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Matthias Schoenaerts : Le passeur d’harmonie

Matthias Schoenaerts

Matthias Schoenaerts et Adèle Exarchopoulos : un couple de cinéma et une vraie complicité. | © DR

Cinéma

La seule évocation de son nom provoque comme un frémissement d’excitation où se mêle admiration, respect et enthousiasme. Le genre de réaction que provoquent les plus grands. Ceux qui ne transigent pas sur l’honnêteté. Le titre du nouveau film de son ami Michaël R. Roskam sied à ravir à Matthias Schoenaerts : Le Fidèle.

Matthias est Gigi, voyou malgré lui et pur romantique, amoureux fou de Bibi (Adèle Exarchopoulos), pilote de course et fille à papa en quête de sincérité. Une histoire passionnelle de bout en bout assumée par Michaël R. Roskam qui, après « Rundskop » et « Quand vient la nuit », reste fidèle à son acteur fétiche. Le romantisme va bien à celui qui incarne à merveille une sensualité sauvage jamais dénuée d’une extrême tendresse. On peut citer, par exemple, « De rouille et d’os » de Jacques Audiard ou encore plus récemment « Loin de la foule déchaînée » de Thomas Vinterberg. La palette et la filmographie de l’homme qui fêtera ses 40 ans en décembre est tout bonnement impressionnante.

Par respect, on n’abordera pas la disparition de sa maman durant le tournage du « Fidèle », une souffrance qu’il a dépassée en se donnant à fond, comme toujours. Pourquoi parler de mort quand Matthias Schoenaerts incarne tellement la vie dans ce qu’elle a de plus intense ? Alors on a parlé de cinéma, de foot, d’harmonie, de l’importance de rester curieux et de son père, son modèle absolu… En 2018, on le verra à l’affiche de 4 ou 5 films, dont « Kursk » avec Colin Firth et Léa Seydoux et « Red Sparrow » avec Jennifer Lawrence, et deux séries dont une avec Robert De Niro et Julianne Moore. Un boulimique de travail ? Non, juste un type en quête de plaisir, un passionné de peinture, graffeur à ses heures sous le nom de Zenith et qui habite toujours Anvers…

Paris-Match. La notion de fidélité recoupe quantité de choses. Quelle est la vôtre ?

Matthias Schoenaerts. D’une façon générale, en tant qu’être humain, il faut rester fidèle aux choses auxquelles on croit, à ses valeurs, à ses amis. En tant qu’artiste, il faut se montrer fidèle à ses désirs, ne pas trahir ses rêves. La fidélité représente un véritable concept, une philosophie de vie. Mais pas question de se forcer. Elle se doit d’être une démarche naturelle.

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Vos personnages dégagent toujours beaucoup d’humanité. Vous les choisissez en fonction ?

Je recherche toujours les contrastes. Si je joue un voyou, je réfléchis aux circonstances : est-ce un certain contexte qui a fait de lui un voyou ou a-t-il vraiment une âme sombre ? Dans « Le Fidèle », si mon personnage avait juste été une crapule, je n’aurais pas pu l’interpréter. Gigi est devenu un voyou car c’était le seul moyen pour lui de survivre. Tout au fond de lui, il n’est ni un salaud ni un menteur. Le personnage d’Adèle, Bibi, le sent bien, elle est amoureuse de cet homme sincère et blessé. L’humanité d’un personnage fait que le public peut s’identifier à lui et s’attacher. Les plus grandes civilisations sont constituées de destins où il est question d’humanité : les Grecs, les Mayas, les Egyptiens ou même la Bible. L’homme développe sa propre histoire à travers celle des autres. Les acteurs racontent des histoires à travers leurs personnages, nous sommes des espèces de baromètres mais aussi des filtres, des passeurs…

« Le plaisir mène à l’harmonie et nous permet de développer beaucoup plus notre créativité. »

L’humanisme comme philosophie ?

On ne peut pas ne pas être humaniste ! Ou philosophe. Ce n’est pas pour autant qu’il faut se montrer lourd ou pompeux. Mais un metteur en scène ou un réalisateur qui ne se montre ni sociologue ni philosophe ne m’attire pas. De toute façon, un artiste livre son regard sur le monde. S’il n’y a pas cette étincelle, il s’agit juste de nombrilisme ou de narcissisme, très peu pour moi. A la limite, ça peut donner un film intéressant sur le moment mais jamais une œuvre intemporelle. Je peux comprendre Il faut faire les choses avec passion pour aboutir à la qualité.

Matthias Schoenaerts et Michaël Roskam : une histoire d’amitié

Vous connaissez bien Michaël Roskam. Recherchez-vous obligatoirement un climat de confiance sur les tournages ?

