Paris Match Belgique

Festival de Cannes : À 15 ans, un jeune acteur belge crève l’écran dans « Close », en compétition

Eden Dambrine

Eden Dambrine au festival de Cannes 2022. | © LOIC VENANCE / AFP.

Cinéma et Docu

Le talent n’attend pas les années: un adolescent de 15 ans, Eden Dambrine, s’est acheté un ticket pour un éventuel prix au palmarès à Cannes dès son premier rôle, déchirant, d’un garçon meurtri par une amitié perdue, dans « Close » du Belge Lukas Dhont.

Quatre ans après Girl, drame sur une adolescente transsexuelle passionnée de danse, récompensé par le Carrosse d’Or (meilleur premier film) sur la Croisette en 2018, le réalisateur belge de 31 ans, le benjamin de la compétition, confirme son talent pour filmer cet âge de la vie, et la « violence d’être obligé de se conformer à la norme », avec ce drame (01H45), plein de poésie.Tourné à hauteur d’enfants, le film, en lice pour la Palme d’Or, suit Léo (Eden Dambrine) et Rémi (Gustav de Waele), deux garçons de treize ans, amis à la vie à la mort.

L’insouciance de leur enfance dans la campagne belge, rythmée par les récoltes de fleurs dans les champs à perte de vue qui entourent leurs maisons, va être percutée par l’entrée au collège. Tout à coup, le regard de leurs congénères sur cette amitié trop fusionnelle, trop physique à leurs yeux, va s’immiscer: si Rémi ne change rien à son comportement, Léo va peu à peu s’éloigner, désireux de faire plus « garçon » pour mieux coller à la norme masculine dominante: hockey sur glace et burgers, plutôt que promenades champêtres et inventions d’histoires.

« Amis depuis toujours, Léo et Rémi sont trop +close+ (proches, ndlr) aux yeux des autres, ils vont beaucoup se faire juger, surtout quand Léo va vouloir être dans le groupe des garçons cool », résume Eden Dambrine. La rencontre de ce frêle blondinet, fils d’agents immobiliers, avec le réalisateur Lukas Dhont ? « C’était un peu le destin, j’étais dans le train avec des amis quand tout à coup un homme m’a demandé +tu veux faire du cinéma ?+. J’ai dit +oui+, et j’ai appelé ma maman ! », s’amuse celui qui était alors âgé de onze ans, dévoilant d’un sourire son appareil dentaire.

« Coeur brisé »

« Destin ou hasard » du sort, alors que Girl plongeait son personnage dans le monde de la danse classique, Lukas Dhont explique qu’il ignorait, en le choisissant, qu’Eden Dambrine était danseur, élève à l’école royale de ballet d’Anvers : « la danse m’a beaucoup aidé pour être perfectionniste et bien concentré » sur le tournage, raconte celui qui a quitté ses deux frères et trois soeurs pour l’internat. « Eden a un talent énorme, il sait vraiment jouer, c’est un acteur », abonde Lukas Dhont, qui dit avoir été frappé immédiatement par « son énergie très forte et son élégance ». Exactement ce qui lui fallait pour ce deuxième film, qui traite après Girl de traiter « les thèmes de l’identité, de la masculinité ».

Des questionnements qui remontent à l’enfance du cinéaste. « Enfant et adolescent, j’étais très solitaire, j’avais le sentiment de n’appartenir ni au groupe des filles, ni au groupe des garçons », comme les personnages de Close, précise-t-il. Mais à l’adolescence, « quand les étiquettes arrivent dans la vie (…) j’ai eu le sentiment de perdre des amitiés à cause d’une peur de la physicalité, de la proximité, parce que le regard des autres voulait me donner une étiquette, j’étais vu comme très efféminé », poursuit-il.

Le cinéaste, qui avait remporté la « Queer Palm », le prix du meilleur film en rapport avec les questions LGBT à Cannes en 2018, considère-t-il Close comme un film « queer » ? « Dans un certain sens oui, car il est lié à des thèmes qui sont très queer », « mais au-delà le film parle de l’amitié intime et ça, c’est très universel. Avoir un ami qui se transforme, et qu’on perd d’un coup, ça peut vraiment nous laisser le coeur brisé ».

CIM Internet