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« Cagole Forever », le documentaire sur les pinas du monde entier

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Qui sont les cagoles aussi appelées pinas en Belgique ? Pourquoi le sont-elles ? Où vivent-elles ? Produit par Mademoiselle Agnès et réalisé par Sébastien Haddouk (à qui l’on doit le documentaire « Hipsterie »), le documentaire « Cagole Forever » s’intéresse aux cagoles du monde entier en leur donnant la parole.

 

Quand on dit « cagole », on pense souvent à cette blonde peroxydée ultra-maquillée, aux longs ongles roses, à la jupe trop courte, au décolleté vertigineux, aux talons hauts, au piercing sur le nombril, au tatouage en clef de sol sur le poignet, au chewing-gum mâchouillé bouche ouverte… La cagole ou pina en Belgique, est dans le « too much » constamment. Avec son documentaire « Cagole Forever », Sébastien Haddouk est justement allé voir au-delà de cette apparence extravagante, et s’interroge plus largement sur ce qui nous pousse à considérer telle personne comme cagole ou non, sur les notions de bon et de mauvais goûts, et sur ce qui définit la vulgarité aujourd’hui.

 

Paris Match.be : Après votre documentaire sur les hipsters, pourquoi s’intéresser aux cagoles ?
Sébastien Haddouk : J’étais parti à Marseille pour les hipsters, et plus particulièrement pour étudier le phénomène normcore, car il y a un festival là-bas qui s’appelle le Pop philosophie, où plusieurs philosophes discutent mode et musique. Globalement, cela touche tout ce qui est axé pop-culture. Je voulais avoir leur point de vue sur le normcore et sur ce que signifiait « être normal dans la mode ». Et j’ai réalisé que finalement, ce qui m’intéressait surtout, c’étaient les cagoles. Je travaillais également en parallèle sur une fiction qui était liée à ça, et j’ai eu envie de m’intéresser à cette « tribu », en quelque sorte, qui est plus contemporaine que le hipster.

 

Que vouliez-vous raconter ?
Au-delà de l’apparence, je voulais voir ce que pouvait raconter un vêtement d’une société, quelle femme se cachait derrière la cagole si on enlevait le maquillage et les tatouages. J’en ai parlé à Mademoiselle Agnès, la productrice, qui a été partante. C’est ce qui s’est passé avec les hipsters, représentatifs d’une époque. Pour moi, la cagole était représentative de quelque chose au même moment où le burkini devenait un débat national à Marseille. La cagole vient de Marseille aussi. Avec mon documentaire, j’invite à se poser des questions liées à la femme, sans forcément y répondre : qu’est-ce qu’être sexy ? Qu’est-ce que la vulgarité ? Où est le bon et le mauvais goût ? Comment la cagole a lutté au sein de la société ?

 

Et tout n’est que question de subjectivité, non ?
Tout à fait. Des choses que je peux trouver vulgaires, d’autres personnes ne vont pas les trouver vulgaires et vice versa. Tout dépend de où on est met le curseur de la vulgarité, de comment on a été élevé, d’où on vient etc. Tout cela reste évidemment très subjectif et culturel. C’est d’ailleurs pour cela que le documentaire est à la première personne. C’est un témoignage des personnes que j’ai rencontrées et d’une recherche que j’ai menée en France et dans d’autres pays.

 

Justement, comment sont les cagoles dans le monde ?
On les appelle différemment selon les pays. Il y a les Jersey Girls aux États-Unis, la Pittiupanca en Roumanie, la Vrenzole en Italie ou encore la Choni en Espagne, qui est, vestimentairement parlant, la plus proche de la cagole à Marseille et en Côte d’Azur, ou de la piche à Montpellier. Mais ce qui les caractérise toutes, peu importe d’où elles viennent, c’est leur côté « mec » derrière une apparence très féminine. Souvent, ce sont des filles qui ont grandi dans un milieu masculin qui devaient l’ouvrir pour se démarquer et s’affirmer en tant que femme. Aurore Vincenti, linguiste, l’une des intervenantes dans le documentaire me disait : à partir du moment où une femme se comporte comme un homme, elle devient vulgaire.

