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Popcorn Match : « The Meyerowitz Stories (New and Selected) » ou l’histoire d’une quête de reconnaissance artistique et familiale

Vidéo Cinéma et Docu

Dans son nouveau film disponible sur Netflix, le réalisateur américain Noah Baumbach a réuni son acteur fétiche Ben Stiller, aux côtés d’Adam Sandler (et Driver), ainsi que Dustin Hoffman et Emma Thompson. Un casting quatre étoiles pour un film qui en vaut cinq.

 

Le film s’ouvre sur Danny (Adam Sandler) qui galère à se garer et qui se rend avec sa fille voir son père (Dustin Hoffman), sa sœur Jean (Elizabeth Marvel) et sa belle-mère (Emma Thompson) pour aller manger du requin mal cuit et des fruits de mer mal cuits aussi. Le père, Harold, est un artiste sculpteur à la retraite qui n’a jamais vraiment percé. Quant à Danny, c’est un ancien prof de piano qui ne bosse plus depuis des années et est très proche de sa fille Eliza (Grace Van Patten) qui va rentrer à l’université pour étudier le cinéma. En plein divorce, Danny décide de rester quelques jours chez son père. On assiste alors à des moments de complicité père-fils, à certaines tensions parfois, à des tendres moments souvent, comme quand ils chantent et jouent du piano tous les deux ou regardent des vieux films.

Danny et sa fille. © Atsushi Nishijima/NETFLIX

Ces premières minutes vont d’ailleurs donner toute la tonalité de cette dramédie. Car malgré la présence d’Adam Sandler et de Ben Stiller qui donnent généralement dans le registre comique, on est ici plus dans du drame saupoudré de quelques répliques et scènes absurdement drôles et toujours filmées et jouées avec brio. The Meyerowitz Stories (New and Selected), c’est en fait une histoire familiale sur une famille juive new-yorkaise, une famille recomposée, une famille dysfonctionnelle -car quelle famille ne l’est pas finalement, surtout quand il y a des artistes dedans-, une famille d’artistes plus ou moins ratés donc, mais surtout une famille qui s’aime beaucoup malgré son lot de déceptions et de souffrances sous-jacentes, aussi bien physiques que psychologiques.

Dustin Hoffman and Emma Thompson – © Atsushi Nishijima/NETFLIX

Une quête de la reconnaissance constante et une figure de la mère absente

Et pour se rendre compte de l’amour qu’ils se portent tous l’un envers l’autre, il faudra que Harold, le père sculpteur, tombe gravement malade, et que Matthew (Ben Stiller) revienne de Los Angeles pour voir son père et renouer par la même occasion avec son demi-frère (Adam Sandler) et sa demi-sœur (Elizabeth Marvel). Tous les trois vont montrer une grande dévotion pour leur père malade. Avec The Meyerowitz Stories (New and Selected), Noah Baumbach (Greenberg, While We’re Young, Mistress America…) présente son film comme une nouvelle et le ponctue par des chapitres. Beaucoup y voient du Woody Allen dans sa manière de narrer, d’autres y voient du Wes Anderson voire même du Paul Thomas Anderson avec un Adam Sandler qui fait écho à celui de Punch Drunk Love. C’est un peu des deux en fait. Ni en moins bien ou en mieux, mais en différent.

© Atsushi Nishijima/NETFLIX

Si ce n’était pas un grand artiste, ça veut dire que ça aurait été un bel enculé.

Ce qui est intéressant et brillant et rend le film plaisant à regarder, c’est la personnalité bien nuancée de chaque personnage qui se rejoignent tous par la déception qu’ils génèrent auprès de leur père : ils ne sont pas devenus des artistes, loin de là. Et dans le fait qu’ils recherchent tous une reconnaissance, celle de la figure paternelle donc. Un père maladroit dans ses paroles et actes, un père narcissique qu’ils aiment tant. Un père qui lui aussi cherche constemment une reconnaissance, celle de son art (et non celle de Sigourney Weaver, à comprendre après avoir vu le film). « Si ce n’était pas un grand artiste, ça veut dire que ça aurait été un bel enculé » clament ses enfants, qui eux-mêmes finissent par douter du talent du patriache. Finalement, que ce soit un Ben Stiller en magnat des affaires ou une artiste en devenir qui se lance dans le cinéma semi-porno avec sa super-héro « Pagina-Man », chaque personnage est rendu beau et attachant. The Meyerowitz Stories (New and Selected), c’est finalement ce genre de films que l’on a du mal à se raconter, mais qui se vivent, se ressentent, et dont on ressort quelque peu chamboulé.

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