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Les grands compositeurs du septième art : Morricone, le Maestro prolifique

ennio morricone

Image d'illustration. | © DR.

Cinéma et Docu

Disparu il y a tout juste deux ans, le compositeur italien était entré dans la légende du cinéma notamment grâce à ses collaborations avec Sergio Leone. On vous raconte le Maestro dans notre série d’été sur ces hommes de l’ombre, troisièmes rôles magnifiques d’un art qui se joue aussi bien en images qu’en musique (1/7).

 

Elle est l’une des scènes les plus mythiques du cinéma. Dans un final devenu culte, Clint Eastwood, Lee Van Cleef et Eli Wallach se font face lors d’un duel à trois sous haute tension. La patte de Sergio Leone, maître du Western spaghetti, resplendit dans la manière de filmer ses acteurs, de les diriger et dans une mise en scène millimétrée. Rien n’est laissé au hasard pour consacrer la victoire de Blondie face à Tuco et Angel Eyes. Le décor est pouilleux et somptueux à la fois. La caméra voltige entre détails et plans larges. Tout n’est que perfection. Mais la séquence, comme le déroulement de ce chef-d’œuvre qu’est Le Bon, la Brute et le Truand (1966), ne serait rien sans la composition phénoménale d’Ennio Morricone, homme-orchestre qui sublime le travail de son réalisateur grâce à des procédés techniques jamais vus.

Il était une fois un génie

Si Sergio Leone a révolutionné le western et, au-delà du genre, le cinéma, le cinéaste italien n’aurait pas pu le faire sans son Maestro. Nés tous les deux à la fin des années 1920 à Rome, ils iront dans la même école dans le quartier du Trastevere, avant de se perdre de vue pendant 25 ans, pour finalement se retrouver à former l’un des duos marquants du septième art. Le réalisateur avouera qu’il n’aurait pas eu un tel impact sans son ami d’enfance, et vice versa. Musicien expérimental à ses débuts, Morricone fournira à Leone des partitions inédites et bourrées d’originalité.

Que ce soit dans Pour une poignée de dollars, Il était une fois dans l’Ouest ou Il était une fois la révolution, Morricone crée ses ambiances sonores de manière audacieuse, frise souvent avec l’opéra baroque, entre touches d’humour et vrai lyrisme. Il a recours à une foule d’instruments, à des sifflements, des vocalises, ici une guitare électrique, là l’orgue Hammond, le piano électrique Rhodes, le synket (l’ancêtre du synthétiseur), des cris guerriers, sans oublier le célèbre harmonica. Dans les paysages secs et arides de Leone, les accords atypiques de Leone prennent tout leur sens et magnifient les tensions. Une osmose totale.

Si je sens que le réalisateur aime ma musique, a besoin de moi, de mon enthousiasme, alors je suis à mon tour stimulé et cela provoque très vite des idées.

Mais réduire la carrière du compositeur italien à ce magnifique duo ne serait certainement pas juste à son égard. Créateur de son hors-pair, il a travaillé avec les plus grands : Almodóvar (Attache-moi !), Argento (L’Oiseau au plumage de cristal), De Palma (Les incorruptibles), Malick (Les Moissons du ciel), Carpenter (The Thing), Friedkin (Le Sang du châtiment), et bien sûr les Italiens Pasolini (Les Mille et Une Nuits) et Tornatore (Cinema Paradiso). En 2007, il sera récompensé par un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Six fois nommé pour l’Oscar de la meilleure musique de film, il le remporte une seule fois, en 2016, pour Les Huit Salopards de Quentin Tarantino, son fan ultime.

Intransigeant

Le mélomane chevronné résumait lui-même sa relation avec les grands réalisateurs lors d’une rétrospective à la Cinémathèque française, en 2018 : « Je collabore uniquement avec les cinéastes avec lesquels je peux développer un rapport humain. C’est dans la franchise que naissent les rapports de confiance. Sans confiance partagée, mieux vaut ne pas travailler ensemble. J’ai abandonné certains metteurs en scène et j’en suis désolé parce que, parfois, ils étaient doués. Au contraire, si je sens que le réalisateur aime ma musique, a besoin de moi, de mon enthousiasme, alors je suis à mon tour stimulé et cela provoque très vite des idées. »

Malgré de multiples collaborations avec des grands noms hollywoodiens, Morricone refusera toujours de s’installer outre-Atlantique, affirmant ne pas aimer la culture américaine. L’illustre producteur Dino De Laurentiis lui avait même proposé d’y vivre, allant jusqu’à lui offrir une villa à Los Angeles, mais il avait refusé son offre. L’Italien pouvait avoir une personnalité difficile, intransigeante, avait la réputation de terroriser certains de ses collaborateurs ou les journalistes. Il exigeait même qu’on l’appelle « Maestro ». Depuis 1992, il avait repris ses rênes de chef d’orchestre et parcourait le monde en reprenant certains de ses classiques, une pure réjouissance pour l’infatigable musicien.

Passionné d’échecs – il excellait dans la discipline, Fidèle à sa Rome natale et ses racines, Morricone ne semblait pas nourrir beaucoup de regrets autour de cette vie bien remplie. Sauf peut-être de n’avoir pas collaboré avec Kubrick, qui lui avait demandé d’en être sur Orange Mécanique. Pris par Il était une fois la révolution, il avait décliné. Il restera celui qui aura marqué le plus dans l’imaginaire collectif, ne cessant d’explorer les ambiances sonores pour combler cinéastes et cinéphiles.

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