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Les grands compositeurs du septième art : Hans Zimmer, le virtuose tout-terrain

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Cette semaine, on vous raconte la carrière et l'univers du grand Hans Zimmer. | © DR.

Cinéma et Docu

Depuis plus de 30 ans, le musicien allemand naturalisé américain navigue entre compositions pour le cinéma d’auteur, films Disney et gros blockbusters. Adoubé par ses pairs et lauréat de deux Oscars, il lançait pourtant sa carrière par une incursion dans le monde de la musique électronique en plein dans les seventies. Portrait d’un artiste pionnier au parcours atypique dans notre série d’été sur ces hommes de l’ombre, troisièmes rôles magnifiques d’un art qui se joue aussi bien en images qu’en musique (4/7).

 

Retour en 1993. Les studios Disney demandent à Hans Zimmer, plutôt habitué à collaborer avec le cinéma indépendant, de composer la bande originale de leur futur hit, Le Roi Lion. Surpris, l’homme de 36 ans accepte le contrat car il est touché par le script : le chemin initiatique d’un lionceau qui perd son père. Le compositeur a lui même vu son paternel disparaître lorsqu’il n’avait que six ans, et sortira de ce projet avec un requiem lui étant destiné. La force émanant de la sublime musique de ce grand dessin animé n’est autre qu’une pure expression du deuil, entre chagrin et renaissance, et vaudra à Zimmer son premier Oscar en 1995. Tout un symbole pour cet homme au parcours exceptionnel, et que rien ne prédestinait à une carrière hollywoodienne.

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Homme des films cultes

Le deuil du père sera le moment charnière dans la vie de cet artiste hors-norme, qui se réfugie très tôt vers la musique pour panser ses plaies. Né dans la banlieue de Francfort en 1957, il s’essaie au piano et fait ses armes seul à la maison. Installé en Angleterre avec sa mère en 1971, il se retrouve à graviter en pleine vague New Wave, s’amuse avec son synthé, touche à l’électro et fait même un temps partie du groupe culte The Buggles – il fait d’ailleurs une apparition à la fin du clip de « Video Killed the Radio Star ».

Ce n’est qu’en 1980, lorsqu’il rencontre Stanley Myers, que son destin prend le chemin du cinéma. Après quelques années de collaboration avec le compositeur britannique, Hans Zimmer se fait ensuite repérer par Barry Levinson, qui l’engage pour son film Rain Man – première nomination aux Oscars, avec Dustin Hoffman et Tom Cruise. En 1988, Hollywood est à portée de main du jeune homme d’alors. Il ne quittera plus jamais la Californie.

Sur Black Rain de Ridley Scott (1989), il signe sa première collaboration avec un grand réalisateur. Celui-ci le rappelle en 1991 pour Thelma et Louise et fait de lui l’un des compositeurs de musique de films les plus demandés. Le morceau thème du long-métrage, « Thunderbird », est l’un des plus grands solo de guitare électrique du cinéma. Les ambiances du musicien semblent évoluer crescendo à mesure que le film passe, le son est vu comme un acteur à part entière, la patte de Zimmer sublime le récit. On le compare désormais aux meilleurs comme John Williams ou Morricone. La légende est en marche.

Le spleen d’un génie

En 1993, il compose la douce B.O. de True Romance, le thème planant « You’re so cool » qui ouvre le film étant un réarrangement du « Gassenhauer » signé Carl Orff. L’année suivante c’est la consécration avec Le Roi Lion, qui en plus de l’Oscar lui offre un Golden Globe et un Grammy. À partir de là plus rien ne l’arrête, Spielberg le nomme à la tête du département musical des studios DreamWorks, les collaborations prestigieuses s’enchaînant à une vitesse folle.

En 1998, il fournit au lumineux La Ligne rouge de Malick la bande son qu’il mérite. Ses ambiances électro-minimalistes et contemplatives le placent comme un précurseur, mais surtout un artiste complet qui arrivent encore et toujours à se réinventer, à jouer sur absolument tous les terrains. Zimmer le prouve à nouveau en 2000 sur la B.O. de Gladiator, encore pour son ami Ridley Scott. Il place ici la voix de l’Australienne Lisa Gerrard au centre de sa partition, qui devient instantanément culte pour toute une génération de cinéphiles.

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À partir de 2005, le musicien débute sa fructueuse collaboration avec Christopher Nolan sur Batman Begins, puis The Dark KnightInceptionThe Dark Knight Rises, Interstellar ou encore Dunkirk. Soit six films sur dix issus de la filmographie du cinéaste. Un nouveau doublon réal – compositeur du septième art est né et fait des merveilles. Mais pour la petite histoire, le dernier film de Nolan, Tenet, s’est fait sans Hans Zimmer, occupé à « scorer » le Dune de Denis Villeneuve car fan absolu de l’oeuvre originelle. Un pari bien senti qui rapportera au « Z » son deuxième Oscar à 64 ans.

Mais si l’on devait ne garder qu’une seule composition du maître, ce serait sans hésiter le « Main Theme » du grand film qu’est Interstellar. On vous laisse avec monsieur Zimmer himself, qui l’interprète au piano au Royal Albert Hall de Londres en nous laissant tout simplement sans voix.

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