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Michel Blanc : « J’ai été bloqué cinq heures dans le Thalys pour Annie Cordy »

Le comédien est tellement demandé qu’il lui arrive de refuser des rôles. « Oui, notamment une comédie qui était trop pour moi. Le personnage était presque caricatural. Aujourd’hui, j’ai passé l’âge d’être le “Bronzé” qu’on connaît ! » | © Thomas Samson/Pool/ABACAPRESS.COM

Cinéma et Docu

Michel Blanc revient sur les écrans avec Les Cadors, un film qui navigue entre la comédie et le drame et dans lequel il est époustouflant. « Mon personnage est un véritable salaud, une crapule qui va jusqu’à utiliser ses neveux pour ses trafics », s’enflamme-t-il. « Ce rôle de personnage mafieux m’a comblé. »


Par Christian Marchand

Paris Match. Votre nouveau film, « Les Cadors », est très lié à l’enfance et fait des allers-retours entre le présent et le passé. Quels sont vos flash-back à vous ?
Michel Blanc. J’ai vécu une enfance heureuse, dans un milieu très modeste. Ma famille était aimante et soudée. Chez nous, il n’y avait pas d’histoires, juste parfois des engueulades comme partout, mais rien de sérieux. On habitait à Puteaux, une banlieue ouvrière à l’ancienne. On avait deux pièces et une cuisine. Pas de salle de bain, on se lavait dans l’évier de la cuisine. Et l’hiver, j’avais très froid. Des conditions qui n’ont rien à voir avec ma vie actuelle, mais j’étais heureux. Très heureux d’avoir des parents comme les miens. Et un grand-père extraordinaire ! C’était un grand blessé de la guerre. Il avait fait 14-18, qui l’avait mitraillé au sens propre comme au sens figuré. Par la suite, il a travaillé à l’usine. Il a fini dans une petite horlogerie du quartier. Mes deux grands-mères, mon grand-père, mon oncle, mon arrière-grand-mère, mes parents, ma tante : tout le monde vivait dans un rayon de 500 m². J’étais très entouré et très aimé. Je n’ai jamais eu de problèmes avec qui que ce soit.

Aujourd’hui, vous êtes reconnu partout. Vous regrettez l’anonymat ?
Être reconnu me fait plaisir. Ma terreur serait justement l’anonymat. Ce serait très mauvais signe. Mais, attention : ce n’est pas que j’ai envie d’être absolument connu. J’ai été un enfant très timide. J’ai toujours douté de moi. Pas du point de vue scolaire, j’étais un très bon élève. Mais j’essayais de m’effacer. Je ne voulais pas qu’on me voie. Dans mon métier actuel, ne pas être reconnu signifierait ne pas avoir bien fait mon travail. Or, j’aime beaucoup voir les gens se rapprocher de moi et me dire : « J’aime ce que vous faites, et pas seulement dans la comédie. » Ça me donne la sensation d’exister.

 

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La Belgique est une terre de vos débuts, non ?
Oui, c’est vrai. C’était rue Sainte-Anne, au café-théâtre des Sablons, qui faisait aussi discothèque. D’ailleurs, c’était un petit problème, parce que je dormais au-dessus avec Gérard Jugnot. Après avoir joué, nous entendions la musique durant toute la nuit (rires). On avait 23 ans. On se produisait à Paris, puis on partait plus d’un mois et demi à Bruxelles, « en résidence », comme on disait. Par la suite, tout en bâtissant notre café-théâtre à Paris, nous avons continué à venir en Belgique pour enregistrer des sketchs pour la RTBF Namur. Ils étaient diffusés tous les dimanches matin. Il y a quelques années, j’y ai tourné également un long métrage, « Un petit boulot ». C’est vraiment un souvenir formidable. Les techniciens et les acteurs belges, comme Charlie Dupont, étaient extraordinaires. On a vécu des moments incroyables. Personnellement, je regarde beaucoup de séries belges. Je trouve que les comédiens sont infiniment meilleurs que dans les séries françaises. Chez vous, jusqu’au dernier petit rôle, ils sont formidables. Vous voyez, j’ai des souvenirs forts de la Belgique. Je m’en voudrais également de ne pas citer Annie Cordy. Je suis venu à Bruxelles pour l’inauguration du tunnel qui porte désormais son nom. Sa nièce, Mimi, m’avait demandé s’il était possible que je sois là.

Vous étiez proche d’Annie ?
Notre histoire commune est complètement surréaliste. J’avais tourné avec Nadine Monfils, qui écrit des polars. Le film s’intitulait « Madame Édouard » et j’incarnais le commissaire. C’est sur ce tournage que j’ai rencontré pour la première fois Annie : elle jouait le rôle de ma mère. Et elle a rejoué ma mère dans le film « Les Souvenirs », de Jean-Paul Rouve. Elle restera donc à jamais ma mère de cinéma ! L’écriture elle-même était inoubliable. Nadine Monfils est la reine des folies furieuses. Elle m’avait emmené dans des endroits à Bruxelles pour dîner ou boire un coup, des lieux qui n’existent pas à Paris ou en France. Je me souviens d’un endroit que j’aime beaucoup, la Roue d’Or, où l’on trouve des toiles façon Magritte sur les murs. L’ambiance y est dingue. J’adorais aussi la Taverne du Passage, qui a un charme fou. J’y mangeais des rognons à la liégeoise. Ou encore l’Écailler du Palais royal. Bruxelles est l’un des endroits où j’ai le mieux déjeuné au monde. Je pourrais en faire un guide. Pour revenir à Annie, le plus surréaliste, c’est que le jour où je suis venu pour l’inauguration du tunnel, le Thalys a été bloqué pendant cinq heures parce qu’une personne avait eu l’idée de vouloir se suicider juste avant !

 

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