Paris Match Belgique

Karin Viard : « la ménopause, dans l’inconscient collectif, c’est une grand-mère qui fait des confitures »

La beauté à tout âge. Karin Viard brille d'un éclat qui fut longtemps à apprivoiser. | © ©Agence Franck Castel/MAXPPP

Cinéma et Docu

Invitée d’honneur du récent Festival International du Film de Comédie de Liège, le FIFCL, Karin Viard y a reçu un prix pour l’ensemble de sa carrière. Et quelle carrière ! L’une des actrices préférées du public francophone n’a jamais cédé sur sa liberté de choix. Aujourd’hui, rayonnante, elle se livre sans tabous.


Des dizaines de films, de la comédie au drame, trois Césars, de multiples récompenses, plusieurs sorties en 2023 dont le nouveau film d’Alex Lutz et « Madame de Sévigné » d’Isabelle Brocard…. Le carnet de bal de la comédienne ne désemplit pas. Discuter avec Karin Viard vous donne la pêche tant l’authenticité surgit à chaque mot. Cash, sans fausse pudeur, passant allégrement du vouvoiement au tutoiement, elle se montre telle qu’on l’apprécie.

Paris Match. Invitée d’honneur d’un festival du film de comédie. Une reconnaissance agréable ?
Karin Viard. Je suis très honorée, d’autant que j’adore la Belgique, très présente dans la production cinématographique française. D’ailleurs, j’ai beaucoup tourné en Belgique, j’ai même joué au théâtre à Charleroi. J’y ai aussi noué des amitiés. Ce prix est à la fois flatteur et a du sens du fait de mes rapports très forts avec votre pays. Sans compter qu’il me paraît essentiel de soutenir les festivals qui se battent chaque année pour défendre le cinéma.

Est-ce aussi une façon d’aller à la rencontre du public ?
Bien sûr, mais plus je vieillis et plus j’ai la phobie de la foule. Être bousculée et oppressée par des fans qui se précipitent pour m’approcher m’angoisse terriblement. Mais dès que je peux participer à une rencontre avec les gens, un question/réponse dans la bonne humeur, je suis ravie. Je tombe facilement le masque, j’ai horreur de m’enfermer dans un rôle, une image, je préfère instaurer un dialogue libre et authentique. Certains de mes rôles ont marqué les spectateurs qui m’en parlent volontiers. C’est chouette de penser qu’on peut être une sorte d’éclaireur capable de pousser à la réflexion.

Liberté est-il le mot qui vous définit le mieux, y compris dans le cinéma ?
Absolument, je ne suis pas une militante mais je fais certains films pour le message qu’ils dégagent. Quand je tourne « L’Origine du monde » et que j’y suis entièrement nue pendant un quart d’heure, j’affirme mon âge de femme de plus de 50 ans. Pourquoi doit-on faire le deuil d’un certain nombre de trucs ? L’âge de la ménopause, dans l’inconscient collectif, équivaut à ressembler à une grand-mère qui fait des confitures. Je vous dis tout de suite, je ne suis pas d’accord ! Il est possible de se libérer de pas mal d’injonctions, dont celles de la famille. À 50 ans, on sait ce qu’on ne veut plus vivre et on fait ses choix.

Lire aussi >Karin Viard dévoile de rares photos de ses filles présentes à son mariage

Cultiver le bonheur

Vous êtes une des actrice les plus populaires. D’où vous vient cette sincérité et cette capacité d’affirmation de soi ?
Je pense que ça vient un peu de mon enfance où j’étais très seule. Je me suis construite en décidant que personne ne me contraindra à penser de telle ou telle façon. J’aime passionnément mon métier à condition qu’il ne m’impose pas à être autre chose que ce que je suis. Je l’aime pour le fait de bosser, de faire de jolies rencontres, de me remettre en question, de dépendre du désir des autres tout en restant active dans ce désir que je suscite. Mais je veux rester libre de faire mes courses le samedi, d’élever mes enfants comme j’ai envie et, le jour où la fin arrivera, je pourrai me dire que je ne me suis pas mal débrouillée. En fait, j’essaye de cultiver mon bonheur. Je mesure ma joie car je viens d’un milieu très populaire.

Peut-on parler de résilience vous concernant ? Un mot utilisé un peu à tort et à travers.
Je me sens très résiliente. Boris Cyrulnik a instauré ce mot qui a l’avantage d’être extrêmement explicite. On se sert de sa souffrance pour avancer, une façon de transformer un truc pas trop bien en un vrai quelque chose. Les acteurs ont cette chance d’expérimenter la créativité, le jeu, l’amusement, d’intégrer un espace s’apparentant au monde de l’enfance. Le rêve et la joie ne sont jamais éloignés de nous. En tout cas, ils sont le sel de mon existence.