 

 

Comment s’est passé le casting ?
Cela nous a pris pas mal de temps. Il a fallu trouver des filles qui acceptaient de témoigner. Il ne faut pas oublier que c’est une insulte d’être cagole à Marseille, peu de femmes vont se revendiquer comme telles. Elles ne sont pas conscientes d’être des cagoles. Elles ne s’en amusent pas, mais s’en défendent. La définition de la cagole, c’est d’être provocante et vulgaire. Après, le curseur de la vulgarité, on le met où on veut. L’idée était qu’elles puissent comprendre l’assimilation au mot « cagole » puisqu’elles le représentent visuellement et qu’on puisse en discuter. On a beaucoup parlé avant, car elles souhaitaient être rassurées sur le documentaire. Je ne cherchais pas à les ridiculiser et à apporter de jugement sur ces filles, mais plus apporter un regard bienveillant, sans pour autant en faire une sorte d’hommage. Je savais déjà que visuellement, elles allaient faire rire malgré elles, et les cagoles, c’est avant tout un tempérament. Sans le vouloir, je me suis rendu compte que je faisais quelque chose de féministe au fur et  à mesure que j’échangeais avec elles.

 

Les cagoles, entre féminisme et féminité ?
Je ne suis pas trop allé sur ce terrain avec elles. Je pense que la manière dont elles se comportent pourraient les faire ressembler à des féministes, que ce soit conscient ou non. Aujourd’hui, bizarrement, j’ai l’impression que cela devient féministe de s’assumer en tant que femme, dans tout ses attributs féminins. Et donc en quelque sorte, les cagoles en viennent à une démarche féministe.

 

Qui sont ces cagoles que vous avez rencontrées ?
Il y a un rapport à l’enfance toujours très présent avec elles, l’envie d’être plus grandes, d’où les talons. Ce sont des femmes qui se sont débrouillées seules, qui ont eu des parcours difficiles et qui sont plutôt issues d’un milieu populaire. Il y a un côté un peu guerrier chez elles. Elles ont des parcours touchants, presque cinématographiques. Ce sont des filles assez sentimentales, au grand cœur. Dans les autres stigmates, il y a les animaux. Les cagoles adorent les animaux : ça va du chien aux serpents en passant par les tarentules. Après, ne faisons pas de généralités, on est tous différents, même si sur ce type de documentaire, forcément, je rassemble.

 

Qu’est-ce qu’une cagole aujourd’hui ?
À la base, le terme « cagole » est spécifique au Sud de la France, mais le terme s’est généralisé et on est tous un peu la cagole de quelqu’un à un moment donné. Aujourd’hui, la cagole est devenue une fille en survêt’, qui se maquille peu. Le côté féminin a presque disparu et c’est le côté masculin qui l’a emporté. C’est parce que les quartiers populaires sont des quartiers plus compliqués… Les femmes ne peuvent plus se permettre de s’y balader en mini-jupe et talons hauts. On va plus les retrouver dans les beaux quartiers où elles peuvent s’exprimer tranquillement.

 

C’est quoi la différence entre une cagole et une bimbo ?
Ce qui fait qu’on reste cagole, c’est l’argent. Dès qu’on commence à en avoir, on peut vite virer dans la bimbo. Et la bimbo, c’est cette fille qui contrôle son corps, qui est uniquement dans l’apparence. On l’imagine bête, alors que la cagole, ça va au-delà. Ce sont des des femmes qui travaillent, qui s’assument… La bimbo est refaite, alors que la cagole ne l’est pas.

 

 

Comment vit-on son côté cagole au quotidien ?
Globalement, les femmes sont plus attaquées que les hommes. Les hommes manquent de respect envers les cagoles car elles sont habillées court et portent des talons hauts. Mais il y a aussi les femmes qui peuvent être jalouses. Certaines se sont fait insulter dans la rue. Et en société, la cagole aime briller seule, elle aime sentir qu’on la regarde.

 

Dans le documentaire, on voit que vous avez rencontré Nabilla, Pamela Anderson, Liza Monet, Josiane Balasko… 
On ne le dit jamais assez, mais l’habit ne fait pas le moine. Je m’en suis vraiment rendu compte en allant voir certaines filles comme Liza Monet par exemple. C’est celle qui m’a le plus touché et dont je n’étais pas sûr au départ qu’elle veuille jouer le jeu, elle n’était pas du Sud, puis je ne voyais pas trop comment en parler… Et pour moi, c’était le maximum de la cagole dans lequel je pouvais aller. J’ai même hésité à la mettre dans le montage. Et quand je l’ai rencontré, j’ai été attendri par son parcours, son histoire, et je pouvais comprendre là où elle en était arrivée dans ses revendications… Elle m’a touché, en bien.

 

Le documentaire « Cagole Forever » sera diffusé le 15 février prochain à 22h50 sur Canal+

 


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