à être courageux dans ce sens-là. Ce sont les actes qui font la différence. Les mots sont trop faciles.

Vous préoccupez-vous de l’image que vous laisserez à vos enfants et petits-enfants ?
Oui. Ils savent qui je suis. J’ai toujours voulu être un homme correct pour qu’ils aient au moins l’avantage qu’on leur dise : « Ton père est un mec bien. » C’est tout ce qui m’importe. Toutes ces valeurs, ce sont mes parents qui me les ont inculquées. J’ai toujours voulu être un mec propre pour mon père, comme lui l’était pour moi. C’est la même chose avec mes enfants. La transmission est importante. Si mon père avait été un grand acteur, ça m’aurait laissé de marbre. Par contre, sa droiture et sa façon d’être étaient importantes. Ma fierté est que les miens connaissent la valeur du respect et le plaisir du partage, et comprennent comment ils doivent agir avec les autres.

Et dans le métier ?
Je travaille toujours avec respect et professionnalisme. Mais cela ne suffit pas. N’oublions pas que le cinéma français parisien méprisait les films populaires que tournait Jean-Paul Belmondo ! Voilà pourquoi ils me font tous marrer. Voilà encore pourquoi je n’ai aucune intention de participer à cette plaisanterie des César. Dans le métier, ce qu’ils pensent de moi m’importe peu. Ce qui m’intéresse, c’est l’avis des gens de la rue.

Vous avez mené une vie de forain, simple et familiale, loin des intellectuels parisiens et des mondanités. C’est un atout ?
Disons surtout que ça aide à supporter pas mal de choses. Nous vivons une drôle d’époque. L’ancien monde est loin. Et le nouveau n’est pas vraiment attirant. Ensuite, je n’ai jamais eu de motivation pour les mondanités. Ce n’est pas mon truc. Je m’en fous royalement. La notoriété, on la doit au public, pas aux gens du métier. Je ne les critique pas, mais c’est ainsi. Durant toute ma carrière, j’ai tenté de faire rêver. Je ne pense pas avoir suffisamment de talent pour être adulé ou aimé à outrance.

Les femmes sont importantes dans votre vie. Vous avez grandi avec elles. Vous les avez souvent défendues. La preuve encore avec votre chanson « Appel à l’aide », sortie à l’occasion de la Journée internationale des femmes en mars 2021. À vos yeux, quels sont leurs trésors ?
Leur force. Déjà qu’on est présents grâce à elles… Les hommes seraient-ils capables d’accoucher ? Je ne pourrais pas. Avoir cette sensation de la vie dans le ventre est quelque chose d’incroyable. J’ai été élevé avec des femmes. Je connais leur charme, leurs différences. Elles sont belles, essentielles et nécessaires à mon équilibre.

Avez-vous toujours eu confiance en elles ?
Bien sûr. Et même si je me trompe. Les femmes ont confiance en nous. Parfois, elles se trompent aussi. Personnellement, j’ai toujours eu beaucoup d’amour et de respect pour elles.

 

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Que vous apporte celle que vous aimez ?
La force. Ma force. Ma femme est celle que j’ai encore envie d’étonner et pourtant, nous sommes ensemble depuis quarante ans. Mais pour l’étonner, il faut être balèze. Alors, j’essaie de l’être (rires) ! J’ai eu la chance de trouver quelqu’un qui me corresponde. Cette longévité, cette histoire d’amour, d’amitié, de vie et nos deux enfants, tout cela a été réussi grâce à elle. Ma femme m’a toujours apporté ce qui m’était essentiel. C’est une personne qui vous regarde dans les yeux en vous disant : « Prouve-le ». Elle est la seule personne qu’il serait vraiment triste pour moi de décevoir. Avec elle, on a vécu des moments où nous n’avions plus rien. Nous étions dans le trou. Je sais ce que je lui dois. La seule difficulté, c’est de savoir qu’un jour, nous allons être obligés, comme tout le monde et par la force des choses, de nous séparer physiquement, parce que la vie est ainsi faite.

 

Le dernier film de Gérard Lanvin à l’affiche. ©DR

 

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