Paris Match Belgique

40 ans de sa disparition : 3 films de Patrick Dewaere à revoir absolument

Patrick Dewaere dans Le juge Fayard dit "Le shériff"; L'acteur nous a laissé une filmographie intense. | © DR

Cinéma et Docu

Le 16 juillet 1982, les fans de l’acteur français Patrick Dewaere et les amateurs de cinéma apprenaient avec stupeur et tristesse la mort du comédien. Il s’était tiré une balle en pleine bouche à l’âge de 35 ans. Adieu artiste !

 

Par Laurent Depré

Patrick Dewaere, c’est une gueule d’abord. Ce visage carré, racé, cette fossette et ces yeux profonds sous un front généreux. C’est un formidable acteur ensuite et surtout. Capable de jouer à peu près tout avec tellement d’intensité qu’on se disait qu’il allait mourir devant les caméras. Vous voulez une petite liste non-exhaustive de quelques réalisateurs qui ont fait tourner ce diamant brut ?  Rappeneau, Boisset, Annaud, Verneuil, Téchiné, Miller, de Broca… Et ses partenaires à l’écran ? Ventura, Deneuve, Depardieu, Moreau, Piccoli…

Jeune maraudeur, repris de justice, fils repenti, juge d’instruction, flic, joueur de foot, névrosé, chômeur… Il a incarné tant de personnages dans une carrière qui s’est brutalement arrêtée cette journée de juillet 1982 alors que la France était en vacances. Il reste donc les films dont il était à l’affiche et qui malheureusement ne profitent plus beaucoup de diffusions à la télévision ou sur les plateformes. Alllez, soyons de bon compte, il y a Les Valseuses et Préparez vos mouchoirs sur Amazon Prime. Il s’agit de deux de ses collaborations sur trois avec Bertrand Blier. Mieux que rien…

L’exercice est subjectif et bon nombre y trouveront à redire. Mais, belle jeunesse passionnée de cinéma : n’oubliez pas ce merveilleux acteur. Voici trois propositions de film avec Patrick Dewaere.

1.  Coup de tête de Jean-Jacques Annaud (1979)

©DR

« Allez Trincamp, Trincamp, Trincamp… But But But »… On le dit tout de suite, notre préféré ! Dans ce film, Dewaere incarne l’un des premiers François Perrin de l’histoire du cinéma français après Jean-Pierre Marielle. Normal, le scénario est signé par un certain Francis Veber.

Il campe donc un ouvrier salarié et logé par la manufacture principale du coin qui joue aussi au football. Un jour, il bouscule à l’entraînement la vedette locale sans conséquence. Enfin presque… Puisque rapidement, il est viré de l’équipe puis de son bistrot préféré et finalement de son job. Car le président du club et de l’usine, c’est le même homme. « J’entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents qu’attendent qu’une occasion pour s’agiter. » Les dirigeants du club de football de Trincamp s’apprêtent à jouer un important duel en Coupe de France. Mais leur attaquant vedette est soupçonné de viol. Il faut faire porter le chapeau par un pigeon…

Satire du monde du football de la fin des années 70, répliques et scènes cultes, bassesses humaines, esprit de clocher, mysoginie ambiante, viol minimisé, vengeance froide… Il y a beaucoup dans ce court film de Jean-Jacques Annaud. Dewaere y apparait en « beautiful looser » qui tiendra la fierté d’une ville entière entre ses deux pieds. Tout cela pour frapper dans une sphère en cuir…

2. Adieu Poulet – Pierre Granier-Deferre (1975)

Ce tandem Lino Ventura – Patrick Dewaere est celui d’un commissaire principal en bout de carrière et de son inspecteur au début du parcours policier. L’idéalisme face à une certaine résignation en quelque sorte. Les deux vont être pris dans les rouages de la machination politique tout en essayant d’élucider un meurtre.

Pour les deux acteurs principaux ce fut une belle rencontre à l’écran et dans la vie. Au début, Lino Ventura qui était d’une autre génération goûtait fort peu les retards de son jeune partenaire sur les tournages. « Un jour, il l’a engueulé en forçant sur son côté bourru. Ensuite, il l’a pris en affection. Du coup, il prenait sans arrêt sa défense, même s’il faisait des conneries » expliquait au Parisien en 2007 sa fille Clelia Ventura.

Adieu Poulet est l’archétype du film policier français des années 70 avec des seconds rôles cruciaux comme ceux de Victor Lanoux, Julien Guiomar et Claude Rich.  

3. Un Mauvais Fils – Claude Sautet (1981)

L’année 1980 est l’une des moins prolifiques dans la carrière de Patrick Dewaere. En effet, il ne tourne que deux films cette année-là. Celui-ci, Un Mauvais Fils, et Psy de Philippe de Broca. Claude Sautet est comme bon nombre de réalisateurs de cette époque très exigeant avec ses acteurs. Le sujet du film est lourd psychologiquement et le tournage aussi. Mais le résultat est à la hauteur de la difficulté. Un film profondément humain dans cette France qui voit s’achever l’ère Giscard d’Estaing.

Bruno Calgagni (Patrick Dewaere) rentre en France après avoir passé cinq ans dans un pénitencier américain pour usage et trafic de drogue. Il souhaite effacer son passé, mais ne cesse de penser à sa mère morte durant sa détention. Il décide de revoir son père ouvrier de chantier mais celui-ci n’est pas très accueillant.

La confrontation Dewaere-Yves Robert est très intense et faite de plus de bas que de hauts… C’est l’histoire d’une réinsertion compliquée, d’un amour paternel absent. C’est forcément un peu gris comme ambiance mais tellement juste une nouvelle fois…

CIM Internet