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Noomi Rapace, sept femmes en une

Noomi Rapace dans "Seven Sisters", de Tommy Wirkola. | © Raffaella Productions

Cinéma et Docu

Dans Seven Sisters, Noomi Rapace incarne pas moins de sept personnages différents : une véritable prouesse. Rencontre avec l’actrice suédoise.

Dans un monde qui frôle l’apocalypse, la politique de l’enfant unique a été rendue obligatoire pour tous. Dans ce futur proche et dystopique, les septuplées Settman n’ont d’autre choix que de rester cloitrées chez elles et de ne sortir que le jour de leur prénom : Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi…

Devant la caméra, c’est l’actrice suédoise Noomi Rapace qui fait défiler les personnages, sept femmes toutes singulières. Elle y officie aux côtés de Willem Dafoe et Glenn Close dans un thriller de Tommy Wirkola éreintant.

Paris Match. Comment une actrice travaille-t-elle pour jouer sept femmes dans un même film ?
Noomi Rapace. À l’origine, le scénario avait été écrit pour sept frères, mais le réalisateur Tommy Wirkola voulait absolument travailler avec moi. Je trouvais le script passionnant mais difficile à interpréter. C’était vertigineux. Nous avons donc réécrit beaucoup de choses et j’ai longuement travaillé sur chaque sœur. C’était indispensable. Pour chacune, j’ai créé un look, inventé un passé, choisi un parfum et même imaginé une playlist de musique.

Vous avez tourné les différents rôles à la suite ?
Cela aurait été plus confortable, mais non ! [Elle sourit] Chaque jour, je devais jouer plusieurs sœurs, ce qui exigeait une sacrée discipline ! Entre chaque scène, je rentrais dans ma loge pour m’isoler, j’enlevais ma perruque, je me douchais puis je retournais au maquillage. Il fallait ce sas, cette mise en condition. Mais le plus difficile dans tout cela était de protéger mon jeu face aux enjeux techniques. Le travers aurait été de créer une illusion parfaite mais que les personnages ne soient pas crédibles.

De Millénium à Seven Sisters, on dirait que vous aimez les personnages intenses et fragiles…
Je suis attirée par les femmes qui se débattent. Même dans des rôles de mecs, comme j’ai pu en jouer dans Sherlock Holmes 2 ou Prometheus. À 15 ans j’ai quitté ma famille, j’étais en rébellion, punk et instable. Je n’étais pas à l’aise dans ce monde. La vanité, la carrière et l’argent, très peu pour moi ! Je n’ai aucun goût pour le paraître.

©DR – Noomi Rapace dans la peau de Lisbeth Salander, dans Millenium.

Vous êtes moins écorchée vive qu’avant ?
Oui, j’ai découvert le romantisme. [Elle rit.]

Je suis difficile à comprendre pour les autres

Vous étiez déjà actrice avant d’exploser dans la saga Millénium. Comment avez-vous vécu cette ascension fulgurante vers la célébrité ?
J’ai tourné pendant dix ans dans des films en Suède, je me suis mariée à 20 ans et j’ai eu un fils à 23. J’étais donc déjà une femme quand cela est arrivé. J’ai appris l’anglais et je me suis installée seule à Londres. Je savais ce que je voulais. Et ce que je ne voulais pas ! Pouvoir travailler, c’était le meilleur des remèdes…

Un remède à quoi ?
A la difficulté de la vie, à mes histoires d’amour compliquées, à une enfance sans amour… Je suis difficile à comprendre pour les autres. Un jour, mon fils m’a dit : « J’aimerais être idiot« . Et je lui ai répondu : « Moi aussi ! » La vie n’est pas faite pour ceux qui pensent trop, qui attendent trop de la vie…

Vous arrêterez votre carrière quand vous serez en paix avec vous-même ?
Mais je ne le serai jamais ! Je pense en revanche passer à la mise en scène, et à ce moment-là j’arrêterai le métier d’actrice. Je produis déjà des films dans lesquels je joue. J’ai besoin de défis.

Rapace n’est pas votre vrai nom. Pourquoi ce choix ?
Nous l’avions choisi avec mon ancien époux [l’acteur suédois Ola Rapace, ndlr] quand nous habitions à Paris. Pourquoi un rapace ? Parce qu’il est monogame, loyal, guerrier, et qu’il protège son nid. Quand vous le regardez, vous pouvez presque voir le regard de Dieu. Et vous ne savez jamais vraiment s’il va vous attaquer ou devenir votre ange gardien pour la vie…

« Seven Sisters », de Tommy Wirkola, en salle actuellement.

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