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Billie Jean King et la véritable histoire de « Battle of the Sexes »

Billie Jean King en 1969 à Wimbeldon. | © AFP PHOTO

Cinéma

Valerie Faris et Jonathan Dayton, les réalisateurs de Little Miss Sunshine, portent sur grand écran le match de tennis qui a opposé Billie Jean King à Bobby Riggs, en 1973, avec Emma Stone et Steve Carell dans les rôles principaux.

« Je t’ai vraiment sous-estimée ». Après avoir perdu devant un stade complet contre Billie Jean King, Bobby Riggs semblait avoir appris sa leçon. Surtout après avoir passé des mois à multiplier les déclarations machistes pour promouvoir le deuxième match qui l’opposait à une joueuse en activité. Enorgueilli après avoir facilement battu quelques mois plus tôt la numéro un mondiale, l’Australienne Margaret Court, le tennisman retraité de 55 ans n’avait qu’une envie : un affrontement face à Billie Jean King, championne reconnue et grande militante des droits des femmes, qui avait participé à la création de la Women’s Tennis Association (WTA) pour rassembler les joueuses dans un circuit qui leur serait réservé et où elles ne seraient pas confrontées à un fossé de différence de salaires par rapport à ceux des hommes. « Je l’affronterai sur terre battue, gazon, bois, ciment ou même sur des rollers. Nous devons continuer cette chose des sexes. Je suis un spécialiste des femmes, maintenant », s’était-il vanté.

Car plus qu’un match, cette « bataille des sexes » a été un moment clé pour Billie Jean King. Alors âgée de 29 ans et déjà bien engagée dans une carrière qui la verra emporter en individuel 12 titres du Grand Chelem, la joueuse avait d’abord refusé d’affronter Bobby Riggs. Mais la défaite sévère de Margaret Court (6-2, 6-1), surnommée « le massacre de la fête des mères », l’avait convaincue de sa volonté de prouver, à Riggs et aux autres, qu’une femme pouvait avoir les nerfs solides et tenir la pression comme n’importe quel sportif, sans distinction de genre.

Le retour sur le devant de la scène pour Bobby Riggs

Pour Riggs, accro aux paris qui jouait aux cartes avec son psy et dont la gloire sportive était derrière lui, cette opposition à des joueuses lui a apporté une notoriété nouvelle, le retour sous les feux des projecteurs et un business lucratif. Dix jours avant le match face à Billie Jean King, il avait même fait la couverture du magazine Time, dont la caricature l’avait affublé d’un porc sur son polo avec le titre « The Happy Hustler », soit « L’arriviste heureux ». L’enjeu financier du match était énorme : 100 000 dollars pour le vainqueur, rien pour le vaincu.

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Au total, 30 492 personnes dans le stade et 90 millions de téléspectateurs devant leurs écrans étaient suspendus à l’issue de cette « bataille », qui avait été alimentée par des échanges d’invectives dans la presse pendant des semaines. Le 20 septembre 1983, l’arrivée sur le court des deux joueurs était à l’image de la communication autour du match : clinquante. Billie Jean King était installée sur un palanquin porté par des hommes en toges, Bobby Riggs sur un chariot tiré par des jeunes femmes vêtues en rouge et jaune, assorties à son sponsor Sugar Daddy. C’est d’ailleurs une sucette géante de la marque qu’il a offerte à la joueuse, avant de recevoir en retour un porcelet, le clin d’oeil de la championne à la réputation de « porc machiste » dont il aimait jouer. Mais une fois le match débuté, les plaisanteries n’étaient plus de mise entre les deux sportifs, malgré les encouragements bruyants venus des deux camps.

©AFP PHOTO / STF – Billie Jean King en 1972.

La solidité du jeu de Billie Jean King n’a laissé aucune chance à Bobby Riggs : 6-4, 6-3, 6-3 pour elle, ainsi que le chèque de 100 000 dollars remis en main propre par le boxeur George Foreman. « Je me suis dit que ça nous renverrait 50 ans en arrière si je ne remportais pas ce match, a-t-elle déclaré à l’issue de sa victoire. Cela aurait gâché la ligue féminine et touché l’estime de toutes les femmes ».

J’ai gagné le match et je suis sûre à 100% que Bobby voulait gagner autant que moi.

Après le match, Bobby Riggs a admis que de mettre au défi une championne du calibre de Billie Jean King, de plus de 20 ans sa cadette, avait été « la pire chose qu'[il ait] jamais faite ». Et malgré le score sec et les échanges de moqueries, les deux joueurs sont restés proches jusqu’au décès de Bobby Riggs en 1995. Depuis, certains ont assuré que Bobby Riggs avait sciemment perdu pour régler des dettes contractées auprès de la mafia. Ce que même Billie Jean King ne croit pas, comme elle l’avait expliqué sur son compte Twitter en 2013 : « J’étais sur le court face à Bobby et je sais qu’il n’a pas balancé le match. Je pouvais voir dans son regard et son attitude qu’il voulait gagner. Les gens doivent accepter qu’il n’était pas dans un bon jour – tout comme Margaret Court quand elle a joué contre Bobby. C’était il y a 40 ans, j’ai gagné le match et je suis sûre à 100% que Bobby voulait gagner autant que moi ».

Au National Gay and Lesbian Sports Hall of Fame

Comme le montre Battle of the Sexes, la période du match était charnière pour d’autres raisons pour Billie Jean King : deux ans auparavant, elle avait entamé une liaison avec Marilyn Barnett, bien que toujours mariée à Larry King. Celle qui était officiellement sa secrétaire se trouvait d’ailleurs dans le stade de Houston pour soutenir la championne. Leur histoire secrète s’est achevée en 1979 et n’a été révélée que deux ans plus tard, lorsque Marilyn Barnett a porté plainte à l’encontre de la sportive pour obtenir une pension alimentaire après leur rupture. C’est à ce moment que Billie Jean King a fait son coming-out, ce qui a bouleversé sa vie et sa carrière. « En l’espace de 24 heures, j’ai perdu tous mes contrats, tous. J’ai perdu au moins deux millions de dollars sur mes contrats, qui étaient tous signés sur le long terme. Je devais jouer uniquement pour payer les avocats », avait-elle raconté au Boston Globe en 2006.

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©AFP PHOTO GABRIEL BOUYS / AFP PHOTO / GABRIEL BOUYS – La tenniswoman en 2006, pour un match de charité sur le campus de la UC-Irvine, à Los Angeles.

Billie Jean King n’a pas baissé les bras et est devenue une fervente militante en faveur de l’égalité et des droits des homosexuels. Elle a été reconnue en tant que telle en entrant au National Gay and Lesbian Sports Hall of Fame. Barack Obama l’a même choisie en 2013 pour appartenir à la délégation olympique américaine aux Jeux d’hiver de Sotchi, en plein tollé sur les lois homophobes votées peu de temps avant les Jeux en Russie.

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