J’aime quand il y a du plaisir. Le plaisir mène à l’harmonie et nous permet de développer beaucoup plus notre créativité. Je n’aime pas travailler dans le stress et l’agressivité, assez contre-productifs selon moi. Mieux on se sent, plus on se lâche, sans avoir l’impression de travailler. Pourquoi le FC Barcelone jouait aussi bien ? Parce que l’entraîneur Guardiola disait à ses joueurs « Amusez-vous les gars ! » Aujourd’hui, ils s’amusent moins et on a vu le résultat.

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En grand fan de foot, admirez-vous le travail d’entraîneur de Zidane ?

Il est absolument incroyable : il a tout gagné en tant que joueur et il recommence en tant qu’entraîneur, personne n’a un tel palmarès. Je pense que c’est le plus grand. Maradona est une icône des années 80, Messi est énorme mais Zidane… En plus, il a un charisme incroyable, un truc unique, à la fois dangereux et élégant. Et son nom : Zinedine Zidane… On dirait un prince de je ne sais pas où, c’est beau, c’est de la musique ! Comme quoi, les grands, quel que soit le domaine, privilégient l’harmonie et savent comment pousser chacun à exprimer son talent. Comme un bon chef d’entreprise qui se révèle un guide plutôt qu’un boss et qui arrive à faire vibrer ses équipes. Les petits, les médiocres imposent des règles, contrôlent tout et vous briment.

Comment avez-vous construit votre personnage pour en faire ce bandit calme et posé, qui déteste les conflits ?

Je voulais casser l’image du gangster dangereux et stéréotypé. Il s’habille avec élégance, parle doucement… En fait, c’est un mec très doux. On l’a construit ensemble avec Michaël, au fil des ans. Il fallait ce type de personnage sinon Bibi n’aurait pas pu tomber amoureuse de lui. Des types plus rustres, plus physiques, j’en ai joués. Je ne voulais pas recommencer le même schéma ni détruire le travail déjà accompli. J’ai beaucoup de chance de pouvoir autant m’investir dans la construction des films de Michaël qui est devenu un de mes meilleurs amis. J’apprends énormément avec lui, je n’arrête pas d’apprendre, c’est au cœur de mon travail. J’apprends de mes partenaires, des bonnes expériences comme des moins bonnes. Il ne faut jamais cesser d’apprendre sinon la vie s’arrête.

Son père, ce héros

On dirait que chaque projet est comme un nouveau terrain de jeu et de découverte.

Bien sûr, pour apprendre il faut se montrer ouvert, réceptif, attentif aux autres. Et ça, c’est un choix. Je pense que j’ai gardé une certaine curiosité d’enfant, liée au plaisir. Tout se tient : curiosité, harmonie, plaisir, à chaque étape de ma vie.

« Il ne faut jamais cesser d’apprendre sinon la vie s’arrête. »

La liste des personnalités, acteurs, actrices ou réalisateurs, avec lesquels vous avez tourné est juste incroyable. Avez-vous déjà été impressionné par certains ?

J’ai travaillé avec des acteurs tellement immenses, ça peut sembler étrange. Je suis bien sûr impressionné mais pas intimidé. Je n’ai jamais eu peur de personne. Mon père (l’acteur flamand Julien Schoenaerts) était un comédien hors du commun, lui m’intimidait. Je n’arrivais pas à comprendre totalement son jeu, il avait un truc unique. Les acteurs avec lesquels je tourne me fascinent, je les admire mais je comprends toujours leur façon de travailler, leur maîtrise, leur méthode, leur approche. Devant mon père, j’avais l’impression d’être devant un ovni. Personne n’arrivait à le cerner. Mon père était comme le chiffre  π, irrationnel, une certaine idée de l’infini. Dès qu’on croyait comprendre son propos, il changeait totalement. Alors avant que je ne sois intimidé par quelqu’un, il faudra se lever tôt ! Sinon j’ai eu le grand bonheur de tourner récemment avec Robert Redford (Our Souls at Night), il incarne la sagesse, la grâce, l’élégance, la classe. Il est à un stade de sa carrière et de sa vie où il a juste besoin de faire des trucs simples et honnêtes. Il a une carrière magnifique, s’est engagé, artistiquement, socialement et politiquement, et recherche toujours l’honnêteté. C’est beau. Il m’a raconté que l’Europe l’avait transformé. Au cours d’un de ses voyages, il a perçu un autre mode de vie mais aussi une histoire, une architecture, une appréhension de l’art. En Amérique on vit pour travailler. En Europe c’est le contraire, ou du moins ça l’était ! Il fait partie de cette génération d’artistes qui s’intéressaient beaucoup à l’Europe. J’ai tourné avec de jeunes acteurs américains, d’une trentaine d’années, qui n’ont jamais entendu parler de Van Gogh, Rubens ou Francis Bacon !

 

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