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Maïwenn : « Faire l’actrice a à voir avec la féminité »

Maïwenn revient à ses premiers amours en interprétant le rôle de Linda dans "Le Prix du succès".

Cinéma et Docu

Après le triomphe de Polisse et de Mon roi, la réalisatrice redevient actrice dans Le prix du succès. Une problématique qu’elle connaît elle aussi très bien… Extraits choisis.

Paris Match : Pourquoi êtes-vous si rare en tant qu’actrice ?
Maïwenn : Parce qu’on me propose très peu de choses et que c’est très rare qu’elles me donnent envie. Je pense aussi que je fais peur, j’en suis certaine, même. J’ai une réputation terrorisante, je le vois bien quand je rencontre les gens : ils tremblent. Les réalisateurs s’imaginent qu’en choisissant un acteur qui est aussi réalisateur il va arriver sur le plateau et dire : “Hey Coco, j’ai fait plus de choses que toi alors, ta caméra, tu vas la mettre là !” Mais au contraire, ce que j’aime, c’est regarder travailler des réalisateurs qui ont d’autres méthodes. Sur un plateau, je me sens comme un bébé ! D’ailleurs, faire l’actrice a à voir avec la féminité. Tout d’un coup, les hormones remontent et je fais appel à ma fragilité, à ma douceur, à l’envie d’être regardée et aimée, d’être maquillée, coiffée. Ça fait du bien de se souvenir qu’on n’est pas qu’un bulldozer qui doit se préoccuper des autres.

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Vous avez parfois accepté certains projets dans le seul but de faire vivre votre entourage ?
Avant de réaliser des films, oui. Pour payer les factures, j’ai fait plein de pubs à l’étranger, parfois dans des tenues ridicules. Mais j’ai aussi été l’assistante de Smaïn, fait des boulots de traductrice français-anglais, j’ai été assistante chez Jean Paul Gaultier… Il y a eu des vagues où je travaillais moins que d’autres et où ma sœur [la comédienne Isild Le Besco, NDLR] s’est, elle, mise à enchaîner… C’est aussi compliqué d’être dans l’ombre de quelqu’un que dans la lumière. À une période, on ne m’appelait que pour joindre ma sœur ou mon ex-mari [le cinéaste Luc Besson, NDLR].

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Vous avez côtoyé Madonna, Björk ou De Niro…
Ça fait des anecdotes marrantes… Mais Luc ne m’a pas aidée à devenir réalisatrice. Le premier court-métrage que j’ai écrit, il m’a fait comprendre qu’il était nul et qu’il fallait que j’arrête. Jamais il ne m’a fait sentir que j’allais un jour réussir à faire des films. Il m’encourageait pour des choses à l’opposé. Par exemple, je regardais parfois la vidéo d’aérobic de Cindy Crawford. Et je me souviens qu’il m’avait dit : “Tu vois, ça, tu pourrais le faire !” [Elle rit.] Il n’y avait pas la place pour deux réalisateurs. Je n’aurais jamais pu faire des films en restant avec lui. Quand il a vu mon premier long-métrage, il m’a dit que j’avais eu raison de ne pas l’écouter.

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Vous allez réaliser l’adaptation de Chanson douce, de Leïla Slimani, prix Goncourt 2016.
Alors, pour rétablir la vérité, Chanson douce n’est pas mon prochain film. Pour l’instant, on est en effet en train d’écrire, mais je suis plus avancée sur un autre projet qui s’appelle La favorite. Je viens de traverser des épreuves personnelles très dures qui font que tout est un peu remis en question. Je suis si épuisée que je ne sais pas ce que je ferai après. Je me donne quelques semaines pour me reposer et y réfléchir. La favorite raconte la vie de Jeanne Du Barry, le dernier amour de Louis XV. J’ai été bouleversée par cette femme et par leur histoire. Ça traite du complexe d’infériorité, de l’envie d’être à tout prix intelligente, cultivée et bourgeoise. Des sujets qui me parlent !

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Vous avez un complexe social ?
Plutôt un complexe d’infériorité intellectuelle. La sensation que, peu importe ce que j’apprends, je ne serai jamais à la hauteur… Ça vient des études que j’ai arrêtées trop jeune et de parents qui m’ont rabâché que je n’avais pas de cerveau. Je me rattrape, je lis, je suis curieuse de l’histoire et de mon passé. Par exemple mon grand-père a fait la guerre d’Algérie côté FLN, et c’est passionnant de voir que je suis issue de ça.

 

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans Paris Match numéro 3563, en vente dans les kiosques.

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