« Je suis d’une nature volontaire et je fais toujours ce que je dis ! »

Ce rêve que vous ne vous interdisez jamais à l’écran, vous l’alimentez aussi dans votre vie privée, notamment lors de votre mariage cet été. Y a-t-il toujours un bonheur à goûter ?
Tous les gens ont la capacité d’être heureux même en traversant des choses difficiles. La vie peut imposer des deuils ou des épreuves terribles. La plus grande source de joie dans l’expérience humaine réside dans le rapport à l’autre. Si tu restes très enfermé dans ta solitude, et à moins d’avoir une vie intérieure excessivement riche, tu tiens à distance le bonheur. La rencontre de l’autre oblige à s’interroger sur soi et à se dépasser, à découvrir l’amour et l’amitié. Je pense qu’on ne peut pas vivre seul.

Dans bon nombre de vos films, dont le dernier sorti « Maria Rêve », vous défendez cette idée de ne pas s’interdire une passion ou une activité en fonction de ses origines. Est-ce difficile d’oser ?
Ce qu’on appelle les pensées limitantes, qui nous enferment à l’intérieur de nous, nous empêchent de tenter note chance. Or il n’existe qu’une seule personne à même de travailler sur cela c’est soi-même. La société nous impose des injonctions du genre « Tu es belle donc forcément un peu bête » ou « Toi tu es moche donc tu seras marrante ». Ce type d’injonctions existe aussi dans le cadre de la famille ou de l’école. Tant est si bien que nous finissons par croire que le regard porté sur soi représente forcément ce que l’on est. Moi j’ai toujours voulu suivre mes rêves. Je suis d’une nature volontaire et je fais toujours ce que je dis !

Lire aussi >Karin Viard aux Baléares, drôles de photos de vacances avec son mari

©Renaud Gavroy

Est-ce par fidélité que vous acceptez des tournages en terrain connu, comme bientôt avec Alex Lutz ?
J’aime beaucoup retrouver certaines personnes avec lesquelles j’ai travaillé plusieurs fois mais la fidélité peut aussi être une entrave, il ne faut pas que cela devienne systématique. Je ne vais jamais accepter un projet par fidélité ou loyauté. Je n’ai pas eu de famille, ce n’est pas pour m’en imposer une autre ailleurs. Mais cette liberté que je prends je la donne aussi à l’autre et ne m’offusque aucunement si un réalisateur que j’adore ne me propose pas un rôle. Je n’ai aucun calcul de carrière.

Comment trouver son style ? Votre liberté s’exerce-t-elle également dans vos choix de vêtements ou d’accessoires ?
J’ai mis pas mal de temps à trouver mon style mais j’aime beaucoup la mode que je ne trouve absolument pas futile. Je vois les grands créateurs comme des sociologues ayant une vision du corps des femmes et des hommes, imaginant les tendances. Tout d’un coup tu as envie d’une petite pièce verte, sans savoir pourquoi, et tu te rends compte qu’il y en a plein les magasins ! La mode suit les mouvements de société. Aujourd’hui, face à de grands bouleversements angoissants, j’observe l’envie de se rassurer, de reconsidérer la famille comme valeur refuge, et donc de se tourner vers des couleurs chaudes, une déco très bois… Alors que les années 80 avaient des matières beaucoup plus froides. J’ai beaucoup souffert d’avoir été élevée par mes grands-parents et moquée à l’école parce que mal habillée avec des habits démodés. Or, ma mère travaillait à Paris, dans le quartier du Sentier, et me ramenait des vêtements hyper à la mode, bien trop par rapport à l’endroit où je vivais. Du coup, j’accorde énormément d’importance au vêtement mais toujours avec liberté, en m’amusant. L’argent aide, évidemment…

On dit de vous, à raison « Elle est magnifique, belle, lumineuse ». Est-ce une revanche ?
Vous savez, j’ai intériorisé le regard horrible que ma mère posait sur moi et je dois encore le combattre aujourd’hui, cette idée de n’être jamais assez bien ou belle, mince ou parfaite. Du coup, ces compliments me font très plaisir mais je dois encore batailler pour me débarrasser de ce sentiment d’incrédulité. Par contre, je dis à mes filles combien elles sont belles et merveilleuses. La question du physique entre les mères et les filles est un terrain ultra miné. Les parents doivent juste dire à leurs enfants qu’ils sont chouettes et beaux, c’est tellement important.

Comment gardez-vous votre optimisme à tout crin dans ce monde anxiogène qui nous échappe ?
Mais je crois que le monde ne nous échappe pas complètement. Il ne faut pas s’incliner devant le sentiment d’impuissance. Une personne, ajoutée à une autre puis une autre, peut accomplir de grandes choses. Déjà, nous avons la chance de voter, de manifester, nous assistons aussi à des transformations sociétales. La vie n’est que mouvement. Regardez ce qu’il se passe en Iran où les hommes soutiennent les femmes et où la mobilisation ne faiblit pas. Chaque individu compte et peut faire bouger le monde. Et j’ai une grande confiance dans notre jeunesse, j’espère qu’elle ne se dit pas « P… je compte pour du beurre ! »

CIM Internet