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Dune, la « Bible de la science-fiction » sera une nouvelle fois adaptée au cinéma

Dessin préparatoire du projet d'adaptation de Dune | © Alejandro Jodorowsky

Cinéma et Docu

Dune, le roman de science-fiction le plus vendu au monde, sera adapté au cinéma. Brian, le fils de l’auteur de l’oeuvre, l’a tweeté la semaine dernière. Un pari fou ! Et ce n’est pas la première tentative d’adaptation.

On l’appelle « la Bible de la science-fiction ». Dune, le roman qui a inspiré de grands cinéastes comme George Lucas (Star Wars) et Luc Besson (Le Cinquième Élément), qui a été vendu dans le monde à plus de douze millions d’exemplaires depuis sa publication en 1965, sera une nouvelle fois adapté au cinéma. C’est le fils de l’auteur Frank Herbert qui a tweeté l’annonce le 1er février.

Aucune date de sortie n’est prévue. Le studio Legendary Pictures, qui a obtenu les droits d’exploitation de Dune en 2016, n’a pas encore confirmé cette annonce.

Denis Villeneuve, réalisateur de Blade Runner 2049, s’attaquera au remake de ce monument de la science-fiction. D’autres avant lui avaient tenté de relever ce défi, mais ils se cassèrent quelques dents.

Que raconte Dune ? L’épopée galactique de Frank Herbert relate les conflits sur Arrakis, une planète couverte de sable et que ses habitants appellent « Dune ». Cet endroit est le seul dans l’univers à produire « l’Epice », une mystérieuse substance qui stimule l’esprit et permet à des humains d’augmenter leurs capacités psychiques. Dans cette galaxie, un tyran domine sans partage grâce à ce produit miraculeux : Shaddam IV. Mais les autres légions guerrières du firmament convoitent l’Epice et mènent d’interminables guerres sur la planète Arrakis.

Histoire d’un film maudit

La dernière adaptation en long métrage de Dune date de 1984 par David Lynch, réalisateur de Elephant Man en 1980. Ce fut un échec commercial. Le film, qui a coûté à l’époque 45 millions de dollars, n’a rapporté qu’environ 31 millions de dollars au box-office. Lynch a porté au moins sur grand écran ce pilier de la science fiction, avec comme acteurs principaux le chanteur Sting et Kyle MacLachlan. Mais ce ne fut pas le cas du réalisateur franco-chilien Alejandro Jodorowsky dans les années septante.

L’adaptation impossible d’Alejandro Jodorowsky commence en 1973. Le producteur Michel Seydoux, âgé de 26 ans, sort en France le troisième film de Jodorowsky « La Montagne sacrée ». Encouragé par ce succès, Seydoux veut à tout prix produire son prochain film.

Ce dernier entame alors un projet gigantesque : adapter pour la première fois au cinéma « la Bible de la science-fiction », succès littéraire mondial à cette époque déjà. Même s’il n’a pas lu Dune, l’oeuvre attire le réalisateur, car elle parle d’une mystérieuse substance qui pousse sur une planète et confère des pouvoirs psychiques incroyables.

Empreint d’ésotérisme, comme il l’a montré dans « La Montagne sacrée », Jodorowsky veut créer un long métrage qu’il rêve comme une œuvre incontournable du cinéma, aussi fantastique et délirante que « 2001, l’Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick.

Pour l’occasion, Michel Seydoux loue un château où peuvent travailler Jodorowsky et le dessinateur Moebius. Ensemble, ils conçoivent pendant quelques semaines un storyboard de trois cents pages qui détaillent la trame narrative, les scènes, les costumes et les décors tirés des fantasmes du réalisateur.

Caprices de célébrités

Durant la préparation du film, Alejandro Jodorowsky définit son casting. Et pour les personnages principaux, il choisit notamment le peintre catalan Salvador Dali au rôle de l’empereur tyrannique Shaddam IV. Rencontrer le maître surréaliste n’est pas une mince affaire. Après avoir planté Jodorowsky à New York, Dali lui donne finalement rendez-vous à Barcelone. Le peintre impose une condition : être l’acteur le mieux payé du monde.

Autre caprice de célébrité. Celui d’Orson Welles, génial créateur du film Citizen Kane sorti en 1941. Jodorowsky peine à convaincre Welles de jouer dans l’adaptation de Dune. Dans un dernier élan de persuasion, il lui propose d’engager sur le tournage le chef de son restaurant parisien favori pour cuisiner les plats dont il raffole. Welles accepte.

Quant à Mick Jagger, musicien des Rolling Stones, déjà au sommet de sa gloire, c’est l’exemple même de l’humilité. Lors d’un dîner mondain, Jodorowsky lui demande s’il accepterait de tenir un rôle dans son quatrième long métrage. La star des Rolling Stones accepte, sans aucune demande particulière.

Un film au budget pharaonique

Bien que les préparatifs du tournage cheminent sans encombre, un seul obstacle annule le projet : l’argent, cet éternel nerf de la guerre. Jodorowsky a prévu des scènes grandioses, des effets spéciaux, des vedettes. Mais tout cela a un coût pharaonique.

Le budget du film s’élève à 15 millions de dollars, c’est bien plus que « 2001, l’Odyssée de l’espace » (12 millions de dollars). Jodorowsky et Seydoux n’ont pu réunir que dix millions. Le reste, ils tentent de l’obtenir auprès de studios hollywoodiens. Aucun ne veut s’engager dans ce projet. En cause, l’incertitude de la réalisation, vu la complexité de l’histoire, les moyens techniques conséquents et la longueur du film (six heures). Jodorowsky envisageait même une version de douze heures !

L’un des « non-films » les plus influents de l’histoire du cinéma

Le projet d’adaptation de Dune tombe à l’eau, mais il n’en reste pas moins comme l’un des canevas les plus influents des films de science-fiction. Il a inspiré Star Wars, Blade Runner, Alien, le Cinquième Elément, autant d’oeuvres gravées dans l’histoire du cinéma.

En 1977, après l’échec de son projet, Alejandro Jodorowsky abandonne un temps le cinéma pour se vouer à la bande dessinée.

En 2014, le réalisateur sort un documentaire sur les coulisses de la création de ce « non-film » dont voici la bande annonce juste en-dessous. Peut-être aurons-nous cette fois avec Denis Villeneuve un remake de Dune qui ne capotera pas.

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