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Le cinéma belge en 2022 : l’émotion au sommet

Close de Lukas Dhont et Les huit montagnes de Felix van Groeningen et Charlotte Vandermeersch. Deux films belges qui ont marqué l'année cinématographique ! | © DR

Cinéma et Docu

Cette année 2022 a vu nos réalisateurs briller à l’international et se démarquer par sa capacité à émouvoir le public. Acclamés à Cannes, ne passez pas à côté de ces deux films.


Les Huit Montagnes de Felix van Groeningen et Charlotte Vandermeersch, Prix du Jury au Festival de Cannes, est un bijou de profondeur et de délicatesse avec pour écrin les Alpes italiennes. Adapté du roman « Le Otto Montagne » de Paolo Cognetti, Prix Médicis Étranger 2017, l’histoire dépeint une formidable amitié entre un garçon des villes et un autre des montagnes, qui perdurera tout au long de leur vie.
Le film est une plongée dans la beauté éblouissante des paysages montagneux.

La nature amplifie les réflexions et les sentiments que cette merveille suscite en nous, comme un exercice de méditation apaisante. Felix van Groeningen s’y entend pour déclencher chez le public des torrents d’émotions, on lui doit entre autres Alabama Monroe et My Beautiful Boy, déjà tirés de romans.

Felix van Groeningen : « Quand j’ai lu les « Huit Montagnes », j’ai compris pour quelles raisons cette intrigue résonnait en moi : les personnages bien sûr, la montagne, la difficulté de se lancer dans une telle aventure et la force de l’émotion. J’en ai parlé à Charlotte ma compagne, qui suit évidemment tous mes projets, nous avions le désir d’écrire ensemble et avons tous deux relu le livre pendant nos vacances en Italie. »

 

Et Luca Marinelli et Alessandro Borghi, incarnant les deux rôles principaux, rajoutent à notre sentiment de justesse et de vérité. ©DR

Charlotte Vandermeersch acquiesce : « On nous avait prévenus alors que l’auteur se trouvait justement dans les montagnes, là où il habite dans les Alpes. Il nous a invités car il avait eu vent du projet et désirait nous montrer son univers. Il nous a laissés toute liberté d’adapter son livre et a accepté de nous aider à écrire les dialogues car nous ne parlions pas encore l’italien. Nous avons cherché plusieurs lieux de tournage en Val d’Aoste, pour enfin filmer près de chez lui, dans l’environnement qui lui a inspiré le roman. »

L’envie était telle qu’apprendre l’italien et tourner, dans des conditions extrêmes et avec des acteurs italiens, n’a pas arrêté le couple. « J’ai de la famille en Auvergne, raconte Felix, je connais les gens de la montagne, j’y ai lié des amitiés dès l’enfance, rejoignant de fait le sujet du film. Une des répliques fait état de l’universalité des montagnards partout dans le monde : ils vivent loin de tout, avec leurs bêtes mais se montrent tellement chaleureux dès qu’ils s’ouvrent. »

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« J’aime apprendre d’un récit pour trouver certaines réponses. » Felix van Groeningen

Expérience à part

Le film a été vécu tel un grand voyage en famille avec leur fils de trois ans, poursuit Charlotte. « Nous nous sommes immergés dans une langue qui n’est pas la nôtre, sommes vraiment partis au Népal pour y tourner plusieurs scènes, ce fut une aventure incroyable. » La famille est au centre de la filmographie de Felix, véritable fil rouge. « La famille mais aussi comment trouver sa place dans le monde, accepter les choix des autres, respecter leur liberté. Nous avons tous deux perdu notre père il y a longtemps, le sujet est ancré en nous. Dans la montagne, les gens travaillent et vivent ensemble sur plusieurs générations et ont gardé intact un lien que nous apprenons à nouveau à apprécier. »

Felix reconnaît que ce film marque une étape à part. « C’est très inconsciemment qu’une histoire me touche plutôt qu’une autre. J’aime apprendre d’un récit pour trouver certaines réponses. J’ai perdu mon père durant le tournage de mon premier film et cette réalité a marqué les suivants. Avec « Les Huit Montagnes » je livre mon sentiment sur la conscience de la petitesse de l’homme dans l’univers et l’importance de vivre en paix. »

Les Huit Montagnes de Felix van Groeningen et Charlotte Vandermeersch avec Luca Marinelli, Alessandro Borghi, Filippo Timi… En salles le 14 décembre.

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Eden Dambrine : La révélation de « Close »

©DR

Prix, interviews, raz-de-marée de louanges, et les Oscars, entre autres, en ligne de mire. Le deuxième film de Lukas Dhont, après « Girl », a reçu la plus longue ovation au dernier Festival de Cannes et a remporté le Grand Prix. Un nom est sur toutes les lèvres : Eden Dambrine. Le jeune Français, dont c’est le premier film, a aujourd’hui 15 ans et reste bouleversé par son expérience.

« J’ai beaucoup pleuré en lisant le scénario, je trouve que je ressemble pas mal à Léo. Lukas m’a expliqué avec beaucoup de tendresse mon rôle mais, en fait, on ne sait jamais ce qui se passe dans sa tête ni comment il arrive à nous faire jouer de telle manière. C’était notre première expérience au cinéma à Gustav (De Waele) et à moi. Cette liberté de jeu, les dialogues avec une part d’improvisation, m’ont aidé car je n’avais pas peur d’oublier mon texte. C’est déjà assez stressant de se rendre compte que, en tant que personnage principal, les caméras sont non-stop braquées sur vous. Tout en respectant notre rôle, nous pouvions créer notre propre histoire. »

Le destin se montre improbable : c’est dans un train que Lukas Dhont a remarqué Eden, élève dans la même école de danse de ballet à Anvers qu’un certain Victor Polster… l’acteur de « Girl » ! « Quand j’étais petit, je regardais « Joséphine, ange gardien » à la TV avec ma grand-mère et j’enviais les enfants qui y jouaient. Pour l’heure, je me consacre à mes études et à la danse. Je me dis que je ne pourrai plus tomber sur un scénario et une expérience aussi intenses mais je verrai bien. Autant j’ai eu du mal à rentrer dans mon personnage, autant cela a été encore plus dur d’en sortir, je repensais sans cesse à ce qu’il avait vécu. Nous avions heureusement un coach durant le tournage. Mais l’émotion revient directement quand je revois le film. L’expérience du Festival de Cannes a été juste incroyable, les applaudissements, l’émotion des gens, je ne savais plus où me mettre mais c’était le paradis. La première fois que j’ai vu le film, j’étais à côté de ma maman qui pleurait encore plus que moi. J’étais assailli par tous les souvenirs et dans l’impossibilité de me projeter. Et à Cannes, j’étais trop attentif à la réaction du public. Ce n’est que récemment que j’ai pu l’apprécier normalement. Je reçois énormément de messages me félicitant pour ma performance mais j’ai beaucoup de mal à me juger, j’ai encore tellement à apprendre. »

Close de Lukas Dhont avec Eden Dambrine, Gustav De Waele, Léa Drucker, Émilie Dequenne… En salles.

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