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George Clooney : « Diriger un film, c’est aussi faire de la politique »

George Clooney pendant le tournage de « Bienvenue à Suburbicon » . | © D.R.

Cinéma

Inspiré d’un fait divers raciste survenu en 1957, Bienvenue à Suburbicon raconte l’histoire d’un père de famille qui engage deux idiots pour tuer sa femme afin de toucher son assurance-vie et de tout recommencer avec la jumelle de celle-ci.

Paris Match : Satire de l’Amérique des années 1950, Bienvenue à Suburbicon est avant tout une comédie très noire. Est-ce ainsi que vous le voyez ?
George Clooney : C’est un film en colère qui parle de minorités dans un pays en colère. En ce moment, il y a un nuage noir qui plane sur nos têtes. Pour diriger les États-Unis, nous avons élu quelqu’un qui n’est pas qualifié. Tout cela me rend très triste. Trump est un escroc entouré de guignols : le secrétaire au Trésor était auparavant un financier à Hollywood ; son maître à penser, Steve Bannon, est un écrivain raté. S’il avait pu vendre le moindre de ses scénarios, il serait en ce moment à Hollywood en train de me lécher le cul pour que je joue dans un de ses films ! Tous ces gens sont des showmen, pas des politiciens, et en plus ils sont mauvais. Le problème c’est que, avec leurs conneries, ils dénaturent notre métier.

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Vous êtes obsédé par Trump !
Croyez-moi, je ne suis pas le seul. Il faut absolument arriver à dépasser ce sujet, je sais, mais j’avoue que j’ai du mal. (…)

Mon chauffeur soutient Donald Trump à fond. Vous n’avez pas idée à quel point on peut s’engueuler ! Mais j’apprends énormément de lui.

Ce qui est fascinant, chez vous, c’est de voir à quel point le cinéma, la vie et la politique se confondent…
Diriger et produire un film, c’est aussi une façon de faire de la politique. Chaque fois que je commence un tournage, je me dis : “Allez hop ! c’est parti pour les problèmes !” Mais au fond, j’adore ça. L’idée de donner du travail à 300 personnes me plaît énormément. Sur un plateau, il y a six ou sept syndicats, chacun avec ses demandes propres auxquelles il faut répondre afin que tout le monde aille dans la même direction. Ce n’est pas toujours évident. Mon chauffeur, par exemple, soutient Donald Trump à fond. Vous n’avez pas idée à quel point on peut s’engueuler ! Mais j’apprends énormément de lui. C’est passionnant. (…)

À part Jean Dujardin, qu’aimez-vous de la France ?
Sa culture, qu’elle ne cesse de célébrer, sa sophistication. Songez qu’aux États-Unis on n’a même pas un ministre de la Culture ! Vous, les Français, vous savez jouir du moment, de la beauté, du temps qui passe. Nous, Américains, en sommes incapables. En Amérique, on détruit immédiatement les immeubles anciens pour les remplacer par du neuf. En même temps, c’est aussi cette capacité de changement qui fait que nous sommes un pays jeune et plein de vie, mais un pays pressé. Quand j’ai acheté ma maison en Italie, j’ai vu des travailleurs sûrement bien plus heureux que moi avec peu de chose. Cela m’a donné à réfléchir. Aujourd’hui, je prends un plaisir immense à être père. Je repense ma vie constamment en fonction de mes enfants. Je n’avais jamais imaginé que cela puisse m’arriver un jour…

 

Retrouvez la suite de cette interview dans Paris Match dans tous les kiosques le jeudi 30 novembre

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