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Go Nagai, le père de « Goldorak » : un retour fulgurant

Go Nagai, le créateur de "Goldorak".

Cinéma

Créateur de Goldorak, le robot guerrier qui a accompagné les enfants des années 1980, la légende du manga japonais fait son come-back au cinéma avec Mazinger Z. Et ce n’est pas de la science-fiction !

 

On ne rencontre pas tous les jours un Dieu vivant ! Les plus vieux ne connaissent sûrement pas Go Nagai, il a pourtant bercé l’enfance de plusieurs générations qui vénèrent ce dessinateur japonais de 72 ans, le père du fameux dessin animé Goldorak. Un George Lucas nippon, un créateur qui doit vivre avec un personnage de légende, cachant aux yeux du grand public une production foisonnante et diverse. « Au Japon, ce n’était pas mon œuvre la plus connue, explique-t-il. Le succès de “Goldorak” ici m’a surpris, mais je crois que c’était le premier dessin animé de science-fiction à être diffusé en France. Il s’agissait d’une nouvelle approche, avec des robots humains. J’avais voulu créer des personnages attachants et pas seulement des guerriers invincibles ».

Lorsqu’il imagine Goldorak, en 1975, le mangaka connaît depuis plusieurs années un immense succès dans son pays avec Mazinger Z, sorte de grand frère du héros. Troisième série de la saga, Goldorak est une commande des Studios Bandai, qui souhaitent exploiter le filon du manga SF pour lancer jouets et produits dérivés à l’international. « J’avais pour mission excitante de créer le plus beau des robots », dit-il malicieusement. Grendizer (le nom originel de Goldorak) arrive ainsi sur les petits écrans japonais, trois ans avant sa diffusion dans l’émission Récré A2 présentée par Dorothée. Qu’importe si l’ordre chronologique n’est pas respecté, les 74 épisodes de vingt-six minutes deviennent cultes dès 1978 et seront rediffusés jusqu’à plus soif tout au long des années 1980. Actarus, Alcor et les autres sont les héros de toute une jeunesse. La sortie sur grand écran d’une nouvelle version de Mazinger Z, réalisée par Junji Shimizu (adoubé par le maître), devrait donc rallier une foule de quadras nostalgiques.

Mon œuvre est centrée sur le combat entre le bien et le mal.

La vie de Go Nagai a épousé l’histoire contemporaine japonaise. Le petit Kiyoshi (son véritable prénom) naît en septembre 1945, quelques jours après l’attaque atomique sur Hiroshima et Nagasaki. Et comme les enfants de sa génération, il s’agit de s’évader d’un monde réel dramatique pour rêver à un monde meilleur. « Mon œuvre, comme d’ailleurs l’essentiel de la culture japonaise, est centrée sur le combat entre le bien et le mal. C’est aussi une manière de prévenir les jeunes sur l’escalade de la haine qui ne fait qu’aboutir à la catastrophe », analyse-t-il. Il se défend pourtant de traiter de thèmes sociaux ou politiques dans ses multiples projets (on en compte plus de 360).

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Etonnamment, ses sources d’inspiration sont plus que variées. « J’ai toujours été attiré par le cinéma occidental, et surtout européen, explique l’intéressé. Jeune, j’aimais les femmes pulpeuses et les pin-up du cinéma italien ou la classe des actrices françaises ». Et de citer comme idéal féminin Françoise Arnoul, sex-symbol des années 1950 et incandescente héroïne de « French cancan » avec Jean Gabin. Mais aussi, sur un plan plus figuratif, l’œuvre du peintre Gustave Doré. Avant de prendre congé à la nipponne, nombreux d’aligato et indispensable photo souvenir, une dernière question au maître du manga : que pense-t-il des blockbusters hollywoodiens, qui, de Transformers à « Marvel », s’inspirent largement de son univers visuel ? Go Nagai rétorque dans un sourire : « Je devrais peut-être aller les voir pour produire mon prochain projet… »

Mazinger Z, de Junji Shimizu.
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