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À Liège, un irréductible cinéma résiste envers et contre tous

Churchill Liège

Une saga digne d'un film | © Charlotte Princen

Cinéma et Docu

Alors qu’un projet d’aménagement de complexe cinématographique en bord de Meuse vient de tomber à l’eau, gros plan sur les Grignoux, irréductibles acteurs du cinéma indépendant à Liège et stars d’une saga dont ils sortent toujours vainqueurs. 

Parmi les fleurons culturels de la Cité ardente, les Grignoux semblent être les plus enflammés, avec toujours l’un ou l’autre combat à mener. Pour la promotion du cinéma indépendant, contre les grignotages dans les salles, pour le rayonnement de la culture européenne… À chaque jour sa bataille, et loin de desservir ceux qui se cachent derrière le Churchill, le Cinéma Sauvenière et le Parc, ce tempérament opiniâtre ne fait qu’attendrir les Liégeois, attachés tant à ces salles qu’à la promesse qu’elles renferment. On se love dans les fauteuils de velours d’un des trois cinémas, et soudain, c’est un peu Paris, c’est un peu Berlin; un raffinement culturel encore trop rare à Liège, à mille lieues de la mastication bruyante de popcorn qui sert de bruit de fond dans bon nombre de grandes chaînes de cinéma.

Les jamais contents

Pour comprendre pourquoi les Grignoux ont la fibre militante chevillée au corps, il faut remonter au XVIIe siècle à Liège. Deux factions s’y affrontaient alors : d’un côté, les partisans du Prince-évêque, vêtus de noir et surnommés « les hirondelles », « les Chiroux », en wallon. De l’autre, le Bourgmestre et le peuple, surnommés les « Grignoux », soit « les grincheux, jamais contents » en français dans le texte. Une opposition qui durera cent ans, et qui se rappellera en 1976 au souvenir des Liégeois : quand la Ville a décidé de créer le centre culturel des Chiroux, c’est tout naturellement que le centre culturel alternatif qui s’est créé en réponse a été baptisé « Les Grignoux ».

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Des « jamais contents » qui font pourtant le bonheur d’une partie de la population avec leur programmation axée sur le cinéma d’auteur et le cinéma indépendant, et toujours en v.o. sous-titrée s’il vous plaît. Ainsi que l’explique la porte-parole des Grignoux, Lo Maghin,

Nous sommes avant tout un cinéma d’art et essai.  Pour entrer dans cette catégorie, nous nous engageons à diffuser un maximum de films dits « d’auteur ».  Le terme peut faire peur mais recouvre une réalité éclectique, qui va de « Séraphine » à « Bienvenue chez les Ch’tis ». Et cela répond à la philosophie première des Grignoux décidée il y a 35 ans : proposer aux spectateurs les films que l’on ne voit nulle part ailleurs, qu’il s’agisse d’un documentaire local ou d’une Palme d’or.

Une philosophie qui séduit en moyenne 35 000 à 40 000 spectateurs par mois, prêts à se montrer Grignoux si leur cinéma préféré est menacé.

Délai dépassé

Par exemple, via le projet de construction d’un complexe de 10 salles de cinéma dans le quartier du Longdoz, de l’autre côté de l’eau. Une saga vieille de dix ans, où, comme dans tout bon film, c’est toujours l’outsider qui l’emporte sur son impressionnant concurrent. Plus de 1 000 réclamations avaient été récoltées suite à l’organisation d’une enquête publique relative au projet. Un projet contre le sort semble s’acharner : la Ville aurait en effet laissé passer le délai légal pour accorder l’autorisation de modification de voirie, étape nécessaire pour assurer l’accès au complexe. Or, ainsi que l’a souligné l’élue liégeoise libérale Christine Defraigne, sans cette modification, le permis ne pourrait être délivré. Todi les p’tits qu’on sprotche ? Pas à Liège valèt !

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