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Les grands compositeurs du septième art : Justin Hurwitz, le petit génie multi-primé

justin hurwitz

Image d'illustration. | © DR.

Cinéma et Docu

Le compositeur attitré de Damien Chazelle est déjà lauréat de deux Oscars et trois Golden Globes à seulement 37 ans. Une prouesse pour cet ancien de Harvard, dont on vous raconte l’itinéraire et le travail dans notre série d’été sur ces hommes de l’ombre, troisièmes rôles magnifiques d’un art qui se joue aussi bien en images qu’en musique (2/7).

 

Dans notre premier épisode sur ceux qui ne font pas de fausses notes au cinéma, on vous rappelait au plaisir de l’immense duo formé par Ennio Morricone et Sergio Leone. Peut-être ont-ils lancé une tradition (on pense aussi à Spielberg et John Williams), car un bien plus jeune binôme est en train lui aussi d’entrer dans la légende. Damien Chazelle est devenu en un rien de temps l’un des réalisateurs les plus réputés du tout Hollywood, et cette ascension n’existerait pas sans l’aide de son grand ami Justin Hurwitz, qui signe absolument toutes les B.O. de ses films.

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Leur long-métrage le plus acclamé n’est autre que la comédie musicale La La Land, qui a raflé six Oscars en 2017, dont ceux de meilleure musique et meilleure chanson originale (« City of Stars ») dans l’escarcelle du natif de Californie. Faire un film chanté à Hollywood au 21ème siècle, un projet pas forcément aisé à vendre auprès de l’industrie, mais un challenge relevé de main de maître par le compositeur. Il arrivera habilement à mêler chanson populaire américaine, pop contemporaine et ambiance jazzy pour faire de cette bande originale un classique instantané.

Virtuose

Biberonné à Chopin, Beethoven, Bach et Schubert lorsqu’il faisait ses gammes, alors adolescent au Conservatoire de Milwaukee, Hurwitz débute le piano dés ses six ans avant de créer ses premières compositions quatre ans plus tard. Son audace et son génie sont décelés très tôt par ses professeurs, et il finira par rentrer en 2003 à la prestigieuse Harvard. Il y rencontre son futur pote Chazelle, avec qui il forme en dehors des cours le groupe pop Chester French. Les deux ne se sépareront plus jamais.

Avant le succès des Oscars, les deux virtuoses avaient estomaqué tout leur monde en 2014 avec un film puissant où la musique joue les premiers rôles, Whiplash. Une pure ode au jazz dans laquelle Miles Teller et J.K. Simmons offrent leurs meilleures partitions, et qui décortique l’art de la batterie avec fracas. Les festivals de Sundance et de Deauville le primeront meilleur film, et la critique saluera un superbe travail d’orfèvre. Hurwitz semble y réciter ses gammes et sert Chazelle sur un plateau avec des compos qui rafraîchissent le genre (voir l’incroyable interprétation de « Caravan » ci dessous).

L’apprentissage de la musique y est magnifié par la caméra du réalisateur, qui joue pratiquement avec les notes de son compositeur. On y aperçoit le travail énorme réalisé entre les deux, qui travaillent sans cesse main dans la main. Dans de nombreuses interviews croisées, les deux amis ont révélé collaborer quotidiennement sur le projet, détaillant à chaque instant leur processus créatif l’un à l’autre. Un manière de procéder qui est palpable tout au long du film, tant le jazz est à la fois ambiance et personnage central.

Rebelotte avec La La Land,  où Hurwitz n’est pas « juste » le compositeur attitré et bien plus qu’un rouage. Tout au long du projet, le créateur de sons est présent sur le plateau de tournage, véritable homme orchestre d’un superbe film chorale (voir la vidéo qui détaille cet aspect du tournage ci-dessous). « La chose la plus difficile était de trouver la balance émotionnelle entre joie et mélancolie », notait Hurwitz à propos de son travail sur le projet, initié déjà en 2011.

Rien n’est en effet laissé au hasard et chaque note, chaque instrument tient sa raison d’exister. Les flûtes flirtent et palpitent dans l’attente d’un premier baiser. Les xylophones carillonnent tranquillement derrière le souvenir d’un doux moment. Et une seule note de piano, interprétée devant la caméra par Hurwitz lui-même, symbolise une réalité dévastatrice. Le tout servi par des chorégraphies virevoltantes, une photo hyper léchée et un duo Emma Stone – Ryan Gosling au sommet de son art. Un travail splendide où romantisme classique, jazz énergique et accents pops sont combinés à merveille. On retiendra évidemment cette folle scène d’ouverture qui vous tient autant par l’image que la musique.

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Damien Chazelle et Justin Hurwitz seront de retour, après le très bon First Man (2019), en décembre prochain avec Babylon, film qui se concentre sur la fin des années 1920 à Hollywood, moment où le cinéma muet s’apprête à laisser place au cinéma parlant. On est prêt à parier que la musique y jouera encore un rôle déterminant, servie par un nouveau duo étoilé : Margot Robbie et Brad Pitt, rien que ça. L’Académie des Oscars est d’ores et déjà prévenue.

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