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Sortie du film Fragile : les hommes aussi ont droit au chagrin d’amour

Une bande de potes qui vont tout faire, même une chorégraphie pour que l'amour triomphe ! A droite, la réalisatriuce du film Fragile Emma Benestan. | © PhotoNews

Cinéma et Docu

La réalisatrice franco-algérienne Emma Benestan sort son premier long métrage Fragile qui sera sur nos écrans dès le 13 juillet. Nous l’avons rencontré lors de sa venue à Bruxelles. Elle nous parle de masculinité, d’amour, de liberté, de son sud chéri et de… Guillermo Guiz !

 

Par Laurent Depré

Fragile est un film solaire qui aborde avec beaucoup d’humour des thèmes sérieux comme une certaine maculinité toxique, les différences sociales et tous les biais cognitifs comme on dit aujourd’hui. Durant les cent minutes de films, on suit le jeune Azzedine (Yasin Houicha) en proie au plus gros des chagrins d’amour et ses interactions avec quatre ami(e)s. Rencontre.

Paris Match Belgique. Est-ce que votre volonté de départ était de traiter de sujets complexes avec un bonne dose d’humour pour dédramatiser les choses ? 
Emma Benestan. « En fait, je suis revenue à mes amours de cinéphiles dans ma jeunesse. Madame Doubtfire, Sister Act, Hook… Des films qui m’ont marqué et qui par le biais de l’humour parlent du divorce, de la relation père-fils, de ce qu’est être une femme… Je voulais proposer un vrai ‘feel good movie’ avec des thématiques importantes via une comédie romantique avec des jeunes issus de la diversité. Ensuite, je trouve que l’offre en matière de fragilité masculine n’est pas assez mise à l’honneur. Pour moi, le féminisme doit également prendre en charge ces représentations de l’homme et prôner de l’humanisme entre les sexes. « 

Vous brisez les codes habituels du cinéma avec ce rôle d’un jeune homme qui s’écroule après une rupture amoureuse. Un homme dont le milieu attend un peu plus de virilité pour passer le cap…
« Effectivement, un de ses potes lui dit d’ailleurs ‘je veux me marier mais ne jamais tomber amoureux‘. En gros, c’est pour éviter de devoir montrer ses émotions. Il n’y a que son amie Lila qui lui dit ‘c’est cela que j’apprécie chez toi et que je veux voir.’ C’était très important à mes yeux dans la trajectoire du personnage. Comme l’écrit très bien Virginie Despentes dans le livre King Kong Théorie, l »injonction à la virilité est tout aussi problématique qu’une assignation à une certaine féminité.« 

Un homme qui va aussi faire quelque chose de plutôt féminin, c’est apprendre à danser sur les conseils de sa pote pour reconquérir sa dulcinée.
« C’est le côté Dirty Dancing à l’envers ou du pygmalion inversé… Et puis je trouve que les hommes ne dansent pas assez, il y a cette peur du ridicule qui prend le pouvoir. Pourtant, c’est tellement beau des gens qui dansent. J’avais très envie de mettre la danse à l’honneur et qu’on se dise : ‘mais oui, c’est beau un homme qui danse‘… Mon acteur, Yasine Houicha, ne savait pas du tout danser. Et cela se voit d’ailleurs dans le film (rires). « 

Il y également la présence de ces trois femmes qui ont éduqué Azzedine et qui incarnent une liberté totale par rapport au regard social, aux dogmes religieux, à la volonté des hommes…
« Elles sont un hommage à mes grands-mères. Au-delà de la fragilité de mon personnage principal, je voulais aussi montrer la force de ces femmes issues de l’immigration, comme moi. Elles sont puissantes, décomplexées et j’espère que cela va parler à des jeunes femmes qui verront le film et comprendront l’éventail des possibilités offertes. »

Parlez-nous de Guillermo Guiz, notre compatriote, dont il s’agit de l’une des premières apparitions dans un film. D’abord pourquoi lui ?
« Franchement, c’était un évidence ! Un vrai coup de coeur quand j’ai vu Le roi de la vanne (Ndlr : série Canal +). Je trouve qu’il a un humour intelligent, qu’il interroge tant le masculin que le féminin. Il pointe toujours bien les contradictions d’un masculin toxique qui ne se le dit pas. Je le trouve brillant et transparent dans ce qu’il propose. Guillermo accepte sa fragilité ainsi que toutes les contradictions qu’il révèle dans ses sketches sur scène. Je suis très heureuse que Guillermo ait accepté. Je cherchais un antagonimse au personnage principal. Il m’a apporté beaucoup de soutien aussi et des idées concrètes sur le plateau. C’est quelq’un de très généreux. »

Qu’est-ce qui est le plus fragile pour vous ? L’amour, l’amitié, les rêves, la liberté…. ?
« Tout ce que vous citez est fragile. La fragilité est partout mais lorsqu’on la comprend et l’accepte, on s’aligne avec l’autre dans la relation. En amitié ou en amour quand on est trop en représentation, cela finit par craquer. Du coup, j’ai envie de la sentir dans ma relation amoureuse, dans mes amitiés, dans mon boulot… J’ai parfois montré que j’étais fragile durant le tournage de certaines scènes pour lesquelles je n’étais plus certaine du tout. Et mes acteurs m’ont aidé. Attention, il faut choisir à qui l’on offre sa fragilité… »

Alors il y a ce Sud, ce bassin méditerranéen, que vous filmez presque avec un amour charnel…
« C’est un amour absolu, c’est la terre qui m’a vu naître et grandir. J’y habite encore. Le Sud je l’ai quitté pour faire mes études à Paris, j’y suis revenue… C’est un vrai microcosme. C’est le port, la mer, la musique raï pour mes racines algériennes du côté de mon père. C’est vraiment un rapport viscéral, j’aime la vie, la chaleur du soleil… J’ai envie que les spectateurs tombent amoureux de la poésie de Sète ! »

Un premier long métrage réussi !

« Ce n’est jamais évident un premier film mais j’ai été merveilleusement entourée par mes acteurs, par l’équipe technique… J’ai vraiment eu l’impression de former une troupe avec eux, c’étaient des moments de partages intenses. Bien sûr, il y a eu des instants de doutes et des fragilités mais je pense pouvoir dire que j’ai réussi le pari » nous explique encore Emma Benestan.

Azzedine travaille chez un ostréiculteur à Sète. Les huîtres il connaît ça par cœur, il les ouvre par centaines. Dans l’une d’elle, Az décide de cacher une bague, pour demander sa petite amie Jess en mariage. Elle ne dit pas oui et quitte Az dans la foulée… Heureusement, sa bande d’amis est prête à tout pour l’aider à sortir la tête de l’eau. Car Az connaît un gros chagrin d’amour et sombre…

Magré quelques « longueurs », Fragile est une belle comédie romantique d’été qui nous permet de faire connaissance avec de nouveaux acteurs. Parmi eux citons le rôle principal tenu par Yasine Houicha (Az) ainsi que Oulaya Amamra (Lila) qui sortent clairement du lot. C’est lumineux, bienveillant, drôle et intelligent. Guillermo Guiz est parfait en acteur de série, son rôle dans le film, faussement empathique et très gauche. On rigole souvent et la ville de Sète, 40 000 âmes, est amoureusement filmée. A découvrir !